昼神99999 – Hirugami & Iida, Nagano

Posted by mahl on
ひるがみ茶屋
un chasse-neige Iida Nagano
une camionette verte
trois montagnes identiques derriere Hirugami Onsen
天龍峡 Tenryukyo Nagano Iida
天龍峡 Tenryukyo Nagano Iida

Quelques photos prises début mars dans la préfecture de Nagano, à Hirugami Onsen (昼神温泉), station thermale située non loin de la frontière avec Aichi. Nous y sommes venus un bon nombre de fois de par le passé et rien n’a vraiment changé si ce n’est que le restaurant de nouilles soba auquel nous avions prévu de prendre notre repas de midi vient de fermer définitivement, juste la veille. Un écriteau explique que la fermeture est due au retard de l’inauguration de la ligne Shinkansen Chūō (qui aura lieu en 2034 alors qu’elle était prévue pour 2027), la ligne ferroviaire en construction entre Tōkyō et Nagoya destinée à accueillir les trains à sustentation magnétique Maglev censée passer par la ville d’Iida, située un peu plus au nord. Dans l’après-midi nous partons ensuite en direction d’Iida pour une promenade dans la vallée de Tenryukyo (天竜峡). ll est possible de descendre la rivière en bateau mais il est déjà trop tard pour cela, nous nous baladons donc plutôt le long des falaises et traversons avec précaution le pont suspendu en bois.

A mille lieues du calme des photos ci-dessus, je découvre par hasard en rédigeant ce billet la musique chaotique du groupe japonais ผ้าอ้อม99999. Paaomu kyū kyū kyū kyū kyū (c’est apparemment ainsi que cela se lit) est un groupe expérimental formé en 2023 à Tokyo, constitué de quatre membres – Shimizu (chant, rap), Koike et Abura (basse et sampler) et Ishiyama (batterie). Leur musique mélange électro et hip hop, sons de jeux videos et musique dite 音MAD (OtoMAD), culture japonaise de remix sur internet qui consiste à découper des sons d’anime, pubs, jeux vidéo ou de videos YouTube pour les réorganiser en rythme et en faire un morceau. Ils se sont auto-attribué le terme ‘Junk pop‘ pour identifier leur style musical, et c’est également le nom de leur dernier album en date.

La musique de ‘Junk Pop’ (sorti ce mois-ci) me fait penser à ce à quoi pourrait ressembler une jam session entre Dos Monos et Niko Niko Tan Tan se mettant à faire de l’hyper pop après avoir gobé quelques pilules d’ecstasy. Les morceaux sont courts et déstructurés, comme improvisés, changeant soudainement de rythme quand on ne s’y attend pas pour laisser place à divers beuglements sur-saturés, mais le chanteur, d’une étonnante dextérité, rappe malgré tout avec un contrôle total, toujours parfaitement calé sur le rythme. Je dois en ce moment être réceptif à ce genre de musique expérimentale car depuis une dizaine de jours je me réécoute Crystal Castles (Amnesty I, 2016) ou encore Gang Gang Dance (Saint Dymphna, 2008), mais je dois concéder que l’enchaînement de titres plutôt agressifs peut avoir de quoi rebuter quand on n’est pas ‘dans le mood‘ et je serai probablement passé complètement à côté si je j’étais pas dans une période ou me défouler un peu ne fait pas de mal. On pourrait qualifier ce collage de sons et d’idées de grand n’importe quoi mais ce serait trop facile. Quand on prête attention aux paroles on comprend que rien n’est laissé au hasard et que le groupe fait dans l’auto-dérision, et je pense que le titre CAPTCHA résume le mieux la philosophie du groupe : ‘ライバルのJPOPの尺が1分30秒を切るのが普通になった頃、AIに仕事を奪われた友人がAIに慰めてもらっているらしい フランス語に’ À l’époque où il est devenu courant que les morceaux de J-pop durent moins d’une minute trente, un ami qui a perdu son travail à cause de l’IA se fait apparemment consoler par une IA.‘ Sur les treize titres que fait l’album tout les titres se valent mais outre CAPTCHA ci-dessus j’aime la rythmique très moderne et dansante de type EDM sur 忙忙忙ー忙・忙ー忙忙, qui pourrait avoir sa place dans un set de Fred again.., ou encore la technicité du flow sur 刹那の見斬り (feat. Sitissy luvit). Le groupe a participé au SUMMER SONIC 2024 et fait un passage au festival Maho Rasop en Thaïlande, dont on peut voir l’interview et un bref passage du concert ici. J’y aime beaucoup le calme des membres du groupe et la façon dont ils ne se prennent pas au sérieux alors que leur musique est déjantée. L’habit ne fait pas le moine, et ce n’est pas parce que l’on est dans la quarantaine qu’on ne peut pas apprécier ‘de la musique de jeunes’.