Category Archives

69 Articles

architecture/livres/Aichi

‘All my past and futures’ – Saikƍ-ji, Okazaki, Aichi

Posted on
Okazaki
Sous le pont Tonobashi Okazaki
caserne de pompiers a Okazaki
devanture de magasin rose a Okazaki
è„żć…‰ćŻș Saikoji Okazaki
è„żć…‰ćŻș Saikoji Okazaki
è„żć…‰ćŻș Saikoji Okazaki
è„żć…‰ćŻș Saikoji Okazaki

Lorsque je quitte la maison pour marcher en direction de la gare je ne sais pas encore quelle est ma destination et ce n’est qu’Ă  peine une minute avant que le train n’entre en gare Ă  Jingumae que je dĂ©cide de bifurquer vers la ville d’Okazaki afin de faire un tour Ă  la papeterie PEN’S ALLEY Takeuchi, puis visiter la curiositĂ© architecturale qu’est le temple Saikƍ-ji (è„żć…‰ćŻș).

Une fois arrivĂ© Ă  la gare d’Higashi Okazaki je pars en direction du nord en faisant un crochet par l’immeuble oĂč je rĂ©sidais il y aura de cela bientĂŽt vingt-cinq ans. Je suis Ă  chaque fois trĂšs Ă©tonnĂ© d’avoir pris si peu de photos de cette pĂ©riode alors que je tenais dĂ©jĂ  mon blog Ă  l’Ă©poque. L’endroit n’a pas changĂ© depuis mon dernier passage il y a quelques annĂ©es, lorsque j’Ă©tais il me semble venu me faire vacciner pour la deuxiĂšme fois contre le Covid. Un souvenir chasse l’autre.

Je me promĂšne ou bord de la riviere Otogawa puis fais une halte en dessous du Tonobashi, (æźżæ©‹) fascinĂ© par la rĂ©pĂ©tition de rectangles que forment les piliers du pont. J’attends une dizaine de minutes en espĂ©rant qu’un individu ou quelque chose de particulier survienne au milieu du cadre mais comme il fallait s’y attendre – quelle curieuse expression, ainsi tournĂ©e – le miracle n’aura pas lieu. Je suis trĂšs surpris, en rĂ©digeant ce billet, d’apprendre que le pont a Ă©tĂ© construit en 1927.

De lĂ  je marche vers le nord le long d’une longue galerie marchande dont, comme un peu partout, la moitiĂ© des volets sont fermĂ©s, un thĂšme rĂ©curent sur lequel je travaille depuis quelques temps. J’ai toujours trouvĂ© que ses petits magasins avait leur charme, on ne peut que s’attrister de voir de plus en plus, oĂč que l’on aille, les mĂȘme enseignes de grands magasins polluer le paysage visuel pour au final ne mĂȘme pas donner autant de choix qu’elles ne le prĂ©tendent.

Le temple Saikƍ-ji se trouve au beau milieu d’un quartier rĂ©sidentiel. Sa hauteur ne dĂ©passant pratiquement pas celle des habitations alentours et son design s’éloignant de l’architecture traditionnelle des temples font qu’il passe presque inaperçu. On pourrait juste penser qu’il s’agit de la demeure de quelque personnage excentrique et je serai presque passĂ© Ă  cĂŽtĂ© si un panneau indiquant son parking rĂ©servĂ© ne m’avait pas sautĂ© aux yeux. Le bĂątiment principal (hondƍ) du temple est composĂ© de volumes gĂ©omĂ©triques aux teintes rouillĂ©es superposĂ©s formant une silhouette pyramidale. Sur le cĂŽtĂ©, une petite cour simplement amĂ©nagĂ©e permet de prendre un peu de distance pour contempler l’Ă©difice. CrĂ©e par le cabinet d’architecte d’Hidetaka Yoshimura (ć‰æ‘è‹±ć­ć»șçŻ‰èš­èšˆäș‹ć‹™), architecte nĂ©e en 1975 Ă  Toyota, Aichi, l’oeuvre a remportĂ© un Good Design Award en 2017. Yoshimura explique que le projet cherche Ă  redĂ©finir la place du temple en crĂ©ant un espace adaptĂ© aux modes de vie actuels et en le rendant plus accessible et moins intimidant en rompant avec les codes formels traditionnels, mais le cĂŽtĂ© mĂ©tallique et froid de la bĂątisse, le temps qui se couvre, le silence qui rĂšgne aux alentours et le fait qu’il n’y ait personne Ă  part moi dans l’enceinte du temple me donne plutĂŽt l’impression d’ĂȘtre entrĂ© par effraction dans quelque endroit oĂč je ne suis pas censĂ© me trouver.

Du dehors on distingue vaguement Ă  travers les vitres les couleurs dorĂ©es d’un autel qui a l’air gigantesque. En m’approchant de l’entrĂ©e je m’attends Ă  ce que les portes s’ouvrent automatiquement mais il n’en est rien, un Ă©criteau demande de contacter le personnel via un interphone. Je sais qu’il faut bien commencer une conversation quelque part et que la plupart des interactions partent d’une bonne intention, mais trop fatiguĂ© par ma marche jusqu’au temple je ne me sens pas la force d’avoir Ă  rĂ©pondre Ă  une Ă©ventuelle dĂ©ferlante de questions insidieuses ou non, ou pire, d’avoir Ă  repousser quelque recrutement sectaire – ne sait-on jamais. Je quitte les lieux et marche d’un pas plus rapide que nĂ©cessaire. Meme avec le recul l’endroit reste bien mystĂ©rieux. On ne trouve pratiquement aucune information Ă  son sujet et son site web rudimentaire aux couleurs criardes semble ĂȘtre coincĂ© au tout-dĂ©but de l’Ăšre internet. Je viens justement de finir la veille, en version originale le pavĂ© de plus de 1.000 pages qu’est 4 3 2 1 de Paul Auster. Le roman raconte quatre versions diffĂ©rentes de la vie du mĂȘme protagoniste, Archie Ferguson, dont chaque vie, en raison de circonstances particuliĂšres, prend des chemins trĂšs diffĂ©rents d’une version Ă  l’autre. Certains passages sont moins digestes que d’autres mais c’est un beau livre qui fait rĂ©flĂ©chir aux consĂ©quences qu’engendrent dĂ©cisions et rencontres au cours d’une vie. Que ce serait-il passĂ© si j’avais osĂ© pousser le bouton de cet interphone ? On pourra, comme l’a fait Auster, l’imaginer, voire la fantasmer, mais on ne le saura jamais.

architecture/Nagoya

‘Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos tĂȘtes ?’ – Kakuƍzan, Nagoya

Posted on
Nittaiji Kakuozan Nagoya
petit temple autour du Nittaiji Kakuozan Nagoya
feuilles mortes sur un pare-brise
une maison a Kakuozan Nagoya
galerie photo en extérieur Kakuozan Nagoya
fruits et legumes Japon
Mamushigaike Hachimangu Shrine Nagoya

Balade dans le quartier de Kakuƍzan (èŠšçŽ‹ć±±) par une agrĂ©able matinĂ©e ensoleillĂ©e de dĂ©but de mois de dĂ©cembre. J’avais tout d’abord l’intention de me rendre Ă  Yokiso, la villa construite par le premier directeur de la chaĂźne de grands magasins Matsuzakaya, Ito Jirozaemon Suketami, au dĂ©but du XIXĂšme siĂšcle, afin de profiter de ce qu’il pouvait rester comme feuilles d’arbres Ă©carlates, mais malheureusement la demeure Ă©tait fermĂ©e au public ce jour-lĂ .

Je me rabats sur le temple Nittai-ji (æ—„æł°ćŻș) juste Ă  cĂŽtĂ©, puis marche complĂštement au hasard pendant plus de deux heures dans le quartier trĂšs vallonnĂ© qu’est Kakuƍzan. Les squares y sont nombreux et les pans de murs y servent de galerie photo. La taille de certaines maisons font rĂȘver et les trottoirs sont larges et d’une propretĂ© impeccable, je me fais la remarque qu’il y a plus de feuilles mortes sur le pare-brise des voitures que par-terre.

Je redescends de mon nuage, en quelque sorte, au fur et Ă  mesure que j’approche du quartier plus populaire autour de la gare d’Ikeshita (æ± äž‹). Il semblerait que ce soit la fin des cours, de nombreux lycĂ©en(e)s envahissent les rues. J’ai beau savoir que dans le fond ma prĂ©sence passe quasiment inaperçue, je me sens comme observĂ©, il m’est dĂ©sormais impossible de me concentrer. Je me glisse sous un torii qui apparait justement sur ma droite et trouve refuge dans l’Ă©troite cour d’un temple nommĂ© Mamushigaike Hachiman-gu (èźăƒ¶æ± ć…«ćčĄćźź). Je suis surpris pas l’utilisation, peu commune, du terme ‘mamushi’, une espĂšce de serpent de la famille des vipĂšres, dans le nom du temple. Bien que la vipĂšre puisse reprĂ©senter le danger, le serpent dans l’art et le folklore incarne souvent la sagesse, l’immortalitĂ©, et est censĂ© apporter fortune et protection contre le mal. N’oublions pas que 2025 est l’annĂ©e du serpent ! MĂȘme s’il aura fallu attendre le dernier mois de l’annĂ©e, je ne peux qu’interprĂ©ter de maniĂšre positive la façon dont j’ai Ă©tĂ© comme guidĂ© jusqu’ici.

architecture/Aichi

Gamagƍri City Sports Center – Gamagƍri, Aichi pref.

Posted on

J’ai Ă©tĂ© pris la veille par une soudaine envie de voir la mer, ce qui m’amĂšne en direction de Gamagƍri (è’Č郡澂), petite ville tranquille rĂ©putĂ©e pour ses mandarines et pour avoir accueillie une Ă©tape de la Coupe du Monde de Voile en octobre 2017. Pour pouvoir profiter le plus possible de cette belle journĂ©e ensoleillĂ©e je quitte la maison vers peu aprĂšs sept heures, me retrouve ainsi mĂȘlĂ© vingt minutes durant dans le train Ă  la cohue des travailleurs pendulaires. Cela va faire 19 ans que je travaille au Japon et mes trajets se faisant toujours dans le sens inverse aux leurs, c’est une chose dont je ne fais l’expĂ©rience que rarement, mais je me dis toujours que je serai incapable de m’y habituer. (I’m a reasonable man, get off my case, get off my case). Le trajet de Nagoya Ă  Gamagƍri dans un wagon pratiquement vide n’en est que plus agrĂ©able. J’Ă©coute Deadbeat, le dernier album en date de Tame Impala, en contemplant le paysage qui dĂ©file. Les morceaux sont tous bons, l’album est fluide et s’Ă©coute d’un traite mais je le trouve trop lisse et sans accrocs, sans surprise ni saveur particuliĂšre. Innerspeaker (2010) s’ouvrait sur le psychĂ©dĂ©lique It is not meant to be’ qui m’a plongĂ© avec nostalgie dans une Ă©poque que je n’ai jamais connu, Currents (2015) dĂ©marrait avec ‘Let it Happen, huit minutes d’euphorie mĂ©langeant psychĂ© rock et textures Ă©lectroniques. Si l’on y rĂ©flĂ©chit, dix ans et trois albums plus tard il semble normal que le son soit cette fois carrĂ©ment contemporain avec ses accents dance-music puisque c’est un style musical auquel Kevin Parker n’avait jusqu’Ă  prĂ©sent vaguement touchĂ© que du bout des doigts – Heureusement cependant que le hit planĂ©taire ‘Surrender’ ne se trouve pas sur l’album, sans quoi l’overdose Ă©tait assurĂ©e.

Je n’ai qu’une vague idĂ©e de mon itinĂ©raire une fois arrivĂ© Ă  destination, dans un premier temps je pense cette fois tranquillement faire le tour de l’Ăźle Takeshima (ç«čćł¶), qui avait fait sujet Ă  problĂšmes lors de notre derniĂšre venue en famille. Une rapide recherche Ă  propos des curiositĂ©s architecturales locales fait ressortir un Ă©tonnant bĂątiment, le Gamagƍri City Sports Center (è’ČéƒĄćž‚æ°‘äœ“è‚Čă‚»ăƒłă‚żăƒŒ), gymnase situĂ© Ă  15 minutes de la gare de Gamagƍri.

Le bĂątiment a Ă©tĂ© terminĂ© en fĂ©vrier 1968. Il est l’oeuvre de l’architecte Tokio Tsuruta (é¶Žç”°æ—„ć€«), pour le compte du bureau d’architectes Ishimoto Architects (çŸłæœŹć»ș築äș‹ć‹™æ‰€). En en approchant je suis immĂ©diatement fascinĂ© par ses sept colonnes de bĂ©ton inclinĂ©es de chaque cĂŽtĂ© et son toit qui paraĂźt flotter au-dessus de l’espace principal, comme tenu, non, Ă©tirĂ© par sept paires de bras. Le bĂątiment me fait Ă©galement penser Ă  quelque insecte Ă  14 pattes. Si le gymnase, d’un blanc impeccable, semble extrĂȘmement bien entretenu, c’est qu’il vient d’ĂȘtre rĂ©novĂ© en 2021 aprĂšs un an de travaux de renforcement sismique, d’installation d’une nouvelle climatisation et de rĂ©novation du sol sportif et de l’éclairage. Il semblerait qu’il ait Ă©tĂ© question Ă  un moment de le reconstruire complĂštement, mais le fait qu’il ait Ă©tĂ© inscrit au registre DOCOMOMO Japan (registre qui vise Ă  identifier, documenter et prĂ©server les bĂątiments et ensembles urbains emblĂ©matiques du mouvement moderne) en 2019 aurait grandement jouĂ© en la faveur d’un effort visant Ă  le prĂ©server tel-quel.

14 pattes. Curieux quand mĂȘme … Je le dĂ©couvre en Ă©crivant ses lignes mais il se trouve que l’isopode gĂ©ant des abysses (ăƒ€ă‚€ă‚Șă‚Šă‚°ă‚œă‚Żăƒ ă‚· en japonais), crustacĂ© mesurant jusqu’Ă  30 cm de long et pesant environ 1 kg vivant dans des profondeurs allant de 200 Ă  1,000 mĂštres, a justement 14 pattes. Or, il se trouve que ce ‘monstre’ est l’une des principales attractions de l’Aquarium de Takeshima (ç«čćł¶æ°Žæ—é€š), connu pour sa grande variĂ©tĂ© d’espĂšces de poissons d’eau de mer, en particulier ceux des profondeurs, ainsi que pour ses expositions uniques et les panneaux d’explication humoristiques faits Ă  la main par le personnel. Il apparait d’ailleurs en gros plan en page d’accueil du site officiel de l’aquarium. L’aquarium ayant ouvert ses portes en 1956, soit douze ans avant la construction du gymnase, il n’est pas improbable que Tokio Tsuruta ait pris l’isopode gĂ©ant pour modĂšle aprĂšs que celui-ci ait apparu dans les pires cauchemars du petit Tokio depuis sa premiĂšre visite Ă  l’aquarium encore gamin. J’ai cherchĂ© un peu sur la toile mais je n’ai trouvĂ© ni dĂ©tail sur l’architecte, ni allusion Ă  un rapport entre le crustacĂ© et le bĂątiment qui puisse confirmer ma thĂ©orie. Il pourrait ĂȘtre amusant de poser la question Ă  la mairie de Gamagƍri ou au cabinet d’architecte, mais je ne suis pas sur qu’il aient le sens de l’humour. Encore une side quest de plus !

architecture/Nagoya

ă‚ăă‚‰ă‚ă‚‹ć‹‡æ°— – NZU(4)

Posted on
NZU Nagoya Zokei University details
NZU Nagoya Zokei University details
NZU Nagoya Zokei University details

Bref passage Ă  Nagoya Zokei University (NZU), pour le plaisir des yeux. J’aime l’architecture mais j’en parle extrĂȘmement mal. Des formes, des motifs, des courbes peuvent m’ĂȘtre agrĂ©able sans que je ne sache concrĂštement expliquer pourquoi. Afin de devenir capable de mettre des mots sur ces sensations je m’Ă©tais il y a quelques annĂ©es inscrit Ă  un cours sur l’architecture sur la plateforme d’apprentissage en ligne edX, mais j’ai abandonnĂ© Ă  mi-chemin. Je suis intĂ©ressĂ©, mais pas passionnĂ© semble-t-il. L’inscription sur cette plateforme fondĂ©e par le MIT et l’universitĂ© d’Harvard ne m’aura cependant pas Ă©tĂ© complĂštement inutile puisque de fil en aiguille elle m’aura permis d’acquĂ©rir les bases de la programmation en langage Python grĂące aux cours du CS50 de HarvardX. Au lieu de peiner Ă  trouver les mots justes, peut-ĂȘtre devrais-je de temps en temps juste me laisser aller et abandonner, en ne publiant que des photos.

architecture/Nagoya

‘crushed frozen heart pretending to be a poker face’ – Common Nexus, Nagoya

Posted on
Nagoya University Common Nexus ComoNe
Nagoya University Common Nexus ComoNe
Nagoya University Common Nexus ComoNe
Nagoya University Common Nexus ComoNe
Nagoya University Common Nexus ComoNe
Nagoya University Common Nexus ComoNe

Si je me souviens vaguement que la derniĂšre fois que je me suis baladĂ© Ă  l’universitĂ© de Nagoya l’allĂ©e principale Ă©tait en travaux, j’ai Ă©tĂ© fort surpris de voir le rĂ©sultat dans le dernier numĂ©ro du magazine d’architecture Shinkenchiku. Une balade s’impose malgrĂ© le temps maussade cette semaine, en espĂ©rant qu’il ne pleuve pas – emoji mains qui prient.

Le bĂątiment Common Nexus (æ±æ”·ć›œç«‹ć€§ć­Šæ©Ÿæ§‹ Common Nexus), surnommé ComoNe, situĂ© sur le campus Higashiyama de l’UniversitĂ© de Nagoya, a Ă©tĂ© conçu par le cabinet d’architecture de Tetsuo Kobori (氏栀ć“Č怫). Il a pour mission de favoriser la co-crĂ©ation, l’échange intergĂ©nĂ©rationnel et interdisciplinaire en mettant Ă  disposition des espaces ouverts Ă  la communautĂ© universitaire, aux chercheurs, aux artistes, ainsi qu’aux habitants locaux et aux enfants. Vue de face, on a l’impression Ă  premiĂšre vue que les infrastructures sont situĂ©es sous-terre, le plan de verdure inclinĂ© que l’on a devant soi formant le toit du bĂątiment tout en faisant Ă©galement office de terrasse. Je suppose que par beau temps on peut s’y balader librement mais aujourd’hui l’accĂšs y est malheureusement interdit, ce qui ne m’empĂȘche pas d’emprunter les diffĂ©rentes passerelles, faisant dĂ©passer ma tĂȘte ici et lĂ , Ă  chaque fois d’un nouvel endroit, comme un chien de prairie curieux.

La pluie se met Ă  tomber, je me rĂ©fugiĂ© Ă  l’intĂ©rieur. Grace aux façades en verre l’endroit est particuliĂšrement lumineux malgrĂ© le temps au dehors. Il n’y a pas un bruit, au point que je me demande si j’ai vraiment le droit d’ĂȘtre lĂ , mais les employĂ©s ne semblent pas vouloir me chasser quand je les croise. Partout, des Ă©tudiants seuls ou en groupes, sur leurs tablettes ou leurs ordinateurs sont en train de recrĂ©er le monde de demain. L’atmosphĂšre du lieu incite Ă  la rĂ©flexion et aux Ă©tudes, et je ne peux m’empĂȘcher de regretter de ne pas avoir poursuivi les miennes un peu plus loin, peut-ĂȘtre jusqu’à la recherche, en sociologie japonaise ou en linguistique. J’ai bien conscience que j’en ai une vision romancĂ©e de la profession, celle du type entourĂ© de piles de livres, absorbĂ© dans ses lectures, Ă©crivant sur ce qu’il aime. Il m’arrive de me demander si ce blog n’est pas d’une certaine maniĂšre ma façon de vivre cette ‘vocation’ manquĂ©e. Mais vu le chaos qui rĂšgne dans ces pages, je peine Ă  croire que je serai allĂ© bien loin.

architecture/Gifu

ki ni naru (æœšă«ăȘる) – Gifu-shi

Posted on
Inuyama construction en bois
Inuyama construction en bois
Inuyama construction en bois
Inuyama Japon boite aux lettres en bois
Inuyama construction en bois
Inuyama construction en bois
Inuyama construction en bois

Ma petite balade dans la ville de Gifu m’a fortement apaisĂ©. AprĂšs une Ă©panouissante sortie je suis toujours serein et bienveillant, ‘en harmonie avec moi-mĂȘme‘ comme on dit. Comme aprĂšs avoir Ă©coutĂ© un bon disque ou terminĂ© un bon livre dont j’aurai dĂ©gustĂ© chaque mot, le temps semble s’Ă©couler plus lentement. Dans le train du retour je me sens intouchable, le stress provoquĂ© par le bruit, la chaleur, et autres petites incivilitĂ©s autour de moi ne m’atteint plus. Ce n’est qu’en triant les photos prises ce jour-lĂ  que j’en viens Ă  me demander d’oĂč ce bien-ĂȘtre peut bien venir. Dans un premier temps je pensais que c’Ă©tait Ă  mettre sur le compte du calme ambiant pour une ville de plus de 400.000 personnes ou encore Ă  la proximitĂ© de la nature, avec la riviĂšre Nagara (é•·è‰Żć·) et le majestueux Mont Kinka (é‡‘èŻć±±) visibles oĂč que l’on soit dans la ville, mais le nombre important de bĂątiments en bois dissĂ©minĂ©es un peu partout y est vraisemblablement pour beaucoup. Lors de mes promenades je suis plutĂŽt habituĂ© au bĂ©ton et aux gratte-ciels, j’Ă©tais d’ailleurs dans un premier temps venu dans le coin pour voir le Convention Center de Tadao Ando, maĂźtre en la matiĂšre. Je suis trĂšs Ă©tonnĂ© du nombre de variations de couleurs que peut offrir le bois, et ce que le bĂątiment soit apparemment neuf ou ancien. J’y ferai plus attention lors de mes prochaines promenades.

architecture/Gifu

‘Ki ni shinai’ (æ°—ă«ă—ăȘい) – Gifu-shi

Posted on
Nagaragawa Convention Center
Gifu bĂątiment en bois
bateau de bois pĂȘche au cormoran ukai
bateau de bois pĂȘche au cormoran ukai
maison de Masahiko Sugiyama pĂȘcheur ukai cormoran
cormoran Japon
bateau en bois pĂȘche au cormoran ukai

Il m’a fallu prĂšs d’une heure et demie pour enfin atteindre le Nagaragawa Convention Center, situĂ© au nord de la ville de Gifu, au bord de la riviĂšre Nagara (é•·è‰Żć·). Le bĂątiment, dont la caractĂ©ristique principale est sa salle de confĂ©rence principale en forme d’Ɠuf, a Ă©tĂ© dessinĂ© par Tadao Ando (ćź‰è—€ćż é›„) et sa construction s’est terminĂ©e en 1995. Je me faisais une joie de me balader aux alentours d’un des rares bĂątiment de l’architecte dans la rĂ©gion, aussi quelle n’a pas Ă©tĂ© ma dĂ©ception quand j’ai aperçu ces grues et ces Ă©chafaudages ! Il semblerait que le plafond du bĂątiment fasse l’objet de travaux de rĂ©novation jusqu’en mars 2026. Quand j’y repense maintenant que j’Ă©cris ce billet, je ne me souviens pas avoir vu ces travaux mentionnĂ©s sur le site avant de m’y rendre alors que c’est maintenant inscrit en grosses lettres rouges bien visibles. Peut-ĂȘtre bien ne suis-je pas le seul Ă  m’ĂȘtre fait avoir … Quoiqu’il en soit, sur le coup je suis extrĂȘmement déçu et peste contre mon manque d’organisation et le temps perdu. ‘Ki ni shinai‘ (ce n’est pas grave)… Je dĂ©cide de marcher le long de la riviĂšre pour me calmer et rĂ©flĂ©chir Ă  quoi faire …

AprĂšs dix minutes de marche j’aperçois au loin quatre ou cinq barques faisant des aller-retours d’un bord Ă  l’autre de la riviĂšre. Il s’agit des embarcations en bois non motorisĂ©es utilisĂ©es pour assister Ă  l’ukai (é”œéŁŒ), la pĂȘche au cormoran, un style de pĂȘche pratiquĂ©e depuis plus de 1,300 ans et dont la rĂ©gion est particuliĂšrement fiĂšre. Il semblerait que je sois en train d’assister Ă  une sĂ©ance d’entraĂźnement Ă  la manƓuvre des barques. Celles-ci doivent faire un poids considĂ©rable car une trentaines de personnes peuvent monter Ă  bord. Si en apparence le cours d’eau semble relativement calme, au centre de la riviĂšre de forts remous rendent la traversĂ©e difficile. Les bateaux se lancent les uns aprĂšs les autres avec deux hommes Ă  leur bord, un Ă  l’avant, l’autre Ă  l’arriĂšre. Sur la barge un homme d’une soixante d’annĂ©es, costaud, Ă  la voix qui porte, hurle des ordres et des directives. Il s’en prend parfois verbalement assez violemment Ă  un homme dans la quarantaine, qui autant qu’il se dĂ©mĂšne Ă  l’arriĂšre, peine Ă  maintenir le bateau dans un angle qui lui permette de passer le courant.

AprĂšs avoir pris mon dĂ©jeuner au restaurant du Nagara River Cormorant Fishing Museum situĂ© l’Ă©tage, je me balade au hasard d’Ă©troites ruelles mĂȘlant petites auberges, hĂŽtels et rĂ©sidences. BientĂŽt mon attention est attirĂ©e par des cris rauques et gutturaux auxquels viennent s’ajouter au fur et Ă  mesure que je m’approche de leur source une trĂšs forte odeur de poisson. Mes pas me mĂšnent ainsi Ă  la rĂ©sidence de Masahiko Sugiyama (æ‰ć±±é›…ćœŠ), un ushƍ (锜㌠) cĂ©lĂšbre. Un ushƍ est un ‘maĂźtre pĂȘcheur au cormoran‘, pĂȘcheur chevronnĂ© de la pĂȘche ukai. Pendant la pĂȘche ukai celui-ci se tient Ă  la proue de sa barque et dirige jusqu’à dix ou douze oiseaux Ă  la fois. PratiquĂ© de nuit, la lueur des flammes suspendues Ă  l’avant des barques attire les poissons vers la surface. DĂšs qu’un cormoran capture un poisson en plongeant dans la riviĂšre, le maĂźtre le ramĂšne Ă  lui grĂące Ă  la corde et le fait rĂ©gurgiter le poisson, un nƓud autour du cou empĂȘchant l’oiseau d’avaler les plus gros poissons. Le titre de maĂźtre pĂȘcheur au cormoran est hĂ©rĂ©ditaire et appartient Ă  six familles de la ville de Gifu et Ă  trois de la ville de Seki. Ces neuf ushƍ, dont Sugiyama fait partie, possĂšdent un statut de fonctionnaire civil rattachĂ© Ă  la Maison ImpĂ©riale et ont pour responsabilitĂ© de pĂȘcher des poisson d’eau douce ayu destinĂ©s Ă  la consommation de la famille impĂ©riale. Dans la cour de la maison sont soigneusement disposĂ©s, comme dans un musĂ©e, les ustensiles nĂ©cessaires Ă  la pĂȘche, tels les copeaux de bois pour le feu Ă  l’avant de la barque ou bien la paille pour confectionner les habits des pĂȘcheurs. Difficile de savoir si j’ai la permission d’ĂȘtre dans cette cour, en tout cas je me sens comme observĂ©. DerriĂšre les barreaux de sa cabane, un cormoran me fixe du regard. Je reste un moment Ă  observer l’oiseau derriĂšre les barreaux. Ces oiseaux vivent en Ă©troite relation avec leur dresseur, qui les nourrit, les soigne et les entraĂźne chaque jour. Le lien entre l’homme et l’animal est fondamental dans la pratique de l’ukai, qui me semble reposer sur une connaissance fine du comportement des cormorans et sur une confiance rĂ©ciproque. Cette scĂšne discrĂšte, Ă  l’Ă©cart du spectacle touristique, m’a offert un rare aperçu du quotidien d’un mĂ©tier ancestral encore vivant. Je me fĂ©licite de ne pas avoir baissĂ© les bras et d’avoir suivi mon instinct.

architecture/Nagoya

JingĆ«mae (stage 1) – Atsuta-ku, Nagoya

Posted on
escaliers entrepĂŽt Jingumae Nagoya
entrepĂŽt escaliers Jingumae Nagoya
entrepĂŽt escaliers Jingumae
escaliers bleus entrepĂŽt Jingumae
entrepĂŽt Jingumae
entrepĂŽt Jingumae Nagoya

Une Ă  une je tente de rayer de ma liste les choses Ă  faire, Ă  voir ou Ă  visiter. Alors que je suis passĂ© en train des dizaines de fois devant, cela faisait ainsi bien longtemps que je voulais photographier les gigantesques entrepĂŽts appartenant Ă  l’entreprise de logistique ChĆ«kyo SĐŸÌ„ko Logistics Company (äž­äșŹć€‰ćș«), Ă  environ dix minutes Ă  pied de la gare de JingĆ«mae (ç„žćźźć‰). Si les entrepĂŽts exercent sur moi une certaine fascination depuis que je sais qu’ils peuvent contenir un avion comme c’est le cas au Flight of Dreams Ă  l’aĂ©roport international de ChĆ«bu Centrair, plus que l’intĂ©rieur Ă  propos duquel on ne peut de toute maniĂšre que faire des spĂ©culations, je suis ici davantage intriguĂ© par les escaliers en extĂ©rieur qui longent leurs parois. Leur disposition non symĂ©trique, presque alĂ©atoire, me donne l’impression de voir se rĂ©vĂ©ler le derriĂšre de la scĂšne d’un niveau de jeu de plate-formes oĂč le personnage disparaĂźt derriĂšre une porte pour soudainement rĂ©apparaĂźtre Ă  un endroit complĂštement diffĂ©rent du paysage afin de surprendre son adversaire. Le bĂątiment doit bien faire plus d’une trentaine de mĂštres de haut, mĂȘme si je n’ai pas particuliĂšrement peur des hauteurs et du vide je ne pense pas ĂȘtre en mesure d’emprunter ces raccourcis en courant tel un super-hĂ©ros.

architecture/Nagoya

Void phobia – Hoshigaoka, Nagoya

Posted on
Hoshigaoka magasin de vĂȘtements
Hoshigaoka bĂątiment
arriĂšre-boutique Japon
reflets miroir
Porsche en vitrine magasin
bĂątiments Hoshigaoka
appartements x terminal de bus Hoshigaoka

Le quartier de Hoshigaoka se signale Ă©galement par son luxe. La chaine de grands magasins Mitsukoshi se trouve juste Ă  la sortie du mĂ©tro et un nouveau complexe de boutiques et de restaurants, appelĂ© Hoshigaoka Terrace, y a Ă©tĂ© ouvert en 2003. De l’avenue principale jusqu’aux arriĂšre-boutique, tout est mĂ©ticuleusement propre et rangĂ© au point que c’en est presque ennuyant. C’est Ă©galement ici que je tombe par hasard sur un magasin vendant des Porsche d’occasion puis le fameux concessionnaire Lexus rĂ©putĂ© pour ĂȘtre celui vendant le plus grand nombre de vĂ©hicules de la marque de tout le pays, grĂące notamment Ă  un service clients que l’on dit exceptionnel. La petite histoire selon laquelle le garde Ă  l’entrĂ©e du magasin, habillĂ© comme un portier d’hĂŽtel, fait en forme de respect et de remerciement une courbette Ă  chaque fois qu’une Lexus passe devant est maintenant cĂ©lĂšbre Ă  force d’avoir Ă©tĂ© repris dans les mĂ©dias et de nombreux livres. Apparement l’endroit aurait servi de modĂšle pour une scĂšne apparaissant dans le livre de Haruki MurakamiL’Incolore Tsukuru Tazaki’, qui se dĂ©roule en partie Ă  Nagoya, mais je ne parviens pas Ă  me souvenir de cette scĂšne en particulier. A force de lire ses livres depuis vingt ans en français et en japonais toutes ses histoires se chamboulent.

La derniĂšre photo pourra sembler banale mais j’ai eu comme une rĂ©vĂ©lation en passant devant cet immeuble. Si la gare de Fujigaoka sert de terminus pour une partie des bus municipaux de Nagoya, on pourra s’Ă©tonner que le rez-de-chaussĂ©e d’un logement social serve d’entrepĂŽt de bus. Ce modĂšle d’optimisation de l’espace m’a immĂ©diatement fait penser Ă  l’exemple nommĂ© ‘bus housing’ dans le bouquin Made in Tokyo (2001, Kajima Institute Publishing) qui rĂ©pertorie les Ă©tonnantes cohabitations architecturales dans la capitale. ‘There is a ‘void phobia’ in Tokyo, which instils a reaction of ‘what a waste!’ when we see unused space. Everywhere, the desire to find and fill gaps can be seen.‘ J’imagine l’odeur des gaz d’Ă©chappement et surtout le vacarme que font les bus aux dĂ©parts et aux arrivĂ©es. Un rĂȘve, un cauchemar plutĂŽt !

architecture/Nagoya

‘Come from out of the darkness’ – Nakaotai, Nagoya

Posted on
Gannoji-Temple, Branch Temple of Zenkoji-Temple
Gannoji-Temple, Branch Temple of Zenkoji-Temple
Gannoji-Temple, Branch Temple of Zenkoji-Temple
Gannoji-Temple, Branch Temple of Zenkoji-Temple
Gannoji-Temple, Branch Temple of Zenkoji-Temple
Gannoji-Temple, Branch Temple of Zenkoji-Temple

Le temple Zenkƍ-ji Betsu-in Gannƍ-ji (斄慉ćŻșćˆ„é™ąéĄ˜çŽ‹ćŻș), succursale (ćˆ„é™ą) du temple Zenkƍji de Nagano, fut fondĂ© il y a environ 1,200 ans, en l’an 829, sur les rives sud du fleuve Shƍnai, au nord-ouest de l’actuelle ville de Nagoya. Selon la tradition du temple, cette annĂ©e-lĂ  une Ă©pidĂ©mie dĂ©vastatrice frappa la rĂ©gion, provoquant la mort de nombreuses personnes. Il est dit qu’un Ă©minent moine se rendit sur le site oĂč se trouve aujourd’hui le temple, y installa une statue du Bouddha Yakushi (le Bouddha de la mĂ©decine) et y pratiqua un rituel secret destinĂ© Ă  Ă©liminer les Ă©pidĂ©mies, apportant ainsi ses soins aux malades. Ce lieu devint ainsi un centre de priĂšres pour la guĂ©rison et la protection contre les Ă©pidĂ©mies.

Le temple doit son nom actuel Ă  la venue, en 1909, d’un moine nommĂ© Fukurai, qui fit venir la statue du Bouddha Zenkƍji depuis le cĂ©lĂšbre temple Zenkoji, dans la rĂ©gion de ShinshĆ« (Nagano). Avec le temps, le bĂątiment se dĂ©tĂ©riora sous l’effet des intempĂ©ries mais en 1974 fut crĂ©e, grĂące aux dons des fidĂšles, un nouveau pavillon, en forme de pentagone et entiĂšrement vitrĂ©, conservant nĂ©anmoins les matĂ©riaux d’origine. La structure, audacieuse surtout pour l’Ă©poque, valut l’attribution d’un prix de la part de l’Architectural Institute of Japan (AIJ) (æ—„æœŹć»șçŻ‰ć­ŠäŒš) Ă  son auteur Yasutaka Yamasaki (ć±±ćŽŽæł°ć­). Si cela faisait un petit moment que je voulais m’y rendre, c’est le fait d’avoir vu surgir dans l’appli Photos des photographies de notre sĂ©jour en famille autour du Mont Ontake et Ă  Nagano, au Temple Zenkoji justement, en juin 2011, qui m’a rappelĂ© Ă  l’ordre. 

Vu de l’extĂ©rieur c’est comme si l’on avait construit un temple autour du temple, mais une fois Ă  l’intĂ©rieur, le fait d’avoir grimpĂ© les quelques marches jusqu’au pavillon, de m’ĂȘtre dĂ©chaussĂ© puis d’y ĂȘtre entrĂ© par une petite porte coulissante me donne plutĂŽt l’impression d’ĂȘtre rentrĂ© chez moi, sensation accentuĂ©e par le fait que j’ai le bĂątiment pour moi seul et la prĂ©sence, Ă  gauche de l’autel principal, d’une table longue en bois entourĂ©e d’une dizaine de chaises et d’une Ă©tagĂšre faisant office de bibliothĂšque. Sauf mon respect, il ne manquerait plus qu’une cafetiĂšre et quelques gĂąteaux pour que j’y passe toute la journĂ©e Ă  bouquiner, Ă©crire ou rĂ©diger mon blog. Cette sensation, pour un lieu sacrĂ©, m’est nouvelle et agrĂ©able, je me demande si ce n’est pas dĂ» au fait que les temples Zenkƍji ne soient affiliĂ©s Ă  aucune des treize Ă©coles principales du bouddhisme japonais et accepte tout le monde sans distinction.

Je n’ose cependant pas m’asseoir et poursuis ma visite. Une photo en noir et blanc montre le temple avant sa rĂ©novation et un grand tableau trĂšs colorĂ© dĂ©peint la vie quotidienne autour du temple autrefois. A quelques pas de lĂ , un escalier descend au sous-sol, ou plus exactement, juste en dessous de l’autel. Le couloir, une longue ligne droite, n’est pas Ă©clairĂ©. J’avance Ă  tĂątons en me penchant sur le mur sur ma droite. Au bout d’une dizaine de mĂštres celui-ci part en angle droit sur la droite. Je fais trois pas et regarde derriĂšre moi. Je suis dans l’obscuritĂ© la plus complĂšte, pas un rayon de lumiĂšre ne traverse le couloir. Je ne me souviens pas avoir Ă©tĂ© dans le noir aussi complet depuis bien longtemps, mĂȘme la nuit d’une maniĂšre ou d’une autre il y a toujours une source de lumiĂšre, aussi faible soit-elle, quelque part. Seul, toujours, le silence est lui aussi total et oppressant. Cette sensation est des plus dĂ©rangeante, mais c’est sans doute le prix Ă  payer si l’on veut, comme le dit la lĂ©gende, sortir renĂ© de cette expĂ©rience que l’on appelle le o-kaidan-meguri (ăŠæˆ’ćŁ‡ć·Ąă‚Š). Si je me souviens Ă  l’Ă©poque avoir effectuĂ© le mĂȘme rituel au Zenkƍji de Nagano avec mon beau-pĂšre, ma femme s’occupant pendant ce temps du petit qui n’avait alors que deux ans, il devait y avoir beaucoup de monde ce jour-lĂ  car le silence m’avait moins marquĂ© que cette fois-ci. RenĂ©, je ne sais pas, mais entre-temps le temps s’est Ă©clairci et le soleil m’Ă©blouit. Une belle balade dans les alentours s’annonce.