Je continue mon chemin vers le nord et m’arrête quelques instants devant la porte principale du palais de Gyeongbokgung, puis décide de longer celui-ci sur son flanc gauche. J’entre dans l’enceinte du palais par la première porte qui se présente à moi. J’hésite à visiter le Musée National du Palais de Corée, sans aucun doute très intéressant mais trop chronophage. De plus, cela fait déjà plus de deux heures que je marche et je commence à avoir l’estomac vide.
Je traverse l’avenue Jahamun-ro (자하문로) qui semble être une artère principale de la ville. Il me semble que l’atmosphère change à chaque bloc et me réjouis donc à l’idée des nouvelles découvertes qui m’attendent. C’est ainsi que je rentre par hasard dans le quartier de Seochon (서촌), littéralement ‘Village de l’Ouest‘, l’un des plus anciens quartiers résidentiels de Séoul. Il y règne le plus grand calme et je n’y croise pratiquement personne. Je m’engouffre dans une ruelle juste assez large pour que deux personnes puissent s’y croiser. Je marche ainsi un long moment, le plus discrètement possible, au milieu de maisons en bois et en pierre dont le toit et les ornements me font penser qu’elles sont de type traditionnel, mais l’utilisation abondante de petites briques rouges dans la construction des façades et des murs qui les entourent m’empêche de dire si ces constructions sont anciennes ou récentes. Une recherche sur internet m’apprend que leur introduction remonte à la fin du XIXe siècle avec l’arrivée des missionnaires catholiques, soit à la même période qu’au Japon sous l’ère Meiji. Je ne croise pratiquement personne. Certaines allées se terminent en cul-de-sac, je dois parfois rebrousser chemin, un véritable labyrinthe dans lequel je me perds avec un certain enthousiasme.
Apres avoir erré une bonne trentaine de minutes je finis par trouver ce que l’on pourrait presque appeler une sortie. Je suis maintenant au pied du Mont Inwangsan. Le quartiers est calme, il y a maintenant un peu plus d’espace et les rues se font plus larges. La lumière du soleil sur les constructions en briques rouges est douce et apaisante, même le combini 7 Eleven prend un certain charme. Quel plaisir de se perdre ainsi sans savoir sur quoi l’on va tenter.
Quelques photos prises début mars dans la préfecture de Nagano, à Hirugami Onsen (昼神温泉), station thermale située non loin de la frontière avec Aichi. Nous y sommes venus un bon nombre de fois de par le passé et rien n’a vraiment changé si ce n’est que le restaurant de nouilles soba auquel nous avions prévu de prendre notre repas de midi vient de fermer définitivement, juste la veille. Un écriteau explique que la fermeture est due au retard de l’inauguration de la ligne Shinkansen Chūō (qui aura lieu en 2034 alors qu’elle était prévue pour 2027), la ligne ferroviaire en construction entre Tōkyō et Nagoya destinée à accueillir les trains à sustentation magnétique Maglev censée passer par la ville d’Iida, située un peu plus au nord. Dans l’après-midi nous partons ensuite en direction d’Iida pour une promenade dans la vallée de Tenryukyo (天竜峡). ll est possible de descendre la rivière en bateau mais il est déjà trop tard pour cela, nous nous baladons donc plutôt le long des falaises et traversons avec précaution le pont suspendu en bois.
A mille lieues du calme des photos ci-dessus, je découvre par hasard en rédigeant ce billet la musique chaotique du groupe japonais ผ้าอ้อม99999. Paaomu kyū kyū kyū kyū kyū (c’est apparemment ainsi que cela se lit) est un groupe expérimental formé en 2023 à Tokyo, constitué de quatre membres – Shimizu (chant, rap), Koike et Abura (basse et sampler) et Ishiyama (batterie). Leur musique mélange électro et hip hop, sons de jeux videos et musique dite 音MAD (OtoMAD), culture japonaise de remix sur internet qui consiste à découper des sons d’anime, pubs, jeux vidéo ou de videos YouTube pour les réorganiser en rythme et en faire un morceau. Ils se sont auto-attribué le terme ‘Junk pop‘ pour identifier leur style musical, et c’est également le nom de leur dernier album en date.
La musique de ‘Junk Pop’ (sorti ce mois-ci) me fait penser à ce à quoi pourrait ressembler une jam session entre Dos Monos et Niko Niko Tan Tan se mettant à faire de l’hyper pop après avoir gobé quelques pilules d’ecstasy. Les morceaux sont courts et déstructurés, comme improvisés, changeant soudainement de rythme quand on ne s’y attend pas pour laisser place à divers beuglements sur-saturés, mais le chanteur, d’une étonnante dextérité, rappe malgré tout avec un contrôle total, toujours parfaitement calé sur le rythme. Je dois en ce moment être réceptif à ce genre de musique expérimentale car depuis une dizaine de jours je me réécoute Crystal Castles (Amnesty I, 2016) ou encore Gang Gang Dance (Saint Dymphna, 2008), mais je dois concéder que l’enchaînement de titres plutôt agressifs peut avoir de quoi rebuter quand on n’est pas ‘dans le mood‘ et je serai probablement passé complètement à côté si je j’étais pas dans une période ou me défouler un peu ne fait pas de mal. On pourrait qualifier ce collage de sons et d’idées de grand n’importe quoi mais ce serait trop facile. Quand on prête attention aux paroles on comprend que rien n’est laissé au hasard et que le groupe fait dans l’auto-dérision, et je pense que le titre CAPTCHA résume le mieux la philosophie du groupe : ‘ライバルのJPOPの尺が1分30秒を切るのが普通になった頃、AIに仕事を奪われた友人がAIに慰めてもらっているらしい フランス語に’ À l’époque où il est devenu courant que les morceaux de J-pop durent moins d’une minute trente, un ami qui a perdu son travail à cause de l’IA se fait apparemment consoler par une IA.‘ Sur les treize titres que fait l’album tout les titres se valent mais outre CAPTCHA ci-dessus j’aime la rythmique très moderne et dansante de type EDM sur 忙忙忙ー忙・忙ー忙忙, qui pourrait avoir sa place dans un set de Fred again.., ou encore la technicité du flow sur 刹那の見斬り (feat. Sitissy luvit). Le groupe a participé au SUMMER SONIC 2024 et fait un passage au festival Maho Rasop en Thaïlande, dont on peut voir l’interview et un bref passage du concert ici. J’y aime beaucoup le calme des membres du groupe et la façon dont ils ne se prennent pas au sérieux alors que leur musique est déjantée. L’habit ne fait pas le moine, et ce n’est pas parce que l’on est dans la quarantaine qu’on ne peut pas apprécier ‘de la musique de jeunes’.
Lorsque je quitte la maison pour marcher en direction de la gare je ne sais pas encore quelle est ma destination et ce n’est qu’à peine une minute avant que le train n’entre en gare à Jingumae que je décide de bifurquer vers la ville d’Okazaki afin de faire un tour à la papeterie PEN’S ALLEY Takeuchi, puis visiter la curiosité architecturale qu’est le temple Saikō-ji (西光寺).
Une fois arrivé à la gare d’Higashi Okazaki je pars en direction du nord en faisant un crochet par l’immeuble où je résidais il y aura de cela bientôt vingt-cinq ans. Je suis à chaque fois très étonné d’avoir pris si peu de photos de cette période alors que je tenais déjà mon blog à l’époque. L’endroit n’a pas changé depuis mon dernier passage il y a quelques années, lorsque j’étais il me semble venu me faire vacciner pour la deuxième fois contre le Covid. Un souvenir chasse l’autre.
Je me promène ou bord de la riviere Otogawa puis fais une halte en dessous du Tonobashi, (殿橋) fasciné par la répétition de rectangles que forment les piliers du pont. J’attends une dizaine de minutes en espérant qu’un individu ou quelque chose de particulier survienne au milieu du cadre mais comme il fallait s’y attendre – quelle curieuse expression, ainsi tournée – le miracle n’aura pas lieu. Je suis très surpris, en rédigeant ce billet, d’apprendre que le pont a été construit en 1927.
De là je marche vers le nord le long d’une longue galerie marchande dont, comme un peu partout, la moitié des volets sont fermés, un thème récurent sur lequel je travaille depuis quelques temps. J’ai toujours trouvé que ses petits magasins avait leur charme, on ne peut que s’attrister de voir de plus en plus, où que l’on aille, les même enseignes de grands magasins polluer le paysage visuel pour au final ne même pas donner autant de choix qu’elles ne le prétendent.
Le temple Saikō-ji se trouve au beau milieu d’un quartier résidentiel. Sa hauteur ne dépassant pratiquement pas celle des habitations alentours et son design s’éloignant de l’architecture traditionnelle des temples font qu’il passe presque inaperçu. On pourrait juste penser qu’il s’agit de la demeure de quelque personnage excentrique et je serai presque passé à côté si un panneau indiquant son parking réservé ne m’avait pas sauté aux yeux. Le bâtiment principal (hondō) du temple est composé de volumes géométriques aux teintes rouillées superposés formant une silhouette pyramidale. Sur le côté, une petite cour simplement aménagée permet de prendre un peu de distance pour contempler l’édifice. Crée par le cabinet d’architecte d’Hidetaka Yoshimura (吉村英孝建築設計事務), architecte née en 1975 à Toyota, Aichi, l’oeuvre a remporté un Good Design Award en 2017. Yoshimura explique que le projet cherche à redéfinir la place du temple en créant un espace adapté aux modes de vie actuels et en le rendant plus accessible et moins intimidant en rompant avec les codes formels traditionnels, mais le côté métallique et froid de la bâtisse, le temps qui se couvre, le silence qui règne aux alentours et le fait qu’il n’y ait personne à part moi dans l’enceinte du temple me donne plutôt l’impression d’être entré par effraction dans quelque endroit où je ne suis pas censé me trouver.
Du dehors on distingue vaguement à travers les vitres les couleurs dorées d’un autel qui a l’air gigantesque. En m’approchant de l’entrée je m’attends à ce que les portes s’ouvrent automatiquement mais il n’en est rien, un écriteau demande de contacter le personnel via un interphone. Je sais qu’il faut bien commencer une conversation quelque part et que la plupart des interactions partent d’une bonne intention, mais trop fatigué par ma marche jusqu’au temple je ne me sens pas la force d’avoir à répondre à une éventuelle déferlante de questions insidieuses ou non, ou pire, d’avoir à repousser quelque recrutement sectaire – ne sait-on jamais. Je quitte les lieux et marche d’un pas plus rapide que nécessaire. Meme avec le recul l’endroit reste bien mystérieux. On ne trouve pratiquement aucune information à son sujet et son site web rudimentaire aux couleurs criardes semble être coincé au tout-début de l’ère internet. Je viens justement de finir la veille, en version originale le pavé de plus de 1.000 pages qu’est 4 3 2 1 de Paul Auster. Le roman raconte quatre versions différentes de la vie du même protagoniste, Archie Ferguson, dont chaque vie, en raison de circonstances particulières, prend des chemins très différents d’une version à l’autre. Certains passages sont moins digestes que d’autres mais c’est un beau livre qui fait réfléchir aux conséquences qu’engendrent décisions et rencontres au cours d’une vie. Que ce serait-il passé si j’avais osé pousser le bouton de cet interphone ? On pourra, comme l’a fait Auster, l’imaginer, voire la fantasmer, mais on ne le saura jamais.
J’atteins enfin l’hôtel de ville de Seoul et sa paroi en verre incurvée qui me fait penser à une gigantesque vague (celle de la planète Miller, dans Interstellar) qui s’abattrait sur les passants – complètement indifférents par ailleurs. Malheureusement des travaux ont lieu, une partie du passage est bloqué et de vilains échafaudages gâchent la vue. Une patinoire a été temporairement été installée devant la mairie, à mon retour on m’a fait remarquer que celle-ci apparaissait souvent dans les drama coréens. Je me réfugie à l’intérieur de la mairie pour me réchauffer les mains autour d’un café tout ce qu’il y a de plus ordinaire, mais servi par un robot-barista.
Je tombe par hasard sur le ‘Hall of Urbanism & Architecture‘. Si le nom paraît prometteur, j’hésite à y entrer car mon temps est précieux. En réalité je suis surtout surpris par la beauté de l’édifice religieux situé juste derrière. Même si je me dis que c’est quand même un comble qu’il faille que je vienne en Corée pour m’émerveiller devant une église, je me faufile tout de même dans l’arrière-cour de la Seoul Anglican Cathedral et me balade au milieu de beaux bâtiments en briques rouges et aux toits aux extrémités relevées. La lumière est divine, et pas un bruit.
Mes pas me mènent ensuite vers la fameuse rivière Cheonggyechon (清渓川), la voie express surélevée détruite puis transformée en cours d’eau en 2005 dans le cadre d’un projet de réaménagement de l’espace urbain. Malgré le froid de nombreuses personnes s’y baladent, chaudement habillées.
La série de billets à propos de mon voyage à Séoul risquant de s’étaler encore sur plusieurs épisodes, il me semble judicieux afin de ne pas trop ennuyer le lecteur de les entrecouper de promenades en terres nippones, qui sont après tout le thème de ce blog. Qu’il serait plaisant néanmoins de pouvoir dire que le thème principal de ce blog serait mes pérégrinations dans le monde entier …
Courte balade à Handa (半田市), à une vingtaine kilomètres au sud de chez nous. Pas vraiment le grand dépaysement, bien que le temps doux de ce début de matinée soit bien agréable. Bien que l’endroit soit calme, je décide d’écouter malgré tout de me balader accompagné de musique. Apple Music me propose un mix intitulé ‘Fitness:Yoga‘. D’habitude ce n’est vraiment pas le genre de mix qui m’intéresse mais celui-ci semble avoir été compilé par le producteur californien Flying Lotus, ce qui ne peut être que gage de qualité. Je reconnais un titre de Nala Sinephro, dont j’avais parlé il y a quelques temps, et par moment l’un ou l’autre fragment de morceau dont je suis à peu près certain qu’il a de par le passé été samplé par FlyLo dans ses productions, sans pouvoir dire exactement lesquelles. Les titres s’enchaînent tout en douceur, bien loin des morceaux déstructurés et agressifs auquel il nous avait habitués. Léger, j’ai l’impression de flotter au dessus de la ville, de la contempler du ciel.
La ville d’Handa est célèbre pour ses dashi matsuri (山車祭り), processions de chars en bois décorés appelés dashi. Ces chars sont considérés comme des véhicules sacrés destinés à accueillir les divinités lors des festivités, et sont tirés à travers les rues par les habitants. En dehors des fêtes ils sont entreposés dans de hauts hangars dont le rideau de fer est flanqué en gigantesques caractères du nom du char et de la communauté auquel il appartient. Comme il fallait s’y attendre on peut trouver un site (partiellement en anglais) répertoriant les 406 chars que l’on peut trouver dans la préfecture d’Aichi. J’en suis presque rassuré, cela m’aura ôté l’envie de le faire moi-même.
Je m’éloigne des grands boulevards et me laisse attirer par une lumière douce qui se faufile à travers une ruelle étroite. Comme il est encore trop tôt la majorité des rideaux de fer sont fermés et les stands recouverts de bâches, mais il me semble avoir découvert par hasard le marché de Namdaemun, qui n’est rien d’autre que le plus vaste marché en plein air de toute la Corée du Sud. Réparti sur plusieurs rues du centre de Séoul, il est dit que l’on peut y acheter à peu près tout ce que l’on peut imaginer, que ce soit des produits de consommation courante, tout comme des objets d’art folkloriques, produits locaux et des marchandises importées.
Je traîne près d’une heure parmi toutes sortes de stands de vêtements, des tissus et de gadgets aux couleurs vives. Si l’heure matinale et le froid font qu’il n’y a pratiquement ni touristes ni clients, je suppose que comme c’est le cas au marché à Nagoya, l’endroit doit fourmiller de monde avant l’aube. Je suis ainsi libre de me balader tranquillement, de m’arrêter sans risque d’être bousculé et les marchands sont trop occupés par leurs besognes pour se préoccuper de ma présence. Je sors du marché sans avoir fait le moindre achat, mais des souvenirs plein la tête.
Je suis debout autour de 7 heures après une nuit plus courte que prévue. J’ingurgite rapidement un petit-déjeuner quelconque et quitte l’hôtel autour de huit heures, chaudement habillé. Il fait -7°C, le froid est glacial mais par chance il n’y a pas de vent et le ciel est complètement dégagé.
Mon itinéraire prévoit de faire le tour du quartier de Myeongdong(明洞) de jour cette-fois, puis de monter vers le nord en direction du temple Gyeongbokgung(景福宮) en passant par l’Hôtel de Ville. Je marche lentement, regarde autour de moi en m’accordant tout le temps nécessaire mais tout est nouveau, tout attire mon regard. Premier pas et premières photos tout aussi timides. Les agressions immédiates que provoquent le bruit et les odeurs de la circulation très dense contrastent avec la lumière très douce et agréable dans laquelle baigne la ville. Je marche une petite demi-heure dans Myeongdong en appréciant les couleurs variées des enseignes – dont curieusement certaines sont écrites en japonais, puis emprunte au hasard une avenue où se côtoient immeubles aux formes modernes (photo 4, NTS Namdaemun District Office) et bâtisses beaucoup plus massives (photo 5, The Catholic Center, dont le bâtiment principal a été terminé en 1961). Au loin on peut apercevoir le Mont Namsan, colline emblématique de 262 mètres de hauteur située au cœur de la ville, avec à son sommet la N Seoul Tower, que je compte, si j’en ai le temps, visiter plus tard. Pour l’instant, je suis surtout émerveillé par les jeux de lumières que provoquent les reflets du soleil sur les parois en verre des bâtiments alentours.
Je me retrouve à Séoul pour un séjour de trois jours. J’y serai volontiers venu en famille mais un concours de circonstances fait que je m’y rends seul. J’ai donc quartier libre, mais dois traîner avec moi le lourd fardeau qu’est l’embarras du choix. Que faire en Corée du Sud quand on ne s’intéresse ni à la K-pop, ni aux produits cosmétiques, ni aux grands magasins ? Le week-end précédant mon départ j’ai guide en main au préalable ajouté une vingtaines de points sur une carte Google Maps en divisant mon itinéraire – de manière pas très originale, j’en conviens – en deux parties libellées tradition et modernité, me permettant d’avoir un aperçu du passé historique de la ville d’un côté, et une vue globale de ses curiosités architecturales de l’autre. N’ayant aucune idée de la taille de la ville ni du temps qu’il me faudra pour aller d’un point à l’autre je ne me faisais pas trop d’illusions sur la probabilité que je me tienne avec rigueur à ce plan, et cela n’a pas raté. Au final j’aurai parcouru à pied autour de 55 kilomètres dans la ville en n’empruntant pratiquement aucun transport en commun. Malgré des ‘températures saisonnières‘ allant de 0°C à -8°C j’ai arpenté la ville en prenant plus de 700 photos, marchant la majeure du partie complètement au hasard. Pareille ‘promenade’ aurait été complètement impossible si je n’avais pas été seul, si j’ai l’habitude de faire ce genre de choses dans des villes inconnues autour de Nagoya, le fait de me retrouver seul dans un pays étranger, perdu dans cette mégapole gigantesque où tout m’est nouveau, m’a rappelé l’émerveillement provoqué lors de ma première visite au Japon.
J’arrive en début de soirée dans le quartier populaire de Myeong-dong, où j’ai pris un hôtel bas-prix pour la durée de mon séjour. Myeong-dong est considéré comme un véritable ‘temple de la mode’, on y trouve une forte concentration de boutiques de marques, de grands magasins et de petites échoppes. Malgré le froid l’endroit grouille de monde, de la k-pop hurle où que l’on aille et les néons et autres écrans gigantesques piquent les yeux. Si l’on ne peut que s’extasier devant la vitalité dont est imprégnée ce quartier, le bain de foule me fatigue rapidement et je retourne à l’hôtel après avoir dégusté une délicieuse soupe aux gyoza à l’apparement célèbre restaurant Myeongdong Kyoja.
Courte promenade digestive au nord du complexe commercial LaLaport Nagoya minato AQULS, auquel je viens souvent prendre ma pause déjeuner après ma séance de natation, comme aujourd’hui. Après avoir couru le Marathon de Nishio, objectif principal de cette saison, il y a deux semaines, à défaut d’avoir un nouvel objectif précis pour la suite je me maintiens en forme en allant courir autour de 10km une ou deux fois par semaine tout en augmentant progressivement mes distances en natation afin de ménager mes genoux. Je reviendrai peut-être une autre fois plus en détails sur ma course mais j’ai terminé les 42.195km en 4 heures 3 minutes et 46 secondes. J’ai ainsi pulvérise mon record personnel (4h26 à Matsusaka en 2024) mais j’échoue donc à quatre malheureuses minutes du sacro-saint sub-4. Presque 6 mois d’entraînement pour échouer si près du but, il y aurait de quoi se demander ‘à quoi bon ?’ et vouloir en finir avec la course à pieds, mais en vérité ma déception n’a pas été bien longue car tout au long de la saison j’ai ‘pris mon pied’ à courir (haha), n’ai ressenti pratiquement aucune douleur et les lacunes qui font que je n’ai pas atteint mon objectif sont assez évidentes pour que je puisse envisager d’améliorer encore mon chrono sans avoir à forcer au point que l’entraînement n’en devienne un calvaire.
Je marche une trentaine minutes d’un pas ferme mais ne croise pratiquement personne. Dehors le vent est assez glacial pour qu’un chat, bien au chaud, lui, à l’intérieur de son cafe à chats, me regarde d’un air interrogateur et circonspect, comme s’il ne comprenait pas ce que je fais dehors par un froid pareil – ou bien m’envie-t-il ?
Après ma promenade à Atsuta Jingū je me mets à me balader au hasard, comme d’habitude. Coincé entre deux immeubles de quelques étages, un discret torii m’invite à m’engouffrer dans un étroit chemin qui me guide vers une arrière-cour au milieu duquel trône un petit sanctuaire. Bien qu’il soit autour de midi et que l’endroit soit encerclé d’habitations modestes et même de ce qui semble être un petit restaurant, il y règne un calme agréable et apaisant dont je profite pendant quelques minutes. Le hasard m’aura permis aujourd’hui encore de faire une intéressante découverte … mais et si cette année je m’organisais un peu plus dans mes sorties ? J’ai depuis quelques temps en tête les posts de Bruno Quinquet, qui parcourt méticuleusement et méthodiquement, appareil à la main, jusque dans ses plus petites ruelles, ku (区, quartier) après ku, la gigantesque mégapole qu’est Tōkyō. Pourquoi ne ferais-je pas, à ma manière, de même pour Nagoya et ses environs ? – je risquerai ainsi moins de me retrouver nez-à-nez avec un ours qu’en parcourant le Tokai Nature Trail –
Je commence, de ce pas, ai-je envie de dire, mon aventure, à Atsuta-ku Tenma 1 chō-me (熱田区伝馬町1丁目). Le quartier de Tenma est situé au sud de celui de Jingū(神宮), où se trouve le sanctuaire. Il prend la forme d’un triangle isocèle dont chaque côté ferait entre 300 et 400 mètres. Une artère principale le découpe dans sa hauteur et cinq ruelles le traversent d’un côté à l’autre. Je réfléchis un court moment au moyen le plus efficace permettant de parcourir chaque rue en faisant le moins de chemin possible (en évitant de passer par deux fois par la même rue, par exemple) mais le quartier n’est pas très grand et de toute façon le temps est glacial, je me donne une heure pour en faire le tour, si l’on peut dire ainsi. Je ne m’en aperçois qu’une fois lancé mais c’est également au sanctuaire d’Atsuta que j’avais, sur un coup de tête là-aussi, entamé mon premier carnet gōshuin. Il y a manifestement quelque chose qui me lie à cet endroit et j’aime assez cette idée.
La proximité de l’important sanctuaire qu’est Atsuta fait que ce petit quartier à lui seul compte plusieurs sanctuaires annexes. Il y en a littéralement un à chaque coin de rue, de tailles variées, allant du simple autel à celui, plus imposant, doté d’un torii et de sa statue de lion shishi. Il y a tout autant de petits squares avec ou sans jeux pour enfants. Le jaune pétant des bancs, sans doute repeints il y a peu, contraste avec la douceur presque monotone des couleurs de cette fin d’après-midi. Il n’y a pas un chat, ou plutôt si, un seul, assoupi dans les hautes herbes du jardin d’une maison. Et quelques passants dont je n’arrive pas, puisque j’évite de les regarder avec trop d’insistance, à savoir ce qu’ils pensent de ma présence dans ce quartier ‘quelconque’ alors que le sanctuaire principal est tout proche.