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culture/Nagoya

‘My ghost is whispering to me to do it’

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Quelque part autour de la fin de l’année 2000, je me souviens avoir vu pour la première fois le film d’animation Ghost in the Shell, de Mamoru Oshii, adaptation cinématographique du manga du même nom de Masamune Shirow, lors d’une séance spéciale dans un petit cinéma près de la faculté de Metz, où j’étais alors étudiant. Je n’avais trop rien compris à la trame du film, trop distrait par son ambiance, le réalisme de l’animation et sa bande son d’une traumatisante beauté. Afin de replonger dans cet son univers, j’ai vite fait de m’emparer des deux tomes du manga à la FNAC locale, et me souviens m’être quelque mois plus tard, lors d’un séjour à Paris, rendu exprès à l’immense Virgin Megastore des Champs Elysées à Paris pour m’emparer d’un coffret VHS (un import US ?) hors-de-prix, alors indisponible en province. J’avais entre-temps également fait la connaissance d’un passionné de Masamune Shirow sur le chat de la communauté Multimania, ou je passais alors énormément de temps. Il m’avait fait découvrir ses autres créations, notamment Appleseed et surtout l’étonnant science-fantasy manga qu’est Orion, qui reste encore à ce jour pour moi sa réalisation préférée, pour son caractère déjanté et décalé contrastant avec tout le reste de ses oeuvres. Par la suite je me souviens, alors au Japon, avoir suivi la première saison de la série télévisée Stand Alone Complex avec mon co-locataire allemand et surtout, avoir écouté en boucle sa première O.S.T. (‘Where does the ocean go‘, sublime). Une fois à Paris je me rappelle avoir vu vers la fin de l’année 2004 l’affiche du film Ghost in the Shell 2: Innocence et m’être dit qu’il me fallait aller le voir, mais j’étais alors beaucoup trop occupé pour cela. Il faudra ensuite attendre 2013 pour qu’une nouvelle fois ce soit la musique de la série qui m’y ramène, avec l’OST de Ghost in the Shell : Arise arrangée par l’artiste Cornelius, notamment son sublime générique de fin 外は戦場だよ(Soto wa Senjo da yo) interprété par Ichiko Aoba, chanson que j’aime encore aujourd’hui écouter de temps à autre. Ainsi, les années passent (trente déjà !) et je n’ai ni jamais complètement mis de côté, mais jamais non plus investi le temps nécessaire permettant d’appréhender dans son intégralité l’univers de GITS.

L’exposition ‘Exhibition of The World of Shirow Masamune – ‘The Ghost in the Shell’ and The Path of Creation‘ qui se tenait au Matsuzakaya Hall de Sakae, Nagoya, du 2 au 16 août, me fait donc l’effet d’une piqûre de rappel. Elle me fait me remémorer les souvenirs ci-dessus et encore bien d’autres. L’exposition est construite par blocs autour de chacune des oeuvres de Shirow dans leur ordre de publication. J’y découvre notamment pour la première fois sa série Dominion, publiée au Japon en 1986, qui m’était complètement inconnue. Je regrette un peu que la partie consacrée au manga Orion ne soit pas un peu plus importante, mais suis tout de même ravi de pouvoir y admirer les planches originales des dix premières pages du manga. A côté de l’installation une pancarte rédigée par Shirow explique qu’Orion est une œuvre dont la production a progressé en parallèle avec ‘Ghost in the Shell‘. Une suite à Orion était prévue, mais pour ‘diverses raisons personnelles et éditoriales’, elles n’ont jamais pris la forme d’une œuvre finale. Pour l’auteur la particularité de ce manga réside dans son aspect visuel très incertain (que l’on pourrait juger ‘bâclé’), les lignes des cases n’étant même pas tracées à la règle. Shirow dit avoir l’impression d’avoir dessiné Orion en riant constamment tout seul et n’a absolument aucun souvenir d’avoir accompli une tâche pénible ou douloureuse. ‘Il s’est lâché‘, comme on dit.

Au centre de l’exposition, un espace conséquent est bien sûr consacré à l’oeuvre principale qu’est GITS. Une bonne centaine de planches de dessins et croquis tirés du manga forment une sorte de rideau. Comme on ne se marche pas dessus dans l’exposition il est agréable de les parcourir unes à unes en prenant son temps pour admirer le trait de l’artiste, mais je me rends vite compte que je n’ai aucune idée de quelle partie de l’histoire elles sont tirées. Je regrette un peu de ne pas avoir fait quelques révisions au préalable en relisant au moins les deux premiers tomes originaux, ce qui m’aurait permis de les apprécier davantage. Suit une galerie mettant en évidence différents artworks autour de la série et notamment autour du personnage principal, Mokoto Kusanagi, la cyborg qui dirige les opérations tactiques de l’unité d’élite anti-criminelle et anti-terroriste Section 9.

L’exposition se termine sur une étonnante galerie exposant une douzaine de collaborations entre Shirow et d’autres artistes. Si celle de Katsuhiro Otomo dessinant Kusanagi de dos se dirigeant vers le char de combat Tachikoma rouge fait bien sur immédiatement penser à la moto rouge de l’affiche du film Akira, j’ai l’agréable surprise d’y voir figurer un dessin de Tsutomu Nihei représentant Kusanagi debout perchée au sommet d’un gratte-ciel, le mode camouflage thermo-optique la rendant transparente. Orion aura également inspiré deux artistes dont je ne connais aucune oeuvre, mais dont le style graphique me semble très prometteur, à savoir Katsuya Terada (à gauche) et Hiroyuki Kitakubo (à droite). L’exposition en elle-mémé aura été un agréable moment, elle aura ranimé en moi l’envie de relire et de regarder dans l’ordre chronologique l’intégralité des oeuvres de Shirow, mais également de jeter un oeil aux dernières sorties de Tsutomu Nihei, que j’avais un peu délaissé depuis la fin de Blame!, notamment le très alléchant manga intitulé Tower Dungeon, dont le 7ème tome sera publié le mois prochain. Je viens également de me rendre compte que Blame! a son anime sur Netflix. Ce ne sont certainement pas toutes ces découvertes qui vont accélérer mon rythme de publication sur le blog …