architecture/livres/Aichi

‘All my past and futures’ – Saikō-ji, Okazaki, Aichi

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Okazaki
Sous le pont Tonobashi Okazaki
caserne de pompiers a Okazaki
devanture de magasin rose a Okazaki
西光寺 Saikoji Okazaki
西光寺 Saikoji Okazaki
西光寺 Saikoji Okazaki
西光寺 Saikoji Okazaki

Lorsque je quitte la maison pour marcher en direction de la gare je ne sais pas encore quelle est ma destination et ce n’est qu’à peine une minute avant que le train n’entre en gare à Jingumae que je décide de bifurquer vers la ville d’Okazaki afin de faire un tour à la papeterie PEN’S ALLEY Takeuchi, puis visiter la curiosité architecturale qu’est le temple Saikō-ji (西光寺).

Une fois arrivé à la gare d’Higashi Okazaki je pars en direction du nord en faisant un crochet par l’immeuble où je résidais il y aura de cela bientôt vingt-cinq ans. Je suis à chaque fois très étonné d’avoir pris si peu de photos de cette période alors que je tenais déjà mon blog à l’époque. L’endroit n’a pas changé depuis mon dernier passage il y a quelques années, lorsque j’étais il me semble venu me faire vacciner pour la deuxième fois contre le Covid. Un souvenir chasse l’autre.

Je me promène ou bord de la riviere Otogawa puis fais une halte en dessous du Tonobashi, (殿橋) fasciné par la répétition de rectangles que forment les piliers du pont. J’attends une dizaine de minutes en espérant qu’un individu ou quelque chose de particulier survienne au milieu du cadre mais comme il fallait s’y attendre – quelle curieuse expression, ainsi tournée – le miracle n’aura pas lieu. Je suis très surpris, en rédigeant ce billet, d’apprendre que le pont a été construit en 1927.

De là je marche vers le nord le long d’une longue galerie marchande dont, comme un peu partout, la moitié des volets sont fermés, un thème récurent sur lequel je travaille depuis quelques temps. J’ai toujours trouvé que ses petits magasins avait leur charme, on ne peut que s’attrister de voir de plus en plus, où que l’on aille, les même enseignes de grands magasins polluer le paysage visuel pour au final ne même pas donner autant de choix qu’elles ne le prétendent.

Le temple Saikō-ji se trouve au beau milieu d’un quartier résidentiel. Sa hauteur ne dépassant pratiquement pas celle des habitations alentours et son design s’éloignant de l’architecture traditionnelle des temples font qu’il passe presque inaperçu. On pourrait juste penser qu’il s’agit de la demeure de quelque personnage excentrique et je serai presque passé à côté si un panneau indiquant son parking réservé ne m’avait pas sauté aux yeux. Le bâtiment principal (hondō) du temple est composé de volumes géométriques aux teintes rouillées superposés formant une silhouette pyramidale. Sur le côté, une petite cour simplement aménagée permet de prendre un peu de distance pour contempler l’édifice. Crée par le cabinet d’architecte d’Hidetaka Yoshimura (吉村英孝建築設計事務), architecte née en 1975 à Toyota, Aichi, l’oeuvre a remporté un Good Design Award en 2017. Yoshimura explique que le projet cherche à redéfinir la place du temple en créant un espace adapté aux modes de vie actuels et en le rendant plus accessible et moins intimidant en rompant avec les codes formels traditionnels, mais le côté métallique et froid de la bâtisse, le temps qui se couvre, le silence qui règne aux alentours et le fait qu’il n’y ait personne à part moi dans l’enceinte du temple me donne plutôt l’impression d’être entré par effraction dans quelque endroit où je ne suis pas censé me trouver.

Du dehors on distingue vaguement à travers les vitres les couleurs dorées d’un autel qui a l’air gigantesque. En m’approchant de l’entrée je m’attends à ce que les portes s’ouvrent automatiquement mais il n’en est rien, un écriteau demande de contacter le personnel via un interphone. Je sais qu’il faut bien commencer une conversation quelque part et que la plupart des interactions partent d’une bonne intention, mais trop fatigué par ma marche jusqu’au temple je ne me sens pas la force d’avoir à répondre à une éventuelle déferlante de questions insidieuses ou non, ou pire, d’avoir à repousser quelque recrutement sectaire – ne sait-on jamais. Je quitte les lieux et marche d’un pas plus rapide que nécessaire. Meme avec le recul l’endroit reste bien mystérieux. On ne trouve pratiquement aucune information à son sujet et son site web rudimentaire aux couleurs criardes semble être coincé au tout-début de l’ère internet. Je viens justement de finir la veille, en version originale le pavé de plus de 1.000 pages qu’est 4 3 2 1 de Paul Auster. Le roman raconte quatre versions différentes de la vie du même protagoniste, Archie Ferguson, dont chaque vie, en raison de circonstances particulières, prend des chemins très différents d’une version à l’autre. Certains passages sont moins digestes que d’autres mais c’est un beau livre qui fait réfléchir aux conséquences qu’engendrent décisions et rencontres au cours d’une vie. Que ce serait-il passé si j’avais osé pousser le bouton de cet interphone ? On pourra, comme l’a fait Auster, l’imaginer, voire la fantasmer, mais on ne le saura jamais.

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Street Trip Séoul(4) – Waves & rivers

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Seoul
Hôtel de ville de Séoul et patinoire
Hôtel de ville de Séoul
Seoul Anglican Cathedral of St. Mary the Virgin and St. Nicholas
Seoul Anglican Cathedral of St. Mary the Virgin and St. Nicholas
la rivière Cheonggyecheon
Au bord de la rivière Cheonggyecheon

J’atteins enfin l’hôtel de ville de Seoul et sa paroi en verre incurvée qui me fait penser à une gigantesque vague (celle de la planète Miller, dans Interstellar) qui s’abattrait sur les passants – complètement indifférents par ailleurs. Malheureusement des travaux ont lieu, une partie du passage est bloqué et de vilains échafaudages gâchent la vue. Une patinoire a été temporairement été installée devant la mairie, à mon retour on m’a fait remarquer que celle-ci apparaissait souvent dans les drama coréens. Je me réfugie à l’intérieur de la mairie pour me réchauffer les mains autour d’un café tout ce qu’il y a de plus ordinaire, mais servi par un robot-barista.

Je tombe par hasard sur le ‘Hall of Urbanism & Architecture‘. Si le nom paraît prometteur, j’hésite à y entrer car mon temps est précieux. En réalité je suis surtout surpris par la beauté de l’édifice religieux situé juste derrière. Même si je me dis que c’est quand même un comble qu’il faille que je vienne en Corée pour m’émerveiller devant une église, je me faufile tout de même dans l’arrière-cour de la Seoul Anglican Cathedral et me balade au milieu de beaux bâtiments en briques rouges et aux toits aux extrémités relevées. La lumière est divine, et pas un bruit.

Mes pas me mènent ensuite vers la fameuse rivière Cheonggyechon (清渓川), la voie express surélevée détruite puis transformée en cours d’eau en 2005 dans le cadre d’un projet de réaménagement de l’espace urbain. Malgré le froid de nombreuses personnes s’y baladent, chaudement habillées.

musiques/Aichi

Flying above Handa

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Handa, Aichi
Handa, Aichi
Handa, Aichi
Handa, Aichi
Handa, Aichi
Handa, Aichi

La série de billets à propos de mon voyage à Séoul risquant de s’étaler encore sur plusieurs épisodes, il me semble judicieux afin de ne pas trop ennuyer le lecteur de les entrecouper de promenades en terres nippones, qui sont après tout le thème de ce blog. Qu’il serait plaisant néanmoins de pouvoir dire que le thème principal de ce blog serait mes pérégrinations dans le monde entier …

Courte balade à Handa (半田市), à une vingtaine kilomètres au sud de chez nous. Pas vraiment le grand dépaysement, bien que le temps doux de ce début de matinée soit bien agréable. Bien que l’endroit soit calme, je décide d’écouter malgré tout de me balader accompagné de musique. Apple Music me propose un mix intitulé Fitness:Yoga‘. D’habitude ce n’est vraiment pas le genre de mix qui m’intéresse mais celui-ci semble avoir été compilé par le producteur californien Flying Lotus, ce qui ne peut être que gage de qualité. Je reconnais un titre de Nala Sinephro, dont j’avais parlé il y a quelques temps, et par moment l’un ou l’autre fragment de morceau dont je suis à peu près certain qu’il a de par le passé été samplé par FlyLo dans ses productions, sans pouvoir dire exactement lesquelles. Les titres s’enchaînent tout en douceur, bien loin des morceaux déstructurés et agressifs auquel il nous avait habitués. Léger, j’ai l’impression de flotter au dessus de la ville, de la contempler du ciel.

La ville d’Handa est célèbre pour ses dashi matsuri (山車祭り), processions de chars en bois décorés appelés dashi. Ces chars sont considérés comme des véhicules sacrés destinés à accueillir les divinités lors des festivités, et sont tirés à travers les rues par les habitants. En dehors des fêtes ils sont entreposés dans de hauts hangars dont le rideau de fer est flanqué en gigantesques caractères du nom du char et de la communauté auquel il appartient. Comme il fallait s’y attendre on peut trouver un site (partiellement en anglais) répertoriant les 406 chars que l’on peut trouver dans la préfecture d’Aichi. J’en suis presque rassuré, cela m’aura ôté l’envie de le faire moi-même.

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Street Trip Séoul(3) – Namdaemun Market

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Namdaemun Market Seoul
Namdaemun Market Seoul
Namdaemun Market Seoul
Namdaemun Market Seoul
Namdaemun Market Seoul
Namdaemun Market Seoul
Namdaemun Market Seoul

Je m’éloigne des grands boulevards et me laisse attirer par une lumière douce qui se faufile à travers une ruelle étroite. Comme il est encore trop tôt la majorité des rideaux de fer sont fermés et les stands recouverts de bâches, mais il me semble avoir découvert par hasard le marché de Namdaemun, qui n’est rien d’autre que le plus vaste marché en plein air de toute la Corée du Sud. Réparti sur plusieurs rues du centre de Séoul, il est dit que l’on peut y acheter à peu près tout ce que l’on peut imaginer, que ce soit des produits de consommation courante, tout comme des objets d’art folkloriques, produits locaux et des marchandises importées.

Je traîne près d’une heure parmi toutes sortes de stands de vêtements, des tissus et de gadgets aux couleurs vives. Si l’heure matinale et le froid font qu’il n’y a pratiquement ni touristes ni clients, je suppose que comme c’est le cas au marché à Nagoya, l’endroit doit fourmiller de monde avant l’aube. Je suis ainsi libre de me balader tranquillement, de m’arrêter sans risque d’être bousculé et les marchands sont trop occupés par leurs besognes pour se préoccuper de ma présence. Je sors du marché sans avoir fait le moindre achat, mais des souvenirs plein la tête.

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Street Trip Séoul (2) – Myeong-dong(2)

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Seoul NTS Namdaemun District Office

Je suis debout autour de 7 heures après une nuit plus courte que prévue. J’ingurgite rapidement un petit-déjeuner quelconque et quitte l’hôtel autour de huit heures, chaudement habillé. Il fait -7°C, le froid est glacial mais par chance il n’y a pas de vent et le ciel est complètement dégagé.

Mon itinéraire prévoit de faire le tour du quartier de Myeongdong (明洞) de jour cette-fois, puis de monter vers le nord en direction du temple Gyeongbokgung (景福宮) en passant par l’Hôtel de Ville. Je marche lentement, regarde autour de moi en m’accordant tout le temps nécessaire mais tout est nouveau, tout attire mon regard. Premier pas et premières photos tout aussi timides. Les agressions immédiates que provoquent le bruit et les odeurs de la circulation très dense contrastent avec la lumière très douce et agréable dans laquelle baigne la ville. Je marche une petite demi-heure dans Myeongdong en appréciant les couleurs variées des enseignes – dont curieusement certaines sont écrites en japonais, puis emprunte au hasard une avenue où se côtoient immeubles aux formes modernes (photo 4, NTS Namdaemun District Office) et bâtisses beaucoup plus massives (photo 5, The Catholic Center, dont le bâtiment principal a été terminé en 1961). Au loin on peut apercevoir le Mont Namsan, colline emblématique de 262 mètres de hauteur située au cœur de la ville, avec à son sommet la N Seoul Tower, que je compte, si j’en ai le temps, visiter plus tard. Pour l’instant, je suis surtout émerveillé par les jeux de lumières que provoquent les reflets du soleil sur les parois en verre des bâtiments alentours.

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Street Trip Séoul (1) – Myeong-dong

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Je me retrouve à Séoul pour un séjour de trois jours. J’y serai volontiers venu en famille mais un concours de circonstances fait que je m’y rends seul. J’ai donc quartier libre, mais dois traîner avec moi le lourd fardeau qu’est l’embarras du choix. Que faire en Corée du Sud quand on ne s’intéresse ni à la K-pop, ni aux produits cosmétiques, ni aux grands magasins ? Le week-end précédant mon départ j’ai guide en main au préalable ajouté une vingtaines de points sur une carte Google Maps en divisant mon itinéraire – de manière pas très originale, j’en conviens – en deux parties libellées tradition et modernité, me permettant d’avoir un aperçu du passé historique de la ville d’un côté, et une vue globale de ses curiosités architecturales de l’autre. N’ayant aucune idée de la taille de la ville ni du temps qu’il me faudra pour aller d’un point à l’autre je ne me faisais pas trop d’illusions sur la probabilité que je me tienne avec rigueur à ce plan, et cela n’a pas raté. Au final j’aurai parcouru à pied autour de 55 kilomètres dans la ville en n’empruntant pratiquement aucun transport en commun. Malgré des ‘températures saisonnières‘ allant de 0°C à -8°C j’ai arpenté la ville en prenant plus de 700 photos, marchant la majeure du partie complètement au hasard. Pareille ‘promenade’ aurait été complètement impossible si je n’avais pas été seul, si j’ai l’habitude de faire ce genre de choses dans des villes inconnues autour de Nagoya, le fait de me retrouver seul dans un pays étranger, perdu dans cette mégapole gigantesque où tout m’est nouveau, m’a rappelé l’émerveillement provoqué lors de ma première visite au Japon.

J’arrive en début de soirée dans le quartier populaire de Myeong-dong, où j’ai pris un hôtel bas-prix pour la durée de mon séjour. Myeong-dong est considéré comme un véritable ‘temple de la mode’, on y trouve une forte concentration de boutiques de marques, de grands magasins et de petites échoppes. Malgré le froid l’endroit grouille de monde, de la k-pop hurle où que l’on aille et les néons et autres écrans gigantesques piquent les yeux. Si l’on ne peut que s’extasier devant la vitalité dont est imprégnée ce quartier, le bain de foule me fatigue rapidement et je retourne à l’hôtel après avoir dégusté une délicieuse soupe aux gyoza à l’apparement célèbre restaurant Myeongdong Kyoja.

keeping running/Nagoya

Temps de chat – Minato-ku, Nagoya

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chat derrière une vitre
hangar de couleur verte fermé
parking vide
ligne de chemin de fer abandonnée
bouteilles de 2L devant une maison

Courte promenade digestive au nord du complexe commercial LaLaport Nagoya minato AQULS, auquel je viens souvent prendre ma pause déjeuner après ma séance de natation, comme aujourd’hui. Après avoir couru le Marathon de Nishio, objectif principal de cette saison, il y a deux semaines, à défaut d’avoir un nouvel objectif précis pour la suite je me maintiens en forme en allant courir autour de 10km une ou deux fois par semaine tout en augmentant progressivement mes distances en natation afin de ménager mes genoux. Je reviendrai peut-être une autre fois plus en détails sur ma course mais j’ai terminé les 42.195km en 4 heures 3 minutes et 46 secondes. J’ai ainsi pulvérise mon record personnel (4h26 à Matsusaka en 2024) mais j’échoue donc à quatre malheureuses minutes du sacro-saint sub-4. Presque 6 mois d’entraînement pour échouer si près du but, il y aurait de quoi se demander ‘à quoi bon ?’ et vouloir en finir avec la course à pieds, mais en vérité ma déception n’a pas été bien longue car tout au long de la saison j’ai ‘pris mon pied’ à courir (haha), n’ai ressenti pratiquement aucune douleur et les lacunes qui font que je n’ai pas atteint mon objectif sont assez évidentes pour que je puisse envisager d’améliorer encore mon chrono sans avoir à forcer au point que l’entraînement n’en devienne un calvaire.

Je marche une trentaine minutes d’un pas ferme mais ne croise pratiquement personne. Dehors le vent est assez glacial pour qu’un chat, bien au chaud, lui, à l’intérieur de son cafe à chats, me regarde d’un air interrogateur et circonspect, comme s’il ne comprenait pas ce que je fais dehors par un froid pareil – ou bien m’envie-t-il ?

Nagoya/Nagoya

‘Unthinkable surprises. About to happen. But what they are…’ – Atsuta-ku, Nagoya

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Entrée vers le petit sanctuaire Atsugo-sha (松姤社), sanctuaire auxiliaire d'Atsuta Jingu
deux bancs peints en jaune qui se font face dans un square
chat noir caché dans les hautes herbes
poster au parking d'un magasin de wagashi
bannières 'Namukanzeonbosatsu' 南無観世音菩薩
statue de Shishi (獅子) à l'entrée du sanctuaire Sasasha (笹社)

Après ma promenade à Atsuta Jingū je me mets à me balader au hasard, comme d’habitude. Coincé entre deux immeubles de quelques étages, un discret torii m’invite à m’engouffrer dans un étroit chemin qui me guide vers une arrière-cour au milieu duquel trône un petit sanctuaire. Bien qu’il soit autour de midi et que l’endroit soit encerclé d’habitations modestes et même de ce qui semble être un petit restaurant, il y règne un calme agréable et apaisant dont je profite pendant quelques minutes. Le hasard m’aura permis aujourd’hui encore de faire une intéressante découverte … mais et si cette année je m’organisais un peu plus dans mes sorties ? J’ai depuis quelques temps en tête les posts de Bruno Quinquet, qui parcourt méticuleusement et méthodiquement, appareil à la main, jusque dans ses plus petites ruelles, ku (区, quartier) après ku, la gigantesque mégapole qu’est Tōkyō. Pourquoi ne ferais-je pas, à ma manière, de même pour Nagoya et ses environs ? – je risquerai ainsi moins de me retrouver nez-à-nez avec un ours qu’en parcourant le Tokai Nature Trail

Je commence, de ce pas, ai-je envie de dire, mon aventure, à Atsuta-ku Tenma 1 chō-me (熱田区伝馬町1丁目). Le quartier de Tenma est situé au sud de celui de Jingū (神宮), où se trouve le sanctuaire. Il prend la forme d’un triangle isocèle dont chaque côté ferait entre 300 et 400 mètres. Une artère principale le découpe dans sa hauteur et cinq ruelles le traversent d’un côté à l’autre. Je réfléchis un court moment au moyen le plus efficace permettant de parcourir chaque rue en faisant le moins de chemin possible (en évitant de passer par deux fois par la même rue, par exemple) mais le quartier n’est pas très grand et de toute façon le temps est glacial, je me donne une heure pour en faire le tour, si l’on peut dire ainsi. Je ne m’en aperçois qu’une fois lancé mais c’est également au sanctuaire d’Atsuta que j’avais, sur un coup de tête là-aussi, entamé mon premier carnet gōshuin. Il y a manifestement quelque chose qui me lie à cet endroit et j’aime assez cette idée.

La proximité de l’important sanctuaire qu’est Atsuta fait que ce petit quartier à lui seul compte plusieurs sanctuaires annexes. Il y en a littéralement un à chaque coin de rue, de tailles variées, allant du simple autel à celui, plus imposant, doté d’un torii et de sa statue de lion shishi. Il y a tout autant de petits squares avec ou sans jeux pour enfants. Le jaune pétant des bancs, sans doute repeints il y a peu, contraste avec la douceur presque monotone des couleurs de cette fin d’après-midi. Il n’y a pas un chat, ou plutôt si, un seul, assoupi dans les hautes herbes du jardin d’une maison. Et quelques passants dont je n’arrive pas, puisque j’évite de les regarder avec trop d’insistance, à savoir ce qu’ils pensent de ma présence dans ce quartier ‘quelconque’ alors que le sanctuaire principal est tout proche.

promenades/Nagoya

Hatsu Ebisu – Atsuta Jingu, Nagoya

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Atsuta jingu poules sacrées
Atsuta jingu poule sacrée
Atsuta Jingu
atsuta jingu
Atsuta Jingu au Nouvel An

L’idée de me rendre au sanctuaire Atsuta-jingū (熱田神宮) m’est venue dans le train me menant à Nagoya lorsque j’ai réalisé que je n’étais pas encore allé aux hatsumōde (初詣), tradition qui veut que l’on visite temples et sanctuaires durant les premiers jours de janvier pour prier pour la santé, le bonheur et la prospérité. Cela fait maintenant quelques années que je déroge un peu au traditions. Je n’ai plus en tête l’année exacte mais lors d’un hatsumōde au temple proche de notre domicile après que la nouvelle année ait été célébrée je me suis fait agresser par un inconnu en faisant la queue pour recevoir du saké servi pour le Nouvel An avec ma famille et des amis. L’homme dans la cinquantaine qui attendait devant moi s’est soudainement retourné vers moi et a tenté de m’attraper par le col en m’insultant. Je n’ai aucune idée de ce qui a bien pu déclencher son animosité, je suppose qu’il devait être déjà ‘bien entamé’. Des personnes autour de nous avaient pris ma défense et l’homme s’était rapidement retrouvé par terre après avoir trébuche. En près de vingt ans de vie au Japon c’est la seule fois qu’un incident du genre m’est arrivé mais le fait d’avoir commencé l’année de la sorte m’avait fort attristé. Même si je doute que la personne en question se souvienne de quoique ce soit, j’évite désormais de mettre les pieds au temple autour de la nouvelle année afin de ne pas etre victime de représailles ou que sais-je, et mon ‘degré de dévotion’ en a également pris pour son grade.

Le sanctuaire Atsuta Jingū, le grand sanctuaire sacré situé au sud de Nagoya, très populaire dans la région, est connu pour être exceptionnellement fréquente pendant les trois premiers jours de la nouvelle année. Je pensais l’endroit plus calme une fois l’année entamée mais il n’en est rien, je suis très étonné par le nombre de visiteurs dés la sortie de la gare. Les dieux semblent néanmoins cette année vouloir se préoccuper de mon sort. Tout près de l’entrée du sanctuaire je tombe en effet nez à nez (ou nez à bec, du coup) avec les maîtres des lieux, deux go-shinkei (御神鶏), terme que l’on pourrait traduire par ‘poule sacrée‘. À l’origine, la poule est considérée comme un messager des dieux dans la mythologie japonaise, en faire la rencontre est donc de bonne augure. Peu d’informations circulent à leur sujet. Au nombre d’une douzaine ou peut-être moins, il ne s’agit pas de poules élevées par le sanctuaire d’Atsuta, elles se seraient installées là d’elles-mêmes au fil du temps et vivraient quelque part dans l’enceinte du sanctuaire.

Aux alentours du torii à l’entrée et même dans l’enceinte du sanctuaire sont alignés de yatai (stands ambulants de nourriture ou de jeux) et les abords du sanctuaire principal grouille de groupes d’hommes d’affaire d’une vingtaine ou trentaines de personnes. J’apprends par une série de pancartes que le sanctuaire fête le 5 janvier de chaque année le Hatsu-Ebisu (初えびす), littéralement ‘le premier Ebisu de l’année‘. Ebisu est une divinité japonaise, l’un des Sept Dieux du Bonheur, associée à la prospérité commerciale, à la pêche, aux bonnes récoltes et à la chance. Le Hatsu-Ebisu est la première célébration annuelle d’Ebisu, durant laquelle on prie pour une année prospère et favorable qui explique la présence de stands et de toute cette foule.

Je ne sais pas si c’est l’âge, mais pour être franc j’aurai préféré effectuer ma petite prière dans le calme et la sérénité. Avec tout ce brouhaha, on ne s’entend plus penser.

musiques/Nagoya

Kurayamisaka super rookie – Meieki, Nagoya

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meieki
reflets du HAL
meieki
ombres sur un rideau de fer
laveur de vitres building
chantier près de la gare de Nagoya

Je ressors des photos prises vers la mi-décembre autour de la gare de Nagoya car je n’ai pas encore pris la moindre photo depuis le début de l’année. Le fait qu’avec les enfants en vacances je n’ai pas eu l’opportunité de me balader n’est pas un prétexte. Le froid est tout simplement trop vif et j’ai rapidement les doigts gelés, et cela depuis tout petit. Je me souviens très clairement à l’école primaire être incapable en hiver d’écrire quoique ce soit même dix minutes après la récréation, ce qui était particulièrement pénible quand il y avait un examen ou une dictée. Bref.

Musicalement parlant en tout cas, l’année commence merveilleusement bien. C’est mon fils aîné qui m’a conseillé l’album ‘kurayamisaka yori ai wo komete‘ du groupe de rock alternatif ‘Kurayamisaka‘. ‘Tu vas aimer, c’est la réincarnation de Supercar‘, me dit-il. Supercar, rien que ça !? Le best-of du groupe, ‘16/50 1997-1999‘ (’03), fait partie des cinq ou six cds qui ont leur place dans la boîte à gants de la voiture. Nous l’avons tant écouté en voiture que nous en connaissons par coeur les paroles des premiers morceaux, et ‘Cream soda‘ ou ‘Lucky‘ sont pratiquement des hymnes nationaux de notre ‘clan’ ! J’apprécie énormément ce groupe et j’ai toujours été déçu de ne l’avoir découvert que peu avant leur séparation en 2005 via leur participation à la bande originale du film ‘Ping Pong‘ (’02). Sa musique est étroitement liée aux premières années au Japon et tient une part important dans ce que j’aime appeler ma ‘mémoire musicale’.

Le groupe Kurayamisaka (qui se prononce kurayamizaka) a été formé fin 2021 à Tōkyō, et est constitué de cinq membres. Le groupe sort en 2022 un premier single (‘farewell‘) suivi d’un mini-album constitué de 6 titres intitulé ‘kimi wo omotte iru‘. Sortent ensuite deux double-singles que l’on retrouvera dans leur premier album, puis le groupe apparait au FUJI ROCK FESTIVAL’24 ROOKIE A GO-GO, la rampe de lancement des nouveaux groupes vers la scène musicale. Consécration, l’année suivante, le groupe gagne sa place au festival Fuji Rock en juillet et sort dans la foulée son premier album ‘kurayamisaka yori ai wo komete‘, en septembre dernier.

L’album entre dans le vif du sujet de très belle manière dés le premier morceau, kurayamisaka yori ai wo komete, qui dans sa construction et de par l’énergie qui s’en dégage donne l’impression qu’il pourrait être à la fois la première et la dernière chanson du groupe, comme si le groupe y avait insufflé tout son être. Le ‘Ai o komete‘ du titre signifiant ‘avec tout mon amour‘, peut-être que je n’exagère pas tant que cela et que mon interprétation est correcte. J’aime beaucoup l’introduction tout en douceur puis la manière dont tout les instruments se déchaînent après que la chanteuse, Sachi Naito (内藤さち), ait comme donné vie au groupe, en poussant ce ‘ha‘ dont on ne sait pas s’il s’agit d’une inhalation ou d’une exhalation mais qui agit comme un détonateur d’explosion, un big bang qui serait le point de départ de toute chose. J’ai trouvé un blog tenu par le guitariste et leader du groupe, Shimizu Shōtaro (清水 正太郎), qui explique que la démo du morceau a été finalisée en juillet 2023. Il en parle comme étant un tournant décisif, dit que grâce à cette chanson, la vision d’ensemble de l’album est devenue nettement plus précise, qu’elle a mis le groupe sur les rails.

Le deuxième titre ‘metro‘ est plus conventionnel mais tout aussi efficace. Son dynamisme fait que malgré qu’il soit plus long que le morceau précédent, il file en un instant, comme un générique d’ouverture d’anime. Vient ensuite mon morceau préféré de l’album, ‘Sunday Driver‘. J’exulte, j’en pleure presque de joie ! Avec l’intro et ses guitares abrasives j’ai dés les premières notes l’impression d’écouter un nouveau morceau de Supercar. L’étonnante brièveté du premier couplet fait que l’on se prend sans préavis le refrain en pleine figure, c’est absolument jouissif, j’en ai eu la chanson en tête pendant les trois jours suivants. C’est Shimizu qui pose sa voix sur le morceau suivant, ‘modify Youth‘. Sa manière nonchalante de chanter me fait évidemment penser à la voix de Kōji Nakamura (中村弘二), le leader de Supercar. Je regrette qu’on ne l’entende pas un peu plus par la suite dans l’album, car si de fait les quelques morceaux qui suivent sont tous de très bonne facture, leur schéma se ressemble un peu et une alternance des voix aurait donné un peu plus de pêche à certains morceaux. Il n’empêche que ‘nameless‘ et surtout ‘evergreen‘, les deux morceaux qui suivent, sont deux très beaux morceaux qui sentent bon les belles soirées de fin d’été en bord de mer – et ce n’est pas moi qui le dit, c’est explicitement décrit dans les paroles dés le début de ‘evergreen‘. ‘Sekisei inko‘ est musicalement plus chargé, on y retrouve riffs de guitares efficaces et solo divers. Dans le premier couplet la chanteuse inspire profondément avant chaque phrase. Je ne sais pas si cela a une signification quelconque mais en fin de compte je n’entends plus que cela. J’ai cru lire quelque part que le groupe citait le groupe anglais Muse comme source d’inspiration, je me demande s’il y a un quelconque rapport ou une influence dans la façon dont Matthew Bellamy happe de l’air avec grand bruit entre chaque phrase dans le titre ‘New Born‘ qui ouvre l’album culte ‘The Origin of Symmetry‘.

Le refrain de ‘weather lore‘ avec son côté dramatique (emoi, comme on dit) est très beau mais dans l’ensemble le morceau sonne un peu creux par rapport aux autres. L’instrumentation de ‘Highway‘ (ハイウェイ) est très fluide, elle enveloppe l’auditeur, mais le son manque de saveur, il est trop teinté de pop à mon goût. ‘Theme (kurayamisaka yori ai wo komete)‘, est un agréable petit interlude à la guitare acoustique qui permet de reprendre des forces pour attaquer ‘jitensha‘, morceau très efficace mais sans grande particularité. On finit l’album en courant à toute haleine avec ‘Anata ga umareta hi ni‘ (あなたが生まれた日に), morceau au rythme rapide, proche du punk rock. Le morceau précédent finissant en fade out, l’intensité n’en est que plus accentuée encore. J’aime beaucoup la seconde moitié du morceau avec ce mélange de guitares et de voix pré-enregistrées déformées, puis les derniers coups de batterie saturés à outrance, qui sonnent comme ceux de quelqu’un à bout de force et qui y met toute son âme, qui viennent ponctuer la fin du morceau.

Même si il y a des hauts et des bas et que le groupe tombe parfois dans la facilité avec l’un ou l’autre morceau qui manque de personnalité par rapport au reste, pour un premier album il est d’une qualité exceptionnelle. Le groupe a une image et une identité qui lui est propre et la trame musicale de l’album est cohérente. Je n’ai pas cherché à lire l’intégralité de l’article sur l’album afin de pouvoir l’interpréter sans être influencé par celui-ci, mais il ne fait nul doute que plusieurs écoutes seront nécessaires pour en saisir les détails et les subtilités. Le groupe est en tournée à travers le Japon jusqu’en juillet, je me laisse donc un peu de temps pour digérer cette découverte et me tourner vers les débuts et autres performances live du groupe disponibles sur internet. Après un tel départ je me demande cependant comment Kurayamisaka va négocier son deuxième album. Un album identique à celui-ci me lasserait quelque peu, j’espère y entendre quelques influences électro. A suivre donc.

kurayamisaka
kurayamisaka yori ai wo komete (2025)
12 titres, 46 minutes

(Tout commentaire ou impression est la bienvenue. N’hésitez pas !)