Nagoya … etcetera

Lectures d’été (2026)

chaise renversée

La deuxième moitié de ces vacances d’été aura été à peine plus productive que la première moitié. Mis à part quelques repas de midi en famille nous ne serons pas parvenus à concilier nos quatre emplois du temps pour partir en voyage quelque part, et c’est probablement là ce que je regrette le plus. C’est un été de ‘gâché’ en quelque sorte, puisque les enfants grandissent et qu’ils préféreront d’ici quelques années partir en vacances avec leurs copains plutôt qu’avec nous. C’est comme ça, il faut s’y faire.

Je n’ai pas pris la moindre photo depuis deux mois, bloqué à la maison en raison des constantes sautes humeur du ‘petit’ (qui m’arrive maintenant presque aux épaules) et de cette canicule sans trêve et son humidité qui me sapent toute mon énergie. J’aurai pu profiter de tout ce temps pour rédiger de nombreux billets en fouillant dans mes archives de photos, mais tout comme dit-on l’appétit vient en mangeant, l’inspiration semble également me venir en me promenant, que ma sortie soit directement liée avec le contenu de l’article ou non.

J’ai par contre pris énormément de plaisir à relire Le Comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas, en français. Cette oeuvre mythique a pour moi à un statut d’ouvrage estival par excellence puisqu’on nous avait fait lire les trois épais tomes pendant les vacances d’été quand j’étais au collège. Je me souviens avoir fait l’effort de les lire au lieu de faire le filou en regardant quelque film tiré du roman et en avoir beaucoup apprécié la lecture. Je l’ai cet été lu pour la troisième fois – dans une précieuse édition de la Pléiade publiée en 1981 appartenant à ma mère. Si quelques passages sont un peu pénibles et que le nombre important de personnages font que l’on s’y perd parfois un peu, la manière, presque sadique, dont Edmond Dantès exécute et savoure sa vengeance dans le dernier quart de l’ouvrage, est un régal.

J’ai également lu 777 de l’auteur à succès Kōtarō Isaka (伊坂幸太郎), dont l’intrigue se déroule intégralement en huis clos dans un hôtel de très grand luxe à Tokyo. Le personnage principal, Nanao, (qui s’identifie sous le nom de code Tentomushi, coccinelle), un tueur à gage, doit juste livrer un cadeau d’anniversaire dans la suite d’un hôtel de luxe et repartir mais rapidement la situation dégénère et il se retrouve piégé à l’intérieur, incapable d’en sortir. Il s’avère que l’hôtel est en réalité devenu le terrain de chasse de plusieurs tueurs à gages et criminels, tous réunis autour d’une cible commune : Yuka Kamino, une jeune femme dotée d’une ‘mémoire absolue’ que tout le monde cherche à l’éliminer ou à capturer. Nanao se retrouve malgré lui à devoir la protéger tout en essayant de sauver sa propre peau. Cela faisait un bout de temps que je n’avais pas lu de roman d’Isaka, auteur très prolifique mais inconstant. Autant je garde un très bon souvenir de 死神の精度(しにがみのせいど, 2005, La Mort avec précision en français), que 逆ソクラテス (Gyaku Socrates, 2020) m’avait laissé complètement indifférent au point que je ne me souviens même plus de la trame du livre. 777 est construit en chapitres brefs tournant la plupart du temps indépendamment autour des divers protagonistes. Très rythmé et facile à lire. Ce qui est amusant, c’est qu’alors que je me faisais la réflexion que j’avais l’impression de lire le storyboard d’un film, j’ai appris par la suite que le livre était en fait le 4 épisode d’une saga intitulée 殺し屋シリーズ (Hitman Series, en anglais), dont le deuxième épisode マリアビートル (Maria Beetle, 2013) a été adapté au cinema sous le titre Bullet Train (2022) avec Brad Pitt, qui se déroule intégralement à bord d’un train Shinkansen reliant Tōkyō à Morioka. Je n’avais absolument pas fait le rapprochement entre le duo de tueurs excentriques Mikan (Mandarine) et Lemon (Citron) dans le film et le duo Makura (oreiller) et Mōfu (couverture), deux femmes spécialisées dans le « nettoyage » et la disparition de personnes au sein des hôtels, qui apparaissent dans le livre. Je me souviens avoir regardé le film dans l’avion à destination de Paris il y a quelques années. Si celui-ci avait été très divertissant de par son côté déjanté et parfois brutal avec ses petit pointes d’humour noir, j’ai trouvé que le livre manquait quelque peu d’originalité dans son dénouement.

Pour finir, j’ai également lu le premier tome de 山怪 (Sankai, Les Esprits de la montagne), une célèbre série de recueils de témoignages fantastiques japonais, écrits par le photographe Yasuhiro Tanaka (田中康弘). Il ne s’agit pas d’un roman de fiction classique, mais une sorte d’anthologie de récits réels recueillis pendant que son auteur aura parcouru le Japon pour interviewer des personnes qui vivent et travaillent dans les montagnes : des chasseurs traditionnels (les Matagi d’Akita), des gardes forestiers ou des habitants de villages isolés. Les histoires courtes ne font que quelques pages chacune et décrivent des phénomènes mystérieux sans chercher à les expliquer rationnellement : Feux follets (Kitsunebi) et autres illusions causées par les renards ou les tanukis, disparitions soudaines, bruits de pas inexpliqués autour des tentes, spectres forestiers, cris d’animaux inconnus et visions d’esprits de défunts … De quoi faire passer l’envie d’aller se balader en montagne (comme si les ours ne suffisaient pas…)

Les photos de cette série ont été prises vers la fin du mois de mai de cette année aux abords du port de Nagoya et de son aquarium. Encore motivé à l’époque, je me rappelle avoir été comme frappé par la foudre au moment d’en prendre la première photo. Cette chaise renversée alors que toutes les autres étaient parfaitement alignées m’avait fait penser à celle d’un enfant faisant une crise de colère lors de quelque cérémonie solennelle. Même avec le recul j’en suis aujourd’hui encore assez fier, mais je me demande si sans information supplémentaire le lecteur en saisirait le sens. Le troisième cliché montre le pont en arc rouge de Nagakawa (中川橋) construit en 1930 et rénové dernièrement en 2019. Enjambant la rivière du même nom, cet ouvrage présente la particularité de ne posséder une arche que d’un seul côté de la chaussée. Plus loin, si d’après Google Maps la Papeterie Tatematsu est bel et bien ouverte, il faudrait pour un non-habitué une sacré dose de courage pour oser y pénétrer. Tout comme lors de ces petits restaurants dont je parlais déjà il y a de cela cinq ans, mon imagination m’en empêche. J’attends cinq minutes. Ni mouvement ni bruit provenant de l’intérieur, et bien sûr aucun client. Je me contente de prendre une photo de sa devanture vert pomme, craignant presque que quelque visage caché n’apparaisse sur mon ordinateur au moment de consulter ma bibliothèque sur l’ordinateur.

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