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Nagoya/Nagoya

Quelques vues du Mont Fuji – Kamiotai, Nagoya

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プレイマウント Mont Fuji dans un parc
プレイマウント Mont Fuji dans un parc
プレイマウント Mont Fuji dans un parc
プレイマウント Mont Fuji dans un parc

Balade en partant de la gare de Kami Otai située au nord de Nagoya. Alors que je marche le long d’un parc j’aperçois au loin entre le feuillage des arbres le vénérable Mont Fuji. Il ne s’agit évidemment pas de la véritable montagne sacrée mais d’un de ces toboggans empruntant sa forme dont je parlais déjà dans un autre billet. Je m’en approche, comme attiré par celui-ci, et j’en fais le tour en souriant bêtement puisque cela revient à dire que je viens de parcourir l’UTMF (Ultra Trail du Mont Fuji, parcours qui consiste à effectuer 100 miles autour du Mont Fuji en un temps limite de 45 heures) en quelques secondes. Déjà sans doute trop épuisé par cet accomplissement hors du commun et ivre de joie, il ne me vient pas à l’idée ensuite de grimper au sommet et d’effectuer ainsi l’équivalant de La Course du Mont Fuji (富士登山競走, Fuji tozan kyōsō), la célèbre course reliant la ville de Fujiyoshida au sommet du Mont Fuji sur un parcours 21km et 3,000m de dénivelé positif. Je me demande si les enfants, quand ils jouent, grimpant par une face et glissant le long de l’autre, font véritablement le rapprochement. Sans doute pas, tant occupés qu’ils sont à rire et pleurer. Non pas que cela ait la moindre importance. Au lieu de simplement répertorier une nouvelle fois les 120 et quelques toboggans Fuji-san comme l’a fait Yoshiyuki Ushida dans son ouvrage, je me dis que tant qu’à faire il serait amusant de me prendre en photo au sommet de chacun d’eux, et, encore plus drôle, d’immortaliser la scène en parfait accoutrement d’alpiniste. Un peu de pluie ou de neige serait même la bienvenue, ajoutant un peu de réalisme !

Je poursuis ma route et tombe cinq minutes plus tard sur un monticule identique situé dans un petit square au milieu d’un quartier résidentiel (quatrième photo). Toutes cela me rappelle que je pensais tenter l’ascension du Mont Fuji, le vrai culminant à 3,776m, cet été, mais que le calendrier professionnel et familial est malheureusement trop chargé pour que cela soit possible dans de bonnes conditions. En parcourant mes archives je me rends également compte que le récit de ma première ascension en juillet 2024 s’arrête à mi-chemin. Un nombre relativement important de recherches de lecteurs aboutissant sur ce billet, à défaut de gravir le Mont Fuji in situ je tâcherai cet été de le faire une nouvelle fois dans mes souvenirs et tenterai de terminer le billet afin de ne pas mener mes visiteurs dans un cul-de-sac/ravin.

musiques/Nagoya

Oyo ? – Kamiotai, Nagoya

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’Oyo ?’ est un tic de langage du personnage principal du célèbre manga de Nobuhiro Watsuki, Kenshin le vagabond (るろうに剣心, Rurōni Kenshin), l’un des premiers manga que j’ai lu avec beaucoup d’attention dans la collection Glénat. Son édition en version française débute en 1999, ce qui ne nous rajeunit pas, même si j’étais plus ou moins persuadé que je le lisais déjà alors que j’étais au lycée. L’exclamation idiomatique ‘oyo ?’ n’est plus utilisée aujourd’hui et on lui préférera ‘oya ?’ ou encore ‘are ?’. Elle exprime la surprise, la confusion ou la curiosité face à une situation inattendue, un oubli, ou une anomalie, bref, le genre de chose qui fait que l’on y regarde à deux fois. Si lors de mes balades au hasard des villes je ne m’exclame pas ‘are ?’ à tout bout de champs, j’aime apercevoir toutes sortes de petits détails autour de moi.

Ainsi, derrière le cafouillis de la devanture de magasin de la première photo de cette série se cache en fait une salle de mah-jong (jeu de société traditionnel d’origine chinoise, souvent comparé au Rami) du nom de Mājan Toyokuni. J’aime le côté très artisanal de cette façade avec ses pancartes bleues ‘TK’ faites à la main et le torii rouge miniature négligemment posé sur quelques gros cailloux à l’entrée. Plus loin, un vélo avec une étrange tête d’ours rose, une voiture entièrement recouverte d’une bâche devant une maison, la symétrie presque parfaite d’une photo brisée par la collision de quelqu’un ou quelque chose avec l’un des deux poteaux de protection bleus, ou encore ce pneu apparemment abandonné dont on ne sait pas s’il a un but ou non. Je m’invente ainsi des histoires au fil de mes promenades. Encore faut-il être réceptif, mais ce n’est pas toujours le cas et je me demande bien ce qui peut faire la différence entre une séance où je me sens inspiré et une autre où j’ai l’impression d’avoir tout simplement perdu mon temps. Le fait d’avoir le ventre plein ou pas, la fatigue accumulée, le temps ou l’influence de la musique que j’écoute en marchant ? Existe-t-il une recette miracle ?

Musicalement parlant j’écoute ces derniers temps principalement des podcasts ou des streamings. Le Nova Club de David Blot et sa bande sur Radio Nova a eu pour invité Juan Atkins, Jeff Mills ou encore Tricky. Je suis toujours fasciné par la culture musicale des membres de cette radio. Sur NTS j’écoute avec les délectation les planants mix techno-minimal de la DJ et musicienne d’origine chinoise basée a Londres Yu Su, ou encore ‘The Cure Takeover avec Robert Smith, le chanteur de The Cure, qui allie avec un étonnant éclectisme dans le même set post-rock et ‘techno de bourrin’. Et la musique japonaise dans tout cela ? Trois titres marquants de cette fin de mois :

大烏 -OoKARAS- feat. ELIM est le premier single tiré du nouvel album de DJ Krush, intitulé TOKYØHUM. Comme j’avais beaucoup apprécié son album précédent, Saisei (2024), dont je parlais ici, je suis bien content de constater que DJ Krush remet les couverts pour dix titres dans un laps de temps somme toute assez réduit. OoKARAS est dans la veine des titres de Saisei ; production léchée, le flow d’ELIM rapide mais fluide. Sa structure en trois parties lui apporte un côté cinématique fort plaisant. La coupure après le premier verset, surtout, qui part vers un son très aérien, donne l’impression de s’envoler dans les airs, ce qui est très fort à propos vu le titre de la chanson, qui signifie littéralement ‘corbeau géant’.  ELIM m’est totalement inconnu. Quelques recherches m’apprennent qu’il fait partie du collectif BASICA, une équipe de créateurs centrée autour de l’artiste ATSUKI, et travaille principalement comme rappeur et réalisateur de vidéos. Le compte Bandcamp du collectif BASICA met notamment en avant sa collaboration avec le rappeur Jinmenusagi, que l’on pouvait déjà entendre sur le précédent album de DJ Krush dans l’excellent titre 破魔矢 -Hamaya-. Une nouvelle fois, tout se recoupe et on ne peut que constater que Krush sait très bien s’entourer. A noter que le concept de ce nouvel album est le battement, le pouls de la ville. Cela m’évoque le rythme vital et l’énergie vibrante d’une métropole, quelque chose de vivant, un son brut et agressif. L’artwork, que l’on doit à un certain Taku Obata (小畑多丘, artiste contemporain principalement connu pour ses sculptures en bois, qui s’est fait remarquer par ses œuvres très reconnaissables représentant des figures humaines stylisées en mouvement, souvent inspirées de la culture hip-hop et du breakdance) me plait également beaucoup. Si l’album est à la hauteur de mes attentes et que prix est abordable je pense tenter de m’en procurer un exemplaire en vinyle. 

J’avais délaissé DÉ DÉ MOUSE depuis quelques temps, ses titres, un peu trop ‘gentillets’ à mon goût, finissant par tous se ressembler. Cela me fait donc plaisir de le voir en quelque sorte prendre une cure de jouvence avec le titre In Yr Dreams, titre porté par un beat UK garage classique sur lequel s’ajoute ce drop percutant très club, le tout donnant un titre à la fois mélancolique et plein d’élan.

Pour finir dans des rythmiques plutôt up-tempo, je ne peux que conseiller le titre Spin, de WAZGOGG & bunTes, qui mêle divinement bien rythmique électro et influence hip-hop. Ma première impression est que je ne me souviens pas de par le passé avoir vu quelqu’un manipuler de manière aussi habile à la fois boite à rythme et platines, notamment avec cette deuxième partie scratchée qui colle parfaitement sur le rythme et à l’ambiance du morceau. En faisant quelque recherches j’apprends que WAZGOGG est un DJ dans la trentaine originaire de la préfecture d’Akita. Passionné dès le collège par l’univers du DJing, il remporte en 2017 pour la première fois les sélections régionales de Tōhoku (région nord du Japon) du DMC DJ Championship, la plus prestigieuse compétition de DJ au Japon, ce qui lui ouvre les portes de la finale nationale, exploit qu’il réitère d’ailleurs l’année suivante. Comme quoi mon intuition a propos de sa dextérité était fondée  ! Depuis 2019 il a sorti plus d’une dizaine d’EP et d’albums dans un large registre allant du hip-hop, la low-fi et de l’électro. Comme pour Spin’ sur lequel bunTes, rappeur originaire de Tokyo, pose un flow fluide et sans accrocs, WAZGOGG semble collaborer avec de nombreux talentueux artistes. Il me faudra piocher au hasard dans ses nombreux morceaux. 

livres/Nagoya

De l’art d’organiser sa pensée – Motoyama, Nagoya

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Toyoda Auditorium
Bâtiment université de Nagoya
Bâtiment université de Nagoya
Torii Chiyoho Inari Shrine Nagoya Branch
Chiyoho Inari Shrine Nagoya Branch
Chiyoho Inari Shrine Nagoya Branch
paysage urbain quadrillé par des câbles haute tension

Ma balade part du campus universitaire de l’université de Nagoya en direction du quartier de Motoyama (本山). Comme je n’ai qu’un peu plus d’une heure à tuer avant mon rendez-vous je parviens à faire l’impasse sur le Toyoda Auditorium, que je ne me souviens pas avoir visité depuis le décès de son concepteur, Fumihiko Maki, en juin 2024. Cela fait deux ou trois fois maintenant qu’au lieu de marcher complètement au hasard je base mon itinéraire sur les papeteries ou librairies existant dans le quartier où je me trouve. Je décide cette fois de faire un rapide crochet par la librairie ‘Books Fronte‘, qui se situe sur le campus de l’université afin de me procurer l’un ou l’autre stylo au couleurs de l’université (blanc et vert), qui viendra compléter ma grandissante collection d’instruments d’écriture de couleur de verte.

Je longe divers bâtiments de l’université aux façades intéressantes, puis, dans l’avenue qui mène au Parc Higashiyama mon regard est attiré par un torii rouge. Je m’engouffre dessous et monte sur une cinquantaine de mètres de long en passant sous un tunnel de torii. Une fois sorti de ce petit bois on aboutit sur un sanctuaire. Il s’agit du sanctuaire Chiyobo Inari (千代保稲荷神社), le seul sanctuaire annexe officiel d’Ochobo-san, le célèbre Chiyobo Inari de Kaizu (海津, dans la préfecture de Gifu), qui est l’un des sanctuaires les plus importants du Japon pour la réussite commerciale. Contrairement au sanctuaire principal dont l’histoire remonte à près de mille ans, la branche de Nagoya a été fondée en 1952. Sa création répondait à la demande des nombreux fidèles de Nagoya, en particulier des commerçants, qui se rendaient régulièrement à ‘Ochobo-san’ à Kaizu pour prier en faveur de leurs affaires. Le terrain se trouvait alors à proximité immédiate de l’Université de Nagoya, dans un quartier résidentiel calme qui était encore peu urbanisé dans les années 1950. Aujourd’hui encore, le sanctuaire est caché dans un petit bois, ce qui lui donne une atmosphère étonnamment paisible malgré la proximité de grands axes et du campus. Je regrette qu’il n’y ait pas un banc quelque part à l’ombre pour profiter du silence. Je me surprend également à faire attention à ne pas faire le moindre bruit en marchant sur les graviers. J’en ai presque l’air louche.

Je rebascule dans le ‘monde présent‘ et me dirige vers Motoyama. Je suis frappé par le contraste entre la pureté du sanctuaire que je viens de visiter et le fouillis de la ville, notamment ces câbles électriques, enchevêtrements aériens qui saturent l’espace visuel des rues. Imprimer la dernière photo de la série et la découper le long des câbles pour en faire un ‘puzzle urbain’.

J’ai beaucoup aimé la façon dont la librairie semble être un lieu de rassemblement et d’échange pour les férus de littérature du campus. On notera la participation de l’université au ‘marathon de lecture’ consistant à lire 100 livres pendant les 4 ans du cycle universitaire, ainsi que les nombreux commentaires écrits à la main par les étudiants eux-même. Il y avait également un stand spécial destiné à l’essai de Shigehiko Toyama (外山滋比古, 1923–2020, essayiste et penseur né à Nishio dans la préfecture d’Aichi), ‘Shikō no seirigaku’ (思考の整理学, que l’on pourrait traduire par ‘De l’art d’organiser sa pensée‘). Cet ouvrage, publié en 1983, est devenu un véritable classique au Japon. Il est souvent recommandé aux étudiants, chercheurs et professionnels pour sa réflexion sur la créativité, la prise de notes, la mémoire et les méthodes de travail intellectuel. Malgré son âge il reste un best-seller et est régulièrement cité parmi les livres de développement intellectuel les plus influents au Japon. Le stand comptabilisait le nombre d’ouvrages vendus. Il aurait été amusant de m’en emparer pour voir si le compteur est véritablement mis à jour, mais en fait j’en ai déjà un exemplaire dans ma bibliothèque ! L’ouvrage est par ailleurs très intéressant et plein de bonnes idées, mais comme pour tout ouvrage de développement personnel qui se respecte, impossible de les mettre à l’oeuvre pendant plus d’une semaine …

Nagoya/Nagoya

A good year (?) – Atsuta Jingū

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ombres du feuillage dans une allée d'Atsuta Jingu
Atsuta Jingu
deux prêtresses shintoïstes miko au sanctuaire d'Atsuta
feuillage et ciel bleu Atsuta Jingu
les coqs sacrés d'Atsuta Jingu

Il m’aura fallu une grosse heure pour quadriller le quartier de Tenma-chō. Lors de mon parcours je me suis un peu emmêlé les pinceaux en cours de route et j’ai raté deux petites ruelles. Mettons cela sur le compte de la chaleur puisque midi approche et qu’il fait déjà une chaleur insupportable pour la saison. Mais comment on faisait avant ? Et comment vais-je organiser mes balades et mes entraînements en course à pied en plein mois d’août si je ne tiens déjà pas le coup si tôt dans l’année ? Je décide de me rendre au sanctuaire d’Atsuta afin d’y chercher un peu de fraîcheur, mais aussi pour voir si je ne peux pas y apercevoir les fameux coqs sacrés que fgautron mentionne dans son billet. Il n’est ainsi pas rare que par le biais de nos billets respectifs nous nous donnions des idées de balades ou de la motivation pour continuer à nous documenter et à publier. Après avoir fait ma procession jusqu’à l’autel principal à l’ombre des feuillages d’arbres centenaires puis mangé de rafraîchissantes nouilles kishimen (nouilles de blé plates et lisses) froides, je finis par chance par tomber sur deux des divines créatures, et l’un des deux coqs me fait même l’honneur de chanter. Cela ne peut être que de bonne augure pour la suite …

musiques/Nagoya

‘good stuff for good people’ – Kanayama & Sakae, Nagoya

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vélo jaune laissé à l'abandon
camion Yabaton
good stuff for good people
mur de bâtiments
mur de bâtiments
vue du haut du Chunichi Building
vue du haut du Chunichi Building

Je pars de la gare de Kanayama en direction du nord-est en suivant le tracé de la ligne Chuo JR, une longue ligne droite sur plus d’un kilomètre, jusqu’au Parc Tsuruma (鶴間公園). Le temps est maussade suite au passage du typhon Jangmi, qui aura provoqué de fortes averses, mais heureusement nous aurons été épargnes par le vent. Comme je m’y attendais un peu, l’avenue Chuo-nishi que je longe ainsi en prenant tout mon temps, est sans grand intérêt. Il suffirait sans doute de s’enfoncer dans les petites ruelles juste derrière pour y découvrir quelque petit café ou temple pittoresque mais ce sera pour une prochaine fois.

Une fois arrivé au parc il semble devoir pleuvoir à tout instant. J’avais l’intention d’acheter quelques viennoiseries et de pique-niquer en bouquinant un peu sur un banc, mais je crains d’être interrompu en pleine lecture. Puisque je suis dans le coin, j’en profite pour participer à quelques raids dans PokémonGO. En effet, le parc Tsurumai est un lieu de pèlerinage pour les joueurs. Le cœur du parc est organisé autour d’une grande fontaine circulaire, dont, vue depuis les airs, la forme évoque fortement une Poké Ball, l’objet emblématique utilisé pour capturer les Pokémon. Il n’en fallait pas plus pour que quelques jours après la sortie du jeu en 2016 l’endroit devienne un lieu de rassemblement puis de culte, et 10 ans plus tard, même en pleine semaine, c’est sans difficultés que l’on peut trouver le nombre des compagnons de jeux nécessaire pour vaincre les boss les plus costauds.

A partir du parc je décide de remonter vers Sakae dans l’intention de déjeuner dans un burger shop que j’avais repéré lors d’une précédente promenade. On pourra me faire la remarque qu’il est dommage d’être au Japon pour au final manger des plats typiquement occidentaux mais c’est plus fort que moi, je raffole de viande. Cette envie m’a longtemps fait développer ce que l’on pourrait presque appeler une addiction au MacDo, mais l’augmentation de ses prix ces derniers temps est telle que j’ai commencé à me dire qu’il valait encore mieux payer mon burger un poil plus cher mais au moins profiter d’une meilleure qualité. C’est ainsi qu’une fois par mois je finis dans un resto à burger, cette fois au BURGERSTAND have a good time. Comme il n’est pas encore midi je suis le seul client. Il n’y a que deux employés. Celui qui prend les commandes doit avoir autour de 25 ans, l’autre, qui prépare les plats et que je suppose être le gérant doit dépasser de peu la trentaine. Je décide de m’assoir au comptoir. Une fois servi je dévore mon cheeseburger, délicieux quoique manquant un peu de volume, mais je suis surtout captivé par le fond sonore. Je suis très surpris car c’est bien la première fois que j’entends de l’IDM dans un restaurant. Je crois vaguement reconnaitre un morceau de style glitch du label Mille Plateaux de la fin des années 90. Akufen ou Alva Noto peut-être ? Je télécharge et lance l’application Shazaam pour en avoir le coeur net mais le niveau sonore est trop faible pour que le titre soit reconnu, et de toute façon cela m’étonnerait qu’il soit dans ses archives. Les deux serveurs attendent leur prochain client. Le plus âgé, debout devant moi, pianote doucement des doigts sur le comptoir et bouge parfois la tête en rythme. J’en déduis qu’amateur du genre c’est lui qui est l’auteur de cette playlist. Le titre suivant, dans sa structure (toute relative) et ses sonorités, pourrait être un titre d’Autechre, mais je n’en suis pas certain. Peut-être s’agit-il d’un titre des albums Quaristice (2008) ou Exai (2013), que je connais moins bien parce qu’il m’ont laissé indifférents par rapports à d’autres. Sur mon petit nuage je déguste mon burger et la musique. Une fois terminé j’hésite à adresser la parole au Dj/cuistot. Je ne veux pas le déranger, mais surtout je crains le malaisant silence de notre conversation si jamais il s’avère je me suis trompé sur toute la ligne. Quoiqu’il en soit midi sonne, les jeunes cadres des bureaux alentours font leur apparition et le charme est rompu. Dommage, mais je me dis que cela me fera une occasion de revenir.

Une fois à Sakae je grimpe une nouvelle fois à la terrasse du 7eme étage du Chunichi Building. Une partie de sa façade ne fait qu’apparaître sur la dernière photo de cette série, mais The Landmark Nagoya Sakae, désormais plus haut immeuble de Nagoya du haut de ses 41 étages et 211 mètres, attend l’ouverture de ses portes le 11 juin. Pour être franc mon intérêt est moindre. Il comportera notamment le shopping center HAERA-Parco et un complexe TOHO Cinemas, mais vu de l’extérieur le bâtiment en lui même n’a rien d’exceptionnel et l’on n’y trouvera encore et toujours que les même grandes enseignes internationales qui ont déjà pignon sur rue aux alentours de la gare de Nagoya. Je me glisserai peut-être une fois à l’intérieur une fois que la première vague sera passée.

Nagoya/Nagoya

‘Losing my religion’ – Atsuta-ku Tenma-chō 2 chō-me

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Atsuta-ku Nagoya
The Beatles derriere une vitre
autel sanctuaire Akiba
sanctuaire dans le quartier d'Atsuta

Je reprends ma balade dans le quartier d’Atsuta là où je l’avais laissée la dernière fois. Nous ne sommes même pas encore à la mi-mai mais il fait déjà une chaleur écrasante et la lumière est particulièrement éblouissante. Une nouvelle fois, on ne peut qu’être étonné par le nombre de petits sanctuaires et autels religieux que compte ce quartier. Il faut noter que la préfecture comptant le plus de ‘lieux de culte’, qu’il s’agisse de temples reliés à la religion bouddhique ou de sanctuaires shintō, n’est contre tout attente non pas Kyōto, mais Aichi. Aichi comptait en 2022 exactement 7,887 lieux de cultes, la plaçant ainsi devant Niigata (7,438) et Hyogo (7,144), Kyōto n’étant qu’en huitième position avec 4,819 référencements. Quand on pense à Kyōto on pense immédiatement aux temples immenses et mondialement connus comme le Kinkaku-ji, le Kiyomizu-dera ou encore le Fushimi Inari. Kyōto possède ainsi les temples et sanctuaires les plus célèbres mais pas le plus grand nombre. En Aichi, au contraire, une grande partie du total provient de centaines de petits temples de quartier ou de village, parfois très modestes, que l’on remarque à peine au détour d’une rue.

Nagoya/Nagoya

‘En rouge et blanc …’ – Endōji, Nagoya

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円頓寺商店街 Endoji Nagoya
円頓寺商店街 Endoji Nagoya
円頓寺商店街 Endoji Nagoya
円頓寺商店街 Endoji Nagoya
円頓寺商店街 Endoji Nagoya
円頓寺商店街 Endoji Nagoya

Si à Nagoya j’aime particulièrement me balader dans le quartier animé qu’est Ōsu, ces derniers temps j’ai une préférence pour celui d’Endōji (円頓寺), beaucoup moins tape-à-l’œil, moins fréquenté et plus calme. Bien qu’il ne se situe qu’à une dizaine de minutes à pieds de la gare de Nagoya, ce quartier populaire est plutôt méconnu. Cela dit peut-être les choses sont-elles en train de changer. Des travaux de rénovations ont eu lieu en 2015 et son site internet vient tout juste de faire peau neuve. J’aime beaucoup l’idée de cette barre de défilement qui permet de passer en revue de manière très fluide les restaurants et magasins tout en préservant l’aspect rétro, presque nostalgique, de cette galerie qui existe sous sa forme ‘moderne’, depuis 1964, et mêle désormais cafe-théâtre offrant des séances de kabuki, temples, vieux magasins de jouets ou d’électronique et petits restaurants et cafés autres que ceux des grandes enseignes que l’on trouve maintenant partout. J’aurai très certainement l’occasion de parler de ce lieu plus en détail une prochaine fois.

keeping running/Nagoya

Temps de chat – Minato-ku, Nagoya

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chat derrière une vitre
hangar de couleur verte fermé
parking vide
ligne de chemin de fer abandonnée
bouteilles de 2L devant une maison

Courte promenade digestive au nord du complexe commercial LaLaport Nagoya minato AQULS, auquel je viens souvent prendre ma pause déjeuner après ma séance de natation, comme aujourd’hui. Après avoir couru le Marathon de Nishio, objectif principal de cette saison, il y a deux semaines, à défaut d’avoir un nouvel objectif précis pour la suite je me maintiens en forme en allant courir autour de 10km une ou deux fois par semaine tout en augmentant progressivement mes distances en natation afin de ménager mes genoux. Je reviendrai peut-être une autre fois plus en détails sur ma course mais j’ai terminé les 42.195km en 4 heures 3 minutes et 46 secondes. J’ai ainsi pulvérise mon record personnel (4h26 à Matsusaka en 2024) mais j’échoue donc à quatre malheureuses minutes du sacro-saint sub-4. Presque 6 mois d’entraînement pour échouer si près du but, il y aurait de quoi se demander ‘à quoi bon ?’ et vouloir en finir avec la course à pieds, mais en vérité ma déception n’a pas été bien longue car tout au long de la saison j’ai ‘pris mon pied’ à courir (haha), n’ai ressenti pratiquement aucune douleur et les lacunes qui font que je n’ai pas atteint mon objectif sont assez évidentes pour que je puisse envisager d’améliorer encore mon chrono sans avoir à forcer au point que l’entraînement n’en devienne un calvaire.

Je marche une trentaine minutes d’un pas ferme mais ne croise pratiquement personne. Dehors le vent est assez glacial pour qu’un chat, bien au chaud, lui, à l’intérieur de son cafe à chats, me regarde d’un air interrogateur et circonspect, comme s’il ne comprenait pas ce que je fais dehors par un froid pareil – ou bien m’envie-t-il ?

Nagoya/Nagoya

‘Unthinkable surprises. About to happen. But what they are…’ – Atsuta-ku, Nagoya

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Entrée vers le petit sanctuaire Atsugo-sha (松姤社), sanctuaire auxiliaire d'Atsuta Jingu
deux bancs peints en jaune qui se font face dans un square
chat noir caché dans les hautes herbes
poster au parking d'un magasin de wagashi
bannières 'Namukanzeonbosatsu' 南無観世音菩薩
statue de Shishi (獅子) à l'entrée du sanctuaire Sasasha (笹社)

Après ma promenade à Atsuta Jingū je me mets à me balader au hasard, comme d’habitude. Coincé entre deux immeubles de quelques étages, un discret torii m’invite à m’engouffrer dans un étroit chemin qui me guide vers une arrière-cour au milieu duquel trône un petit sanctuaire. Bien qu’il soit autour de midi et que l’endroit soit encerclé d’habitations modestes et même de ce qui semble être un petit restaurant, il y règne un calme agréable et apaisant dont je profite pendant quelques minutes. Le hasard m’aura permis aujourd’hui encore de faire une intéressante découverte … mais et si cette année je m’organisais un peu plus dans mes sorties ? J’ai depuis quelques temps en tête les posts de Bruno Quinquet, qui parcourt méticuleusement et méthodiquement, appareil à la main, jusque dans ses plus petites ruelles, ku (区, quartier) après ku, la gigantesque mégapole qu’est Tōkyō. Pourquoi ne ferais-je pas, à ma manière, de même pour Nagoya et ses environs ? – je risquerai ainsi moins de me retrouver nez-à-nez avec un ours qu’en parcourant le Tokai Nature Trail

Je commence, de ce pas, ai-je envie de dire, mon aventure, à Atsuta-ku Tenma 1 chō-me (熱田区伝馬町1丁目). Le quartier de Tenma est situé au sud de celui de Jingū (神宮), où se trouve le sanctuaire. Il prend la forme d’un triangle isocèle dont chaque côté ferait entre 300 et 400 mètres. Une artère principale le découpe dans sa hauteur et cinq ruelles le traversent d’un côté à l’autre. Je réfléchis un court moment au moyen le plus efficace permettant de parcourir chaque rue en faisant le moins de chemin possible (en évitant de passer par deux fois par la même rue, par exemple) mais le quartier n’est pas très grand et de toute façon le temps est glacial, je me donne une heure pour en faire le tour, si l’on peut dire ainsi. Je ne m’en aperçois qu’une fois lancé mais c’est également au sanctuaire d’Atsuta que j’avais, sur un coup de tête là-aussi, entamé mon premier carnet gōshuin. Il y a manifestement quelque chose qui me lie à cet endroit et j’aime assez cette idée.

La proximité de l’important sanctuaire qu’est Atsuta fait que ce petit quartier à lui seul compte plusieurs sanctuaires annexes. Il y en a littéralement un à chaque coin de rue, de tailles variées, allant du simple autel à celui, plus imposant, doté d’un torii et de sa statue de lion shishi. Il y a tout autant de petits squares avec ou sans jeux pour enfants. Le jaune pétant des bancs, sans doute repeints il y a peu, contraste avec la douceur presque monotone des couleurs de cette fin d’après-midi. Il n’y a pas un chat, ou plutôt si, un seul, assoupi dans les hautes herbes du jardin d’une maison. Et quelques passants dont je n’arrive pas, puisque j’évite de les regarder avec trop d’insistance, à savoir ce qu’ils pensent de ma présence dans ce quartier ‘quelconque’ alors que le sanctuaire principal est tout proche.

promenades/Nagoya

Hatsu Ebisu – Atsuta Jingu, Nagoya

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Atsuta jingu poules sacrées
Atsuta jingu poule sacrée
Atsuta Jingu
atsuta jingu
Atsuta Jingu au Nouvel An

L’idée de me rendre au sanctuaire Atsuta-jingū (熱田神宮) m’est venue dans le train me menant à Nagoya lorsque j’ai réalisé que je n’étais pas encore allé aux hatsumōde (初詣), tradition qui veut que l’on visite temples et sanctuaires durant les premiers jours de janvier pour prier pour la santé, le bonheur et la prospérité. Cela fait maintenant quelques années que je déroge un peu au traditions. Je n’ai plus en tête l’année exacte mais lors d’un hatsumōde au temple proche de notre domicile après que la nouvelle année ait été célébrée je me suis fait agresser par un inconnu en faisant la queue pour recevoir du saké servi pour le Nouvel An avec ma famille et des amis. L’homme dans la cinquantaine qui attendait devant moi s’est soudainement retourné vers moi et a tenté de m’attraper par le col en m’insultant. Je n’ai aucune idée de ce qui a bien pu déclencher son animosité, je suppose qu’il devait être déjà ‘bien entamé’. Des personnes autour de nous avaient pris ma défense et l’homme s’était rapidement retrouvé par terre après avoir trébuche. En près de vingt ans de vie au Japon c’est la seule fois qu’un incident du genre m’est arrivé mais le fait d’avoir commencé l’année de la sorte m’avait fort attristé. Même si je doute que la personne en question se souvienne de quoique ce soit, j’évite désormais de mettre les pieds au temple autour de la nouvelle année afin de ne pas etre victime de représailles ou que sais-je, et mon ‘degré de dévotion’ en a également pris pour son grade.

Le sanctuaire Atsuta Jingū, le grand sanctuaire sacré situé au sud de Nagoya, très populaire dans la région, est connu pour être exceptionnellement fréquente pendant les trois premiers jours de la nouvelle année. Je pensais l’endroit plus calme une fois l’année entamée mais il n’en est rien, je suis très étonné par le nombre de visiteurs dés la sortie de la gare. Les dieux semblent néanmoins cette année vouloir se préoccuper de mon sort. Tout près de l’entrée du sanctuaire je tombe en effet nez à nez (ou nez à bec, du coup) avec les maîtres des lieux, deux go-shinkei (御神鶏), terme que l’on pourrait traduire par ‘poule sacrée‘. À l’origine, la poule est considérée comme un messager des dieux dans la mythologie japonaise, en faire la rencontre est donc de bonne augure. Peu d’informations circulent à leur sujet. Au nombre d’une douzaine ou peut-être moins, il ne s’agit pas de poules élevées par le sanctuaire d’Atsuta, elles se seraient installées là d’elles-mêmes au fil du temps et vivraient quelque part dans l’enceinte du sanctuaire.

Aux alentours du torii à l’entrée et même dans l’enceinte du sanctuaire sont alignés de yatai (stands ambulants de nourriture ou de jeux) et les abords du sanctuaire principal grouille de groupes d’hommes d’affaire d’une vingtaine ou trentaines de personnes. J’apprends par une série de pancartes que le sanctuaire fête le 5 janvier de chaque année le Hatsu-Ebisu (初えびす), littéralement ‘le premier Ebisu de l’année‘. Ebisu est une divinité japonaise, l’un des Sept Dieux du Bonheur, associée à la prospérité commerciale, à la pêche, aux bonnes récoltes et à la chance. Le Hatsu-Ebisu est la première célébration annuelle d’Ebisu, durant laquelle on prie pour une année prospère et favorable qui explique la présence de stands et de toute cette foule.

Je ne sais pas si c’est l’âge, mais pour être franc j’aurai préféré effectuer ma petite prière dans le calme et la sérénité. Avec tout ce brouhaha, on ne s’entend plus penser.