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architecture/Mie/Shiga

‘Call me when you’re home’ – Komono & Suzuka (Mie), Koka (Shiga)

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Aqua Ignis San Valentino
Aqua Ignis
Aqua Ignis
Suzuka Skyline
Suzuka Skyline

Sortie en milieu d’après-midi dans la préfecture de Mie, à Komono-chō, non loin de la ville de Yokkaichi. Cette tranquille bourgade de 40.000 âmes qui se trouve au pied du Mont Gozaisho (御在所岳, 1,212m), où se trouve la célèbre station thermale Yunoyama Onsen (湯の山温泉), connait un certain renouveau depuis qu’elle donne son nom à une sortie sur l’autoroute Shin-Meishin (新名神高速), qui s’y fraie son chemin depuis l’ouverture d’une nouvelle portion en 2019. Nous faisons un arrêt à AQUAIGNIS, complexe touristique mélangeant bien-être (bains alimentés par des sources chaudes naturelles avec une ambiance minimaliste assez soignée), gastronomie (pâtisserie de haut niveau, restaurants et boulangerie artisanale) et architecture design avec une intention esthétique de lignes épurées, matériaux naturels et espaces de repos extérieurs dignes d’un ‘resort haut-de-gamme’.

Si le nom AQUAIGNIS vient du latin et signifie littéralement ‘eau et feu’, l’élément ‘eau’ a disparu des bassins extérieurs, qui sont désormais remplis de gros cailloux. Je regrette un peu le large plan d’eau d’autrefois, la température au dehors ne s’élève encore qu’autour de 25 degrés mais toutes ces surfaces blanchâtres ne font qu’accentuer la sensation de chaleur là où auparavant le site faisait plutôt office d’oasis. S’il n’y a plus moyen de s’amuser avec les reflets dans l’eau, le site reste tout de même intéressant photogéniquement parlant. J’aime assez la manière dont les bâtiments sont agencés de sorte à ce que le regard soit guidé vers le fond de l’image, tel un point de fuite, et même le pont se fond dans le paysage.

Après avoir dégusté de délicieuses viennoiseries et un café à la terrasse – avec un bon bouquin j’y passerais volontiers la journée -, nous partons en direction de la Suzuka Skyline, la route panoramique qui relie Komono-chō à la ville de Koka dans la préfecture de Shiga en passant au travers de la chaîne de montagnes de Suzuka. Le paysage est moins vaste et moins impressionnant que celui de la Venus Line à Nagano lors de notre précédente balade, mais tout de même très agréable, quelques cerisiers sont même encore en fleurs. La fin d’après-midi approche et nombreux sont les randonneurs qui rejoignent leur voiture en marchant le long de la route. Je les envie car le Mont Gozaisho fait partie des sommets que je compte gravir cette année. C’est une nouvelle fois l’occasion de voir ce que notre nouvelle voiture (une Subaru Crosstrek à traction intégrale) a dans le ventre, et nous ne sommes pas déçus. Là où notre Honda faisait un bruit de tous les diables nous grimpons comme si de rien n’était, même la grosse Jeep qui me collait en bas est laissée sur place. Quel régal !

Une fois traversé le tunnel au sommet nous basculons dans la préfecture de Shiga et descendons vers Koka. Nous avons l’habitude d’atteindre Shiga en traversant en biais la préfecture d’Aichi puis de passer par celle de Gifu. Comme à Nagano cela fait toujours un drôle d’effet de découvrir ce genre de ‘raccourcis’. Une fois au pied de la montagne nous n’avons aucune idée d’où nous nous situons, mais continuons droit vers l’ouest. De mémoire il me semble que nous devrions croiser la route nationale 1 (国道1号, Kokudō Ichi-gō) qui relie Tōkyo à Kyōto, ce qui nous permettrait de revenir vers Nagoya, mais je n’en suis pas sûr. Nous ne sommes alors plus qu’à trente minutes de Omi-hachiman et de La Collina Omihachiman, l’enchanteresse installation de l’architecte Terunobu Fujimori, mais je suis du matin le lendemain et de toute manière tout est sur le point de fermer. Nous nous sommes une nouvelle fois aventurés bien plus loin qu’il n’était prévu, mais ce fut une agréable balade. Les enfants grandissant il est de plus en plus difficile d’arranger nos emplois du temps, nos conversations dans ces moments-là valent tout l’or du monde. Seul bémol, les photos prises ce jour-là sont toutes ‘cramées’ alors qu’à priori les réglages étaient corrects. J’ai récupère quelques photos comme j’ai pu mais mon bon vieux D5000 semble en fin de vie …

architecture/livres/Aichi

‘All my past and futures’ – Saikō-ji, Okazaki, Aichi

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Okazaki
Sous le pont Tonobashi Okazaki
caserne de pompiers a Okazaki
devanture de magasin rose a Okazaki
西光寺 Saikoji Okazaki
西光寺 Saikoji Okazaki
西光寺 Saikoji Okazaki
西光寺 Saikoji Okazaki

Lorsque je quitte la maison pour marcher en direction de la gare je ne sais pas encore quelle est ma destination et ce n’est qu’à peine une minute avant que le train n’entre en gare à Jingumae que je décide de bifurquer vers la ville d’Okazaki afin de faire un tour à la papeterie PEN’S ALLEY Takeuchi, puis visiter la curiosité architecturale qu’est le temple Saikō-ji (西光寺).

Une fois arrivé à la gare d’Higashi Okazaki je pars en direction du nord en faisant un crochet par l’immeuble où je résidais il y aura de cela bientôt vingt-cinq ans. Je suis à chaque fois très étonné d’avoir pris si peu de photos de cette période alors que je tenais déjà mon blog à l’époque. L’endroit n’a pas changé depuis mon dernier passage il y a quelques années, lorsque j’étais il me semble venu me faire vacciner pour la deuxième fois contre le Covid. Un souvenir chasse l’autre.

Je me promène ou bord de la riviere Otogawa puis fais une halte en dessous du Tonobashi, (殿橋) fasciné par la répétition de rectangles que forment les piliers du pont. J’attends une dizaine de minutes en espérant qu’un individu ou quelque chose de particulier survienne au milieu du cadre mais comme il fallait s’y attendre – quelle curieuse expression, ainsi tournée – le miracle n’aura pas lieu. Je suis très surpris, en rédigeant ce billet, d’apprendre que le pont a été construit en 1927.

De là je marche vers le nord le long d’une longue galerie marchande dont, comme un peu partout, la moitié des volets sont fermés, un thème récurent sur lequel je travaille depuis quelques temps. J’ai toujours trouvé que ses petits magasins avait leur charme, on ne peut que s’attrister de voir de plus en plus, où que l’on aille, les même enseignes de grands magasins polluer le paysage visuel pour au final ne même pas donner autant de choix qu’elles ne le prétendent.

Le temple Saikō-ji se trouve au beau milieu d’un quartier résidentiel. Sa hauteur ne dépassant pratiquement pas celle des habitations alentours et son design s’éloignant de l’architecture traditionnelle des temples font qu’il passe presque inaperçu. On pourrait juste penser qu’il s’agit de la demeure de quelque personnage excentrique et je serai presque passé à côté si un panneau indiquant son parking réservé ne m’avait pas sauté aux yeux. Le bâtiment principal (hondō) du temple est composé de volumes géométriques aux teintes rouillées superposés formant une silhouette pyramidale. Sur le côté, une petite cour simplement aménagée permet de prendre un peu de distance pour contempler l’édifice. Crée par le cabinet d’architecte d’Hidetaka Yoshimura (吉村英孝建築設計事務), architecte née en 1975 à Toyota, Aichi, l’oeuvre a remporté un Good Design Award en 2017. Yoshimura explique que le projet cherche à redéfinir la place du temple en créant un espace adapté aux modes de vie actuels et en le rendant plus accessible et moins intimidant en rompant avec les codes formels traditionnels, mais le côté métallique et froid de la bâtisse, le temps qui se couvre, le silence qui règne aux alentours et le fait qu’il n’y ait personne à part moi dans l’enceinte du temple me donne plutôt l’impression d’être entré par effraction dans quelque endroit où je ne suis pas censé me trouver.

Du dehors on distingue vaguement à travers les vitres les couleurs dorées d’un autel qui a l’air gigantesque. En m’approchant de l’entrée je m’attends à ce que les portes s’ouvrent automatiquement mais il n’en est rien, un écriteau demande de contacter le personnel via un interphone. Je sais qu’il faut bien commencer une conversation quelque part et que la plupart des interactions partent d’une bonne intention, mais trop fatigué par ma marche jusqu’au temple je ne me sens pas la force d’avoir à répondre à une éventuelle déferlante de questions insidieuses ou non, ou pire, d’avoir à repousser quelque recrutement sectaire – ne sait-on jamais. Je quitte les lieux et marche d’un pas plus rapide que nécessaire. Meme avec le recul l’endroit reste bien mystérieux. On ne trouve pratiquement aucune information à son sujet et son site web rudimentaire aux couleurs criardes semble être coincé au tout-début de l’ère internet. Je viens justement de finir la veille, en version originale le pavé de plus de 1.000 pages qu’est 4 3 2 1 de Paul Auster. Le roman raconte quatre versions différentes de la vie du même protagoniste, Archie Ferguson, dont chaque vie, en raison de circonstances particulières, prend des chemins très différents d’une version à l’autre. Certains passages sont moins digestes que d’autres mais c’est un beau livre qui fait réfléchir aux conséquences qu’engendrent décisions et rencontres au cours d’une vie. Que ce serait-il passé si j’avais osé pousser le bouton de cet interphone ? On pourra, comme l’a fait Auster, l’imaginer, voire la fantasmer, mais on ne le saura jamais.

architecture/Nagoya

‘Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?’ – Kakuōzan, Nagoya

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Nittaiji Kakuozan Nagoya
petit temple autour du Nittaiji Kakuozan Nagoya
feuilles mortes sur un pare-brise
une maison a Kakuozan Nagoya
galerie photo en extérieur Kakuozan Nagoya
fruits et legumes Japon
Mamushigaike Hachimangu Shrine Nagoya

Balade dans le quartier de Kakuōzan (覚王山) par une agréable matinée ensoleillée de début de mois de décembre. J’avais tout d’abord l’intention de me rendre à Yokiso, la villa construite par le premier directeur de la chaîne de grands magasins Matsuzakaya, Ito Jirozaemon Suketami, au début du XIXème siècle, afin de profiter de ce qu’il pouvait rester comme feuilles d’arbres écarlates, mais malheureusement la demeure était fermée au public ce jour-là.

Je me rabats sur le temple Nittai-ji (日泰寺) juste à côté, puis marche complètement au hasard pendant plus de deux heures dans le quartier très vallonné qu’est Kakuōzan. Les squares y sont nombreux et les pans de murs y servent de galerie photo. La taille de certaines maisons font rêver et les trottoirs sont larges et d’une propreté impeccable, je me fais la remarque qu’il y a plus de feuilles mortes sur le pare-brise des voitures que par-terre.

Je redescends de mon nuage, en quelque sorte, au fur et à mesure que j’approche du quartier plus populaire autour de la gare d’Ikeshita (池下). Il semblerait que ce soit la fin des cours, de nombreux lycéen(e)s envahissent les rues. J’ai beau savoir que dans le fond ma présence passe quasiment inaperçue, je me sens comme observé, il m’est désormais impossible de me concentrer. Je me glisse sous un torii qui apparait justement sur ma droite et trouve refuge dans l’étroite cour d’un temple nommé Mamushigaike Hachiman-gu (蝮ヶ池幡宮). Je suis surpris pas l’utilisation, peu commune, du terme ‘mamushi’, une espèce de serpent de la famille des vipères, dans le nom du temple. Bien que la vipère puisse représenter le danger, le serpent dans l’art et le folklore incarne souvent la sagesse, l’immortalité, et est censé apporter fortune et protection contre le mal. N’oublions pas que 2025 est l’année du serpent ! Même s’il aura fallu attendre le dernier mois de l’année, je ne peux qu’interpréter de manière positive la façon dont j’ai été comme guidé jusqu’ici.

architecture/Aichi

Gamagōri City Sports Center – Gamagōri, Aichi pref.

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J’ai été pris la veille par une soudaine envie de voir la mer, ce qui m’amène en direction de Gamagōri (蒲郡市), petite ville tranquille réputée pour ses mandarines et pour avoir accueillie une étape de la Coupe du Monde de Voile en octobre 2017. Pour pouvoir profiter le plus possible de cette belle journée ensoleillée je quitte la maison vers peu après sept heures, me retrouve ainsi mêlé vingt minutes durant dans le train à la cohue des travailleurs pendulaires. Cela va faire 19 ans que je travaille au Japon et mes trajets se faisant toujours dans le sens inverse aux leurs, c’est une chose dont je ne fais l’expérience que rarement, mais je me dis toujours que je serai incapable de m’y habituer. (I’m a reasonable man, get off my case, get off my case). Le trajet de Nagoya à Gamagōri dans un wagon pratiquement vide n’en est que plus agréable. J’écoute Deadbeat, le dernier album en date de Tame Impala, en contemplant le paysage qui défile. Les morceaux sont tous bons, l’album est fluide et s’écoute d’un traite mais je le trouve trop lisse et sans accrocs, sans surprise ni saveur particulière. Innerspeaker (2010) s’ouvrait sur le psychédélique It is not meant to be’ qui m’a plongé avec nostalgie dans une époque que je n’ai jamais connu, Currents (2015) démarrait avec ‘Let it Happen, huit minutes d’euphorie mélangeant psyché rock et textures électroniques. Si l’on y réfléchit, dix ans et trois albums plus tard il semble normal que le son soit cette fois carrément contemporain avec ses accents dance-music puisque c’est un style musical auquel Kevin Parker n’avait jusqu’à présent vaguement touché que du bout des doigts – Heureusement cependant que le hit planétaire ‘Surrender’ ne se trouve pas sur l’album, sans quoi l’overdose était assurée.

Je n’ai qu’une vague idée de mon itinéraire une fois arrivé à destination, dans un premier temps je pense cette fois tranquillement faire le tour de l’île Takeshima (竹島), qui avait fait sujet à problèmes lors de notre dernière venue en famille. Une rapide recherche à propos des curiosités architecturales locales fait ressortir un étonnant bâtiment, le Gamagōri City Sports Center (蒲郡市民体育センター), gymnase situé à 15 minutes de la gare de Gamagōri.

Le bâtiment a été terminé en février 1968. Il est l’oeuvre de l’architecte Tokio Tsuruta (鶴田日夫), pour le compte du bureau d’architectes Ishimoto Architects (石本建築事務所). En en approchant je suis immédiatement fasciné par ses sept colonnes de béton inclinées de chaque côté et son toit qui paraît flotter au-dessus de l’espace principal, comme tenu, non, étiré par sept paires de bras. Le bâtiment me fait également penser à quelque insecte à 14 pattes. Si le gymnase, d’un blanc impeccable, semble extrêmement bien entretenu, c’est qu’il vient d’être rénové en 2021 après un an de travaux de renforcement sismique, d’installation d’une nouvelle climatisation et de rénovation du sol sportif et de l’éclairage. Il semblerait qu’il ait été question à un moment de le reconstruire complètement, mais le fait qu’il ait été inscrit au registre DOCOMOMO Japan (registre qui vise à identifier, documenter et préserver les bâtiments et ensembles urbains emblématiques du mouvement moderne) en 2019 aurait grandement joué en la faveur d’un effort visant à le préserver tel-quel.

14 pattes. Curieux quand même … Je le découvre en écrivant ses lignes mais il se trouve que l’isopode géant des abysses (ダイオウグソクムシ en japonais), crustacé mesurant jusqu’à 30 cm de long et pesant environ 1 kg vivant dans des profondeurs allant de 200 à 1,000 mètres, a justement 14 pattes. Or, il se trouve que ce ‘monstre’ est l’une des principales attractions de l’Aquarium de Takeshima (竹島水族館), connu pour sa grande variété d’espèces de poissons d’eau de mer, en particulier ceux des profondeurs, ainsi que pour ses expositions uniques et les panneaux d’explication humoristiques faits à la main par le personnel. Il apparait d’ailleurs en gros plan en page d’accueil du site officiel de l’aquarium. L’aquarium ayant ouvert ses portes en 1956, soit douze ans avant la construction du gymnase, il n’est pas improbable que Tokio Tsuruta ait pris l’isopode géant pour modèle après que celui-ci ait apparu dans les pires cauchemars du petit Tokio depuis sa première visite à l’aquarium encore gamin. J’ai cherché un peu sur la toile mais je n’ai trouvé ni détail sur l’architecte, ni allusion à un rapport entre le crustacé et le bâtiment qui puisse confirmer ma théorie. Il pourrait être amusant de poser la question à la mairie de Gamagōri ou au cabinet d’architecte, mais je ne suis pas sur qu’il aient le sens de l’humour. Encore une side quest de plus !

architecture/Nagoya

あきらめる勇気 – NZU(4)

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NZU Nagoya Zokei University details
NZU Nagoya Zokei University details
NZU Nagoya Zokei University details

Bref passage à Nagoya Zokei University (NZU), pour le plaisir des yeux. J’aime l’architecture mais j’en parle extrêmement mal. Des formes, des motifs, des courbes peuvent m’être agréable sans que je ne sache concrètement expliquer pourquoi. Afin de devenir capable de mettre des mots sur ces sensations je m’étais il y a quelques années inscrit à un cours sur l’architecture sur la plateforme d’apprentissage en ligne edX, mais j’ai abandonné à mi-chemin. Je suis intéressé, mais pas passionné semble-t-il. L’inscription sur cette plateforme fondée par le MIT et l’université d’Harvard ne m’aura cependant pas été complètement inutile puisque de fil en aiguille elle m’aura permis d’acquérir les bases de la programmation en langage Python grâce aux cours du CS50 de HarvardX. Au lieu de peiner à trouver les mots justes, peut-être devrais-je de temps en temps juste me laisser aller et abandonner, en ne publiant que des photos.

architecture/Nagoya

‘crushed frozen heart pretending to be a poker face’ – Common Nexus, Nagoya

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Nagoya University Common Nexus ComoNe
Nagoya University Common Nexus ComoNe
Nagoya University Common Nexus ComoNe
Nagoya University Common Nexus ComoNe
Nagoya University Common Nexus ComoNe
Nagoya University Common Nexus ComoNe

Si je me souviens vaguement que la dernière fois que je me suis baladé à l’université de Nagoya l’allée principale était en travaux, j’ai été fort surpris de voir le résultat dans le dernier numéro du magazine d’architecture Shinkenchiku. Une balade s’impose malgré le temps maussade cette semaine, en espérant qu’il ne pleuve pas – emoji mains qui prient.

Le bâtiment Common Nexus (東海国立大学機構 Common Nexus), surnommé ComoNe, situé sur le campus Higashiyama de l’Université de Nagoya, a été conçu par le cabinet d’architecture de Tetsuo Kobori (小堀哲夫). Il a pour mission de favoriser la co-création, l’échange intergénérationnel et interdisciplinaire en mettant à disposition des espaces ouverts à la communauté universitaire, aux chercheurs, aux artistes, ainsi qu’aux habitants locaux et aux enfants. Vue de face, on a l’impression à première vue que les infrastructures sont situées sous-terre, le plan de verdure incliné que l’on a devant soi formant le toit du bâtiment tout en faisant également office de terrasse. Je suppose que par beau temps on peut s’y balader librement mais aujourd’hui l’accès y est malheureusement interdit, ce qui ne m’empêche pas d’emprunter les différentes passerelles, faisant dépasser ma tête ici et là, à chaque fois d’un nouvel endroit, comme un chien de prairie curieux.

La pluie se met à tomber, je me réfugié à l’intérieur. Grace aux façades en verre l’endroit est particulièrement lumineux malgré le temps au dehors. Il n’y a pas un bruit, au point que je me demande si j’ai vraiment le droit d’être là, mais les employés ne semblent pas vouloir me chasser quand je les croise. Partout, des étudiants seuls ou en groupes, sur leurs tablettes ou leurs ordinateurs sont en train de recréer le monde de demain. L’atmosphère du lieu incite à la réflexion et aux études, et je ne peux m’empêcher de regretter de ne pas avoir poursuivi les miennes un peu plus loin, peut-être jusqu’à la recherche, en sociologie japonaise ou en linguistique. J’ai bien conscience que j’en ai une vision romancée de la profession, celle du type entouré de piles de livres, absorbé dans ses lectures, écrivant sur ce qu’il aime. Il m’arrive de me demander si ce blog n’est pas d’une certaine manière ma façon de vivre cette ‘vocation’ manquée. Mais vu le chaos qui règne dans ces pages, je peine à croire que je serai allé bien loin.

architecture/Gifu

ki ni naru (木になる) – Gifu-shi

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Inuyama construction en bois
Inuyama construction en bois
Inuyama construction en bois
Inuyama Japon boite aux lettres en bois
Inuyama construction en bois
Inuyama construction en bois
Inuyama construction en bois

Ma petite balade dans la ville de Gifu m’a fortement apaisé. Après une épanouissante sortie je suis toujours serein et bienveillant, ‘en harmonie avec moi-même‘ comme on dit. Comme après avoir écouté un bon disque ou terminé un bon livre dont j’aurai dégusté chaque mot, le temps semble s’écouler plus lentement. Dans le train du retour je me sens intouchable, le stress provoqué par le bruit, la chaleur, et autres petites incivilités autour de moi ne m’atteint plus. Ce n’est qu’en triant les photos prises ce jour-là que j’en viens à me demander d’où ce bien-être peut bien venir. Dans un premier temps je pensais que c’était à mettre sur le compte du calme ambiant pour une ville de plus de 400.000 personnes ou encore à la proximité de la nature, avec la rivière Nagara (長良川) et le majestueux Mont Kinka (金華山) visibles où que l’on soit dans la ville, mais le nombre important de bâtiments en bois disséminées un peu partout y est vraisemblablement pour beaucoup. Lors de mes promenades je suis plutôt habitué au béton et aux gratte-ciels, j’étais d’ailleurs dans un premier temps venu dans le coin pour voir le Convention Center de Tadao Ando, maître en la matière. Je suis très étonné du nombre de variations de couleurs que peut offrir le bois, et ce que le bâtiment soit apparemment neuf ou ancien. J’y ferai plus attention lors de mes prochaines promenades.

architecture/Gifu

‘Ki ni shinai’ (気にしない) – Gifu-shi

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Nagaragawa Convention Center
Gifu bâtiment en bois
bateau de bois pêche au cormoran ukai
bateau de bois pêche au cormoran ukai
maison de Masahiko Sugiyama pêcheur ukai cormoran
cormoran Japon
bateau en bois pêche au cormoran ukai

Il m’a fallu près d’une heure et demie pour enfin atteindre le Nagaragawa Convention Center, situé au nord de la ville de Gifu, au bord de la rivière Nagara (長良川). Le bâtiment, dont la caractéristique principale est sa salle de conférence principale en forme d’œuf, a été dessiné par Tadao Ando (安藤忠雄) et sa construction s’est terminée en 1995. Je me faisais une joie de me balader aux alentours d’un des rares bâtiment de l’architecte dans la région, aussi quelle n’a pas été ma déception quand j’ai aperçu ces grues et ces échafaudages ! Il semblerait que le plafond du bâtiment fasse l’objet de travaux de rénovation jusqu’en mars 2026. Quand j’y repense maintenant que j’écris ce billet, je ne me souviens pas avoir vu ces travaux mentionnés sur le site avant de m’y rendre alors que c’est maintenant inscrit en grosses lettres rouges bien visibles. Peut-être bien ne suis-je pas le seul à m’être fait avoir … Quoiqu’il en soit, sur le coup je suis extrêmement déçu et peste contre mon manque d’organisation et le temps perdu. ‘Ki ni shinai‘ (ce n’est pas grave)… Je décide de marcher le long de la rivière pour me calmer et réfléchir à quoi faire …

Après dix minutes de marche j’aperçois au loin quatre ou cinq barques faisant des aller-retours d’un bord à l’autre de la rivière. Il s’agit des embarcations en bois non motorisées utilisées pour assister à l’ukai (鵜飼), la pêche au cormoran, un style de pêche pratiquée depuis plus de 1,300 ans et dont la région est particulièrement fière. Il semblerait que je sois en train d’assister à une séance d’entraînement à la manœuvre des barques. Celles-ci doivent faire un poids considérable car une trentaines de personnes peuvent monter à bord. Si en apparence le cours d’eau semble relativement calme, au centre de la rivière de forts remous rendent la traversée difficile. Les bateaux se lancent les uns après les autres avec deux hommes à leur bord, un à l’avant, l’autre à l’arrière. Sur la barge un homme d’une soixante d’années, costaud, à la voix qui porte, hurle des ordres et des directives. Il s’en prend parfois verbalement assez violemment à un homme dans la quarantaine, qui autant qu’il se démène à l’arrière, peine à maintenir le bateau dans un angle qui lui permette de passer le courant.

Après avoir pris mon déjeuner au restaurant du Nagara River Cormorant Fishing Museum situé l’étage, je me balade au hasard d’étroites ruelles mêlant petites auberges, hôtels et résidences. Bientôt mon attention est attirée par des cris rauques et gutturaux auxquels viennent s’ajouter au fur et à mesure que je m’approche de leur source une très forte odeur de poisson. Mes pas me mènent ainsi à la résidence de Masahiko Sugiyama (杉山雅彦), un ushō (鵜匠) célèbre. Un ushō est un ‘maître pêcheur au cormoran‘, pêcheur chevronné de la pêche ukai. Pendant la pêche ukai celui-ci se tient à la proue de sa barque et dirige jusqu’à dix ou douze oiseaux à la fois. Pratiqué de nuit, la lueur des flammes suspendues à l’avant des barques attire les poissons vers la surface. Dès qu’un cormoran capture un poisson en plongeant dans la rivière, le maître le ramène à lui grâce à la corde et le fait régurgiter le poisson, un nœud autour du cou empêchant l’oiseau d’avaler les plus gros poissons. Le titre de maître pêcheur au cormoran est héréditaire et appartient à six familles de la ville de Gifu et à trois de la ville de Seki. Ces neuf ushō, dont Sugiyama fait partie, possèdent un statut de fonctionnaire civil rattaché à la Maison Impériale et ont pour responsabilité de pêcher des poisson d’eau douce ayu destinés à la consommation de la famille impériale. Dans la cour de la maison sont soigneusement disposés, comme dans un musée, les ustensiles nécessaires à la pêche, tels les copeaux de bois pour le feu à l’avant de la barque ou bien la paille pour confectionner les habits des pêcheurs. Difficile de savoir si j’ai la permission d’être dans cette cour, en tout cas je me sens comme observé. Derrière les barreaux de sa cabane, un cormoran me fixe du regard. Je reste un moment à observer l’oiseau derrière les barreaux. Ces oiseaux vivent en étroite relation avec leur dresseur, qui les nourrit, les soigne et les entraîne chaque jour. Le lien entre l’homme et l’animal est fondamental dans la pratique de l’ukai, qui me semble reposer sur une connaissance fine du comportement des cormorans et sur une confiance réciproque. Cette scène discrète, à l’écart du spectacle touristique, m’a offert un rare aperçu du quotidien d’un métier ancestral encore vivant. Je me félicite de ne pas avoir baissé les bras et d’avoir suivi mon instinct.

architecture/Nagoya

Jingūmae (stage 1) – Atsuta-ku, Nagoya

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escaliers entrepôt Jingumae Nagoya
entrepôt escaliers Jingumae Nagoya
entrepôt escaliers Jingumae
escaliers bleus entrepôt Jingumae
entrepôt Jingumae
entrepôt Jingumae Nagoya

Une à une je tente de rayer de ma liste les choses à faire, à voir ou à visiter. Alors que je suis passé en train des dizaines de fois devant, cela faisait ainsi bien longtemps que je voulais photographier les gigantesques entrepôts appartenant à l’entreprise de logistique Chūkyo Sо̄ko Logistics Company (中京倉庫), à environ dix minutes à pied de la gare de Jingūmae (神宮前). Si les entrepôts exercent sur moi une certaine fascination depuis que je sais qu’ils peuvent contenir un avion comme c’est le cas au Flight of Dreams à l’aéroport international de Chūbu Centrair, plus que l’intérieur à propos duquel on ne peut de toute manière que faire des spéculations, je suis ici davantage intrigué par les escaliers en extérieur qui longent leurs parois. Leur disposition non symétrique, presque aléatoire, me donne l’impression de voir se révéler le derrière de la scène d’un niveau de jeu de plate-formes où le personnage disparaît derrière une porte pour soudainement réapparaître à un endroit complètement différent du paysage afin de surprendre son adversaire. Le bâtiment doit bien faire plus d’une trentaine de mètres de haut, même si je n’ai pas particulièrement peur des hauteurs et du vide je ne pense pas être en mesure d’emprunter ces raccourcis en courant tel un super-héros.

architecture/Nagoya

Void phobia – Hoshigaoka, Nagoya

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Hoshigaoka magasin de vêtements
Hoshigaoka bâtiment
arrière-boutique Japon
reflets miroir
Porsche en vitrine magasin
bâtiments Hoshigaoka
appartements x terminal de bus Hoshigaoka

Le quartier de Hoshigaoka se signale également par son luxe. La chaine de grands magasins Mitsukoshi se trouve juste à la sortie du métro et un nouveau complexe de boutiques et de restaurants, appelé Hoshigaoka Terrace, y a été ouvert en 2003. De l’avenue principale jusqu’aux arrière-boutique, tout est méticuleusement propre et rangé au point que c’en est presque ennuyant. C’est également ici que je tombe par hasard sur un magasin vendant des Porsche d’occasion puis le fameux concessionnaire Lexus réputé pour être celui vendant le plus grand nombre de véhicules de la marque de tout le pays, grâce notamment à un service clients que l’on dit exceptionnel. La petite histoire selon laquelle le garde à l’entrée du magasin, habillé comme un portier d’hôtel, fait en forme de respect et de remerciement une courbette à chaque fois qu’une Lexus passe devant est maintenant célèbre à force d’avoir été repris dans les médias et de nombreux livres. Apparement l’endroit aurait servi de modèle pour une scène apparaissant dans le livre de Haruki MurakamiL’Incolore Tsukuru Tazaki’, qui se déroule en partie à Nagoya, mais je ne parviens pas à me souvenir de cette scène en particulier. A force de lire ses livres depuis vingt ans en français et en japonais toutes ses histoires se chamboulent.

La dernière photo pourra sembler banale mais j’ai eu comme une révélation en passant devant cet immeuble. Si la gare de Fujigaoka sert de terminus pour une partie des bus municipaux de Nagoya, on pourra s’étonner que le rez-de-chaussée d’un logement social serve d’entrepôt de bus. Ce modèle d’optimisation de l’espace m’a immédiatement fait penser à l’exemple nommé ‘bus housing’ dans le bouquin Made in Tokyo (2001, Kajima Institute Publishing) qui répertorie les étonnantes cohabitations architecturales dans la capitale. ‘There is a ‘void phobia’ in Tokyo, which instils a reaction of ‘what a waste!’ when we see unused space. Everywhere, the desire to find and fill gaps can be seen.‘ J’imagine l’odeur des gaz d’échappement et surtout le vacarme que font les bus aux départs et aux arrivées. Un rêve, un cauchemar plutôt !