Les beaux jours reviennent et l’envie me reprend de traîner avec mon appareil sur le Sky Deck avant de prendre le travail. Je ne me suis toujours pas résolu à acheter un télé-objectif, je n’ai qu’un intérêt mitigé pour la photographie d’aviation et l’aviation en général depuis que cela ne me sert plus trop dans mon travail et que je n’ai plus personne avec qui partager ma passion. Je m’intéresse donc, avec les moyens à ma disposition, aux ombres formées par les appareils sur le tarmac, aux couleurs, je tente de trouver des thèmes en rapport avec le personnel de maintenance et les pilotes, sans lesquels les avions sont cloués au sol. Nous ne sommes que fin avril mais il fait déjà trop chaud, tout le monde cherche à se réfugier à l’ombre.
Sortie en milieu d’après-midi dans la préfecture de Mie, à Komono-chō, non loin de la ville de Yokkaichi. Cette tranquille bourgade de 40.000 âmes qui se trouve au pied du Mont Gozaisho (御在所岳, 1,212m), où se trouve la célèbre station thermale Yunoyama Onsen (湯の山温泉), connait un certain renouveau depuis qu’elle donne son nom à une sortie sur l’autoroute Shin-Meishin (新名神高速), qui s’y fraie son chemin depuis l’ouverture d’une nouvelle portion en 2019. Nous faisons un arrêt à AQUAIGNIS, complexe touristique mélangeant bien-être (bains alimentés par des sources chaudes naturelles avec une ambiance minimaliste assez soignée), gastronomie (pâtisserie de haut niveau, restaurants et boulangerie artisanale) et architecture design avec une intention esthétique de lignes épurées, matériaux naturels et espaces de repos extérieurs dignes d’un ‘resort haut-de-gamme’.
Si le nom AQUAIGNIS vient du latin et signifie littéralement ‘eau et feu’, l’élément ‘eau’ a disparu des bassins extérieurs, qui sont désormais remplis de gros cailloux. Je regrette un peu le large plan d’eau d’autrefois, la température au dehors ne s’élève encore qu’autour de 25 degrés mais toutes ces surfaces blanchâtres ne font qu’accentuer la sensation de chaleur là où auparavant le site faisait plutôt office d’oasis. S’il n’y a plus moyen de s’amuser avec les reflets dans l’eau, le site reste tout de même intéressant photogéniquement parlant. J’aime assez la manière dont les bâtiments sont agencés de sorte à ce que le regard soit guidé vers le fond de l’image, tel un point de fuite, et même le pont se fond dans le paysage.
Après avoir dégusté de délicieuses viennoiseries et un café à la terrasse – avec un bon bouquin j’y passerais volontiers la journée -, nous partons en direction de la Suzuka Skyline, la route panoramique qui relie Komono-chō à la ville de Koka dans la préfecture de Shiga en passant au travers de la chaîne de montagnes de Suzuka. Le paysage est moins vaste et moins impressionnant que celui de la Venus Line à Nagano lors de notre précédente balade, mais tout de même très agréable, quelques cerisiers sont même encore en fleurs. La fin d’après-midi approche et nombreux sont les randonneurs qui rejoignent leur voiture en marchant le long de la route. Je les envie car le Mont Gozaisho fait partie des sommets que je compte gravir cette année. C’est une nouvelle fois l’occasion de voir ce que notre nouvelle voiture (une Subaru Crosstrek à traction intégrale) a dans le ventre, et nous ne sommes pas déçus. Là où notre Honda faisait un bruit de tous les diables nous grimpons comme si de rien n’était, même la grosse Jeep qui me collait en bas est laissée sur place. Quel régal !
Une fois traversé le tunnel au sommet nous basculons dans la préfecture de Shiga et descendons vers Koka. Nous avons l’habitude d’atteindre Shiga en traversant en biais la préfecture d’Aichi puis de passer par celle de Gifu. Comme à Nagano cela fait toujours un drôle d’effet de découvrir ce genre de ‘raccourcis’. Une fois au pied de la montagne nous n’avons aucune idée d’où nous nous situons, mais continuons droit vers l’ouest. De mémoire il me semble que nous devrions croiser la route nationale 1 (国道1号, Kokudō Ichi-gō) qui relie Tōkyo à Kyōto, ce qui nous permettrait de revenir vers Nagoya, mais je n’en suis pas sûr. Nous ne sommes alors plus qu’à trente minutes de Omi-hachiman et de La Collina Omihachiman, l’enchanteresse installation de l’architecte Terunobu Fujimori, mais je suis du matin le lendemain et de toute manière tout est sur le point de fermer. Nous nous sommes une nouvelle fois aventurés bien plus loin qu’il n’était prévu, mais ce fut une agréable balade. Les enfants grandissant il est de plus en plus difficile d’arranger nos emplois du temps, nos conversations dans ces moments-là valent tout l’or du monde. Seul bémol, les photos prises ce jour-là sont toutes ‘cramées’ alors qu’à priori les réglages étaient corrects. J’ai récupère quelques photos comme j’ai pu mais mon bon vieux D5000 semble en fin de vie …
Si à Nagoya j’aime particulièrement me balader dans le quartier animé qu’est Ōsu, ces derniers temps j’ai une préférence pour celui d’Endōji (円頓寺), beaucoup moins tape-à-l’œil, moins fréquenté et plus calme. Bien qu’il ne se situe qu’à une dizaine de minutes à pieds de la gare de Nagoya, ce quartier populaire est plutôt méconnu. Cela dit peut-être les choses sont-elles en train de changer. Des travaux de rénovations ont eu lieu en 2015 et son site internet vient tout juste de faire peau neuve. J’aime beaucoup l’idée de cette barre de défilement qui permet de passer en revue de manière très fluide les restaurants et magasins tout en préservant l’aspect rétro, presque nostalgique, de cette galerie qui existe sous sa forme ‘moderne’, depuis 1964, et mêle désormais cafe-théâtre offrant des séances de kabuki, temples, vieux magasins de jouets ou d’électronique et petits restaurants et cafés autres que ceux des grandes enseignes que l’on trouve maintenant partout. J’aurai très certainement l’occasion de parler de ce lieu plus en détail une prochaine fois.
Notre virée en famille dans la préfecture de Nagano s’est décidée le matin-même. Nous itinéraire consistait à faire un tour à Komagane (駒ヶ根) en faisant un crochet par le magasin de confiseries japonaises Echigoya (越後屋) afin d’y acheter la spécialité appelée ‘Ina no Mayu‘ (伊那のまゆ) une gaufrette japonaise monaka garnie de crème fouettée et enrobée de chocolat. Malheureusement, quand nous y arrivons peu avant dix heure et demie la vendeuse s’apprête à fermer le rideau de fer et nous explique que le stock est épuisé pour aujourd’hui. Nous remontons en voiture, je plaisante en disant qu’il me plairait de travailler dans un magasin où les horaires de travail sont de 9:00 à 10:30, ou bien que la prochaine fois nous prendrons un hôtel en face du magasin afin d’être certain d’être parmi les premiers dans la file d’attente.
Nous nous apprêtons à partir en direction de Komagane lorsqu’à un croisement j’aperçois un panneau mentionnant la ville de Takato (高遠), à trente minutes de route. Je me souviens avoir vu dans ma collection de brochures de Nagano de sublimes photos du château de Takato, baigné dans une mer de cerisiers en fleurs, l’étage le plus élève du château pointant au dessus des arbres. Cependant, c’est les vacances de printemps, comme il fallait s’y attendre l’endroit est pris d’assaut par les touristes. Comme marcher ne m’effraie pas, si j’avais été seul je me serai garé dans un coin un peu éloigné, mais ma proposition est loin de faire l’unanimité. Nous passons en contre-bas du château en voiture, les cerisiers en fleurs sont en effet magnifiques et je me fais la réflexion qu’il me faudrait faire un montage vidéo des plus beaux paysages pris par notre (nouvelle) caméra de tableau de bord.
Nous nous faufilons à travers la montagne le long de la route 152. Je ne me souviens pas avoir emprunté cette route de par le passé et me demande bien ou elle mène. Les routes de montagnes réservent toujours des surprises, bonnes ou mauvaises. Si elles permettent souvent de relier des points que l’on croyait extrêmement éloignés, il n’est pas rare que les enfants soient malades quand les lacets sont trop nombreux. Au bout d’une demi-heure de route sans grosses difficultés, nous atteignons Tsuetsuki-tōge (杖突峠) aire de repos située à une altitude de 1,247 mètres. Nous nous y arrêtons pour déguster l’un des meilleurs plats de nouilles soba qu’il m’ait été donné de manger jusqu’à présent. Peut-être la superbe vue sur la ville de Chino et le Lac Suwa (dont nous avions fait le tour à vélo en 2022) en contre-bas, les plaines du Mont Tateshina au loin n’a-t-elle que sublimé davantage encore ce met délicieux. Nous nous attardons quelques instants au petit café avec terrasse à l’étage, puis redescendons vers la ville de Chino, où nous passons à proximité d’un cours d’eau bordé sur un centaine de mètres de cerisiers en fleurs. Alors que je m’apprête à immortaliser l’instant en photo, je me rends compte que j’ai oublié la batterie dans son chargeur à la maison, d’où les photos de ce billet toutes prises vite-fait avec mon smartphone. J’ai été surpris de constater que l’incident ne m’a que peu affecté. Ne pas avoir à trop me soucier des photos et profiter d’être en famille a rendu la balade plutôt agréable.
L’après-midi est déjà bien entamé mais puisque nous sommes dans le coin nous ne pouvons pas ne pas prendre la Venus Line qui nous amène au Lac Shirakaba (白樺湖) puis déguster une onctueuse glace à la ferme Nagato Farm, en contemplant les restes de neige dans les montagnes alentours.
Je continue mon chemin vers le nord et m’arrête quelques instants devant la porte principale du palais de Gyeongbokgung, puis décide de longer celui-ci sur son flanc gauche. J’entre dans l’enceinte du palais par la première porte qui se présente à moi. J’hésite à visiter le Musée National du Palais de Corée, sans aucun doute très intéressant mais trop chronophage. De plus, cela fait déjà plus de deux heures que je marche et je commence à avoir l’estomac vide.
Je traverse l’avenue Jahamun-ro (자하문로) qui semble être une artère principale de la ville. Il me semble que l’atmosphère change à chaque bloc et me réjouis donc à l’idée des nouvelles découvertes qui m’attendent. C’est ainsi que je rentre par hasard dans le quartier de Seochon (서촌), littéralement ‘Village de l’Ouest‘, l’un des plus anciens quartiers résidentiels de Séoul. Il y règne le plus grand calme et je n’y croise pratiquement personne. Je m’engouffre dans une ruelle juste assez large pour que deux personnes puissent s’y croiser. Je marche ainsi un long moment, le plus discrètement possible, au milieu de maisons en bois et en pierre dont le toit et les ornements me font penser qu’elles sont de type traditionnel, mais l’utilisation abondante de petites briques rouges dans la construction des façades et des murs qui les entourent m’empêche de dire si ces constructions sont anciennes ou récentes. Une recherche sur internet m’apprend que leur introduction remonte à la fin du XIXe siècle avec l’arrivée des missionnaires catholiques, soit à la même période qu’au Japon sous l’ère Meiji. Je ne croise pratiquement personne. Certaines allées se terminent en cul-de-sac, je dois parfois rebrousser chemin, un véritable labyrinthe dans lequel je me perds avec un certain enthousiasme.
Apres avoir erré une bonne trentaine de minutes je finis par trouver ce que l’on pourrait presque appeler une sortie. Je suis maintenant au pied du Mont Inwangsan. Le quartiers est calme, il y a maintenant un peu plus d’espace et les rues se font plus larges. La lumière du soleil sur les constructions en briques rouges est douce et apaisante, même le combini 7 Eleven prend un certain charme. Quel plaisir de se perdre ainsi sans savoir sur quoi l’on va tenter.
Quelques photos prises début mars dans la préfecture de Nagano, à Hirugami Onsen (昼神温泉), station thermale située non loin de la frontière avec Aichi. Nous y sommes venus un bon nombre de fois de par le passé et rien n’a vraiment changé si ce n’est que le restaurant de nouilles soba auquel nous avions prévu de prendre notre repas de midi vient de fermer définitivement, juste la veille. Un écriteau explique que la fermeture est due au retard de l’inauguration de la ligne Shinkansen Chūō (qui aura lieu en 2034 alors qu’elle était prévue pour 2027), la ligne ferroviaire en construction entre Tōkyō et Nagoya destinée à accueillir les trains à sustentation magnétique Maglev censée passer par la ville d’Iida, située un peu plus au nord. Dans l’après-midi nous partons ensuite en direction d’Iida pour une promenade dans la vallée de Tenryukyo (天竜峡). ll est possible de descendre la rivière en bateau mais il est déjà trop tard pour cela, nous nous baladons donc plutôt le long des falaises et traversons avec précaution le pont suspendu en bois.
A mille lieues du calme des photos ci-dessus, je découvre par hasard en rédigeant ce billet la musique chaotique du groupe japonais ผ้าอ้อม99999. Paaomu kyū kyū kyū kyū kyū (c’est apparemment ainsi que cela se lit) est un groupe expérimental formé en 2023 à Tokyo, constitué de quatre membres – Shimizu (chant, rap), Koike et Abura (basse et sampler) et Ishiyama (batterie). Leur musique mélange électro et hip hop, sons de jeux videos et musique dite 音MAD (OtoMAD), culture japonaise de remix sur internet qui consiste à découper des sons d’anime, pubs, jeux vidéo ou de videos YouTube pour les réorganiser en rythme et en faire un morceau. Ils se sont auto-attribué le terme ‘Junk pop‘ pour identifier leur style musical, et c’est également le nom de leur dernier album en date.
La musique de ‘Junk Pop’ (sorti ce mois-ci) me fait penser à ce à quoi pourrait ressembler une jam session entre Dos Monos et Niko Niko Tan Tan se mettant à faire de l’hyper pop après avoir gobé quelques pilules d’ecstasy. Les morceaux sont courts et déstructurés, comme improvisés, changeant soudainement de rythme quand on ne s’y attend pas pour laisser place à divers beuglements sur-saturés, mais le chanteur, d’une étonnante dextérité, rappe malgré tout avec un contrôle total, toujours parfaitement calé sur le rythme. Je dois en ce moment être réceptif à ce genre de musique expérimentale car depuis une dizaine de jours je me réécoute Crystal Castles (Amnesty I, 2016) ou encore Gang Gang Dance (Saint Dymphna, 2008), mais je dois concéder que l’enchaînement de titres plutôt agressifs peut avoir de quoi rebuter quand on n’est pas ‘dans le mood‘ et je serai probablement passé complètement à côté si je j’étais pas dans une période ou me défouler un peu ne fait pas de mal. On pourrait qualifier ce collage de sons et d’idées de grand n’importe quoi mais ce serait trop facile. Quand on prête attention aux paroles on comprend que rien n’est laissé au hasard et que le groupe fait dans l’auto-dérision, et je pense que le titre CAPTCHA résume le mieux la philosophie du groupe : ‘ライバルのJPOPの尺が1分30秒を切るのが普通になった頃、AIに仕事を奪われた友人がAIに慰めてもらっているらしい フランス語に’ À l’époque où il est devenu courant que les morceaux de J-pop durent moins d’une minute trente, un ami qui a perdu son travail à cause de l’IA se fait apparemment consoler par une IA.‘ Sur les treize titres que fait l’album tout les titres se valent mais outre CAPTCHA ci-dessus j’aime la rythmique très moderne et dansante de type EDM sur 忙忙忙ー忙・忙ー忙忙, qui pourrait avoir sa place dans un set de Fred again.., ou encore la technicité du flow sur 刹那の見斬り (feat. Sitissy luvit). Le groupe a participé au SUMMER SONIC 2024 et fait un passage au festival Maho Rasop en Thaïlande, dont on peut voir l’interview et un bref passage du concert ici. J’y aime beaucoup le calme des membres du groupe et la façon dont ils ne se prennent pas au sérieux alors que leur musique est déjantée. L’habit ne fait pas le moine, et ce n’est pas parce que l’on est dans la quarantaine qu’on ne peut pas apprécier ‘de la musique de jeunes’.
Lorsque je quitte la maison pour marcher en direction de la gare je ne sais pas encore quelle est ma destination et ce n’est qu’à peine une minute avant que le train n’entre en gare à Jingumae que je décide de bifurquer vers la ville d’Okazaki afin de faire un tour à la papeterie PEN’S ALLEY Takeuchi, puis visiter la curiosité architecturale qu’est le temple Saikō-ji (西光寺).
Une fois arrivé à la gare d’Higashi Okazaki je pars en direction du nord en faisant un crochet par l’immeuble où je résidais il y aura de cela bientôt vingt-cinq ans. Je suis à chaque fois très étonné d’avoir pris si peu de photos de cette période alors que je tenais déjà mon blog à l’époque. L’endroit n’a pas changé depuis mon dernier passage il y a quelques années, lorsque j’étais il me semble venu me faire vacciner pour la deuxième fois contre le Covid. Un souvenir chasse l’autre.
Je me promène ou bord de la riviere Otogawa puis fais une halte en dessous du Tonobashi, (殿橋) fasciné par la répétition de rectangles que forment les piliers du pont. J’attends une dizaine de minutes en espérant qu’un individu ou quelque chose de particulier survienne au milieu du cadre mais comme il fallait s’y attendre – quelle curieuse expression, ainsi tournée – le miracle n’aura pas lieu. Je suis très surpris, en rédigeant ce billet, d’apprendre que le pont a été construit en 1927.
De là je marche vers le nord le long d’une longue galerie marchande dont, comme un peu partout, la moitié des volets sont fermés, un thème récurent sur lequel je travaille depuis quelques temps. J’ai toujours trouvé que ses petits magasins avait leur charme, on ne peut que s’attrister de voir de plus en plus, où que l’on aille, les même enseignes de grands magasins polluer le paysage visuel pour au final ne même pas donner autant de choix qu’elles ne le prétendent.
Le temple Saikō-ji se trouve au beau milieu d’un quartier résidentiel. Sa hauteur ne dépassant pratiquement pas celle des habitations alentours et son design s’éloignant de l’architecture traditionnelle des temples font qu’il passe presque inaperçu. On pourrait juste penser qu’il s’agit de la demeure de quelque personnage excentrique et je serai presque passé à côté si un panneau indiquant son parking réservé ne m’avait pas sauté aux yeux. Le bâtiment principal (hondō) du temple est composé de volumes géométriques aux teintes rouillées superposés formant une silhouette pyramidale. Sur le côté, une petite cour simplement aménagée permet de prendre un peu de distance pour contempler l’édifice. Crée par le cabinet d’architecte d’Hidetaka Yoshimura (吉村英孝建築設計事務), architecte née en 1975 à Toyota, Aichi, l’oeuvre a remporté un Good Design Award en 2017. Yoshimura explique que le projet cherche à redéfinir la place du temple en créant un espace adapté aux modes de vie actuels et en le rendant plus accessible et moins intimidant en rompant avec les codes formels traditionnels, mais le côté métallique et froid de la bâtisse, le temps qui se couvre, le silence qui règne aux alentours et le fait qu’il n’y ait personne à part moi dans l’enceinte du temple me donne plutôt l’impression d’être entré par effraction dans quelque endroit où je ne suis pas censé me trouver.
Du dehors on distingue vaguement à travers les vitres les couleurs dorées d’un autel qui a l’air gigantesque. En m’approchant de l’entrée je m’attends à ce que les portes s’ouvrent automatiquement mais il n’en est rien, un écriteau demande de contacter le personnel via un interphone. Je sais qu’il faut bien commencer une conversation quelque part et que la plupart des interactions partent d’une bonne intention, mais trop fatigué par ma marche jusqu’au temple je ne me sens pas la force d’avoir à répondre à une éventuelle déferlante de questions insidieuses ou non, ou pire, d’avoir à repousser quelque recrutement sectaire – ne sait-on jamais. Je quitte les lieux et marche d’un pas plus rapide que nécessaire. Meme avec le recul l’endroit reste bien mystérieux. On ne trouve pratiquement aucune information à son sujet et son site web rudimentaire aux couleurs criardes semble être coincé au tout-début de l’ère internet. Je viens justement de finir la veille, en version originale le pavé de plus de 1.000 pages qu’est 4 3 2 1 de Paul Auster. Le roman raconte quatre versions différentes de la vie du même protagoniste, Archie Ferguson, dont chaque vie, en raison de circonstances particulières, prend des chemins très différents d’une version à l’autre. Certains passages sont moins digestes que d’autres mais c’est un beau livre qui fait réfléchir aux conséquences qu’engendrent décisions et rencontres au cours d’une vie. Que ce serait-il passé si j’avais osé pousser le bouton de cet interphone ? On pourra, comme l’a fait Auster, l’imaginer, voire la fantasmer, mais on ne le saura jamais.
J’atteins enfin l’hôtel de ville de Seoul et sa paroi en verre incurvée qui me fait penser à une gigantesque vague (celle de la planète Miller, dans Interstellar) qui s’abattrait sur les passants – complètement indifférents par ailleurs. Malheureusement des travaux ont lieu, une partie du passage est bloqué et de vilains échafaudages gâchent la vue. Une patinoire a été temporairement été installée devant la mairie, à mon retour on m’a fait remarquer que celle-ci apparaissait souvent dans les drama coréens. Je me réfugie à l’intérieur de la mairie pour me réchauffer les mains autour d’un café tout ce qu’il y a de plus ordinaire, mais servi par un robot-barista.
Je tombe par hasard sur le ‘Hall of Urbanism & Architecture‘. Si le nom paraît prometteur, j’hésite à y entrer car mon temps est précieux. En réalité je suis surtout surpris par la beauté de l’édifice religieux situé juste derrière. Même si je me dis que c’est quand même un comble qu’il faille que je vienne en Corée pour m’émerveiller devant une église, je me faufile tout de même dans l’arrière-cour de la Seoul Anglican Cathedral et me balade au milieu de beaux bâtiments en briques rouges et aux toits aux extrémités relevées. La lumière est divine, et pas un bruit.
Mes pas me mènent ensuite vers la fameuse rivière Cheonggyechon (清渓川), la voie express surélevée détruite puis transformée en cours d’eau en 2005 dans le cadre d’un projet de réaménagement de l’espace urbain. Malgré le froid de nombreuses personnes s’y baladent, chaudement habillées.
La série de billets à propos de mon voyage à Séoul risquant de s’étaler encore sur plusieurs épisodes, il me semble judicieux afin de ne pas trop ennuyer le lecteur de les entrecouper de promenades en terres nippones, qui sont après tout le thème de ce blog. Qu’il serait plaisant néanmoins de pouvoir dire que le thème principal de ce blog serait mes pérégrinations dans le monde entier …
Courte balade à Handa (半田市), à une vingtaine kilomètres au sud de chez nous. Pas vraiment le grand dépaysement, bien que le temps doux de ce début de matinée soit bien agréable. Bien que l’endroit soit calme, je décide d’écouter malgré tout de me balader accompagné de musique. Apple Music me propose un mix intitulé ‘Fitness:Yoga‘. D’habitude ce n’est vraiment pas le genre de mix qui m’intéresse mais celui-ci semble avoir été compilé par le producteur californien Flying Lotus, ce qui ne peut être que gage de qualité. Je reconnais un titre de Nala Sinephro, dont j’avais parlé il y a quelques temps, et par moment l’un ou l’autre fragment de morceau dont je suis à peu près certain qu’il a de par le passé été samplé par FlyLo dans ses productions, sans pouvoir dire exactement lesquelles. Les titres s’enchaînent tout en douceur, bien loin des morceaux déstructurés et agressifs auquel il nous avait habitués. Léger, j’ai l’impression de flotter au dessus de la ville, de la contempler du ciel.
La ville d’Handa est célèbre pour ses dashi matsuri (山車祭り), processions de chars en bois décorés appelés dashi. Ces chars sont considérés comme des véhicules sacrés destinés à accueillir les divinités lors des festivités, et sont tirés à travers les rues par les habitants. En dehors des fêtes ils sont entreposés dans de hauts hangars dont le rideau de fer est flanqué en gigantesques caractères du nom du char et de la communauté auquel il appartient. Comme il fallait s’y attendre on peut trouver un site (partiellement en anglais) répertoriant les 406 chars que l’on peut trouver dans la préfecture d’Aichi. J’en suis presque rassuré, cela m’aura ôté l’envie de le faire moi-même.
Je m’éloigne des grands boulevards et me laisse attirer par une lumière douce qui se faufile à travers une ruelle étroite. Comme il est encore trop tôt la majorité des rideaux de fer sont fermés et les stands recouverts de bâches, mais il me semble avoir découvert par hasard le marché de Namdaemun, qui n’est rien d’autre que le plus vaste marché en plein air de toute la Corée du Sud. Réparti sur plusieurs rues du centre de Séoul, il est dit que l’on peut y acheter à peu près tout ce que l’on peut imaginer, que ce soit des produits de consommation courante, tout comme des objets d’art folkloriques, produits locaux et des marchandises importées.
Je traîne près d’une heure parmi toutes sortes de stands de vêtements, des tissus et de gadgets aux couleurs vives. Si l’heure matinale et le froid font qu’il n’y a pratiquement ni touristes ni clients, je suppose que comme c’est le cas au marché à Nagoya, l’endroit doit fourmiller de monde avant l’aube. Je suis ainsi libre de me balader tranquillement, de m’arrêter sans risque d’être bousculé et les marchands sont trop occupés par leurs besognes pour se préoccuper de ma présence. Je sors du marché sans avoir fait le moindre achat, mais des souvenirs plein la tête.