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musiques/Nagoya

Oyo ? – Kamiotai, Nagoya

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’Oyo ?’ est un tic de langage du personnage principal du célèbre manga de Nobuhiro Watsuki, Kenshin le vagabond (るろうに剣心, Rurōni Kenshin), l’un des premiers manga que j’ai lu avec beaucoup d’attention dans la collection Glénat. Son édition en version française débute en 1999, ce qui ne nous rajeunit pas, même si j’étais plus ou moins persuadé que je le lisais déjà alors que j’étais au lycée. L’exclamation idiomatique ‘oyo ?’ n’est plus utilisée aujourd’hui et on lui préférera ‘oya ?’ ou encore ‘are ?’. Elle exprime la surprise, la confusion ou la curiosité face à une situation inattendue, un oubli, ou une anomalie, bref, le genre de chose qui fait que l’on y regarde à deux fois. Si lors de mes balades au hasard des villes je ne m’exclame pas ‘are ?’ à tout bout de champs, j’aime apercevoir toutes sortes de petits détails autour de moi.

Ainsi, derrière le cafouillis de la devanture de magasin de la première photo de cette série se cache en fait une salle de mah-jong (jeu de société traditionnel d’origine chinoise, souvent comparé au Rami) du nom de Mājan Toyokuni. J’aime le côté très artisanal de cette façade avec ses pancartes bleues ‘TK’ faites à la main et le torii rouge miniature négligemment posé sur quelques gros cailloux à l’entrée. Plus loin, un vélo avec une étrange tête d’ours rose, une voiture entièrement recouverte d’une bâche devant une maison, la symétrie presque parfaite d’une photo brisée par la collision de quelqu’un ou quelque chose avec l’un des deux poteaux de protection bleus, ou encore ce pneu apparemment abandonné dont on ne sait pas s’il a un but ou non. Je m’invente ainsi des histoires au fil de mes promenades. Encore faut-il être réceptif, mais ce n’est pas toujours le cas et je me demande bien ce qui peut faire la différence entre une séance où je me sens inspiré et une autre où j’ai l’impression d’avoir tout simplement perdu mon temps. Le fait d’avoir le ventre plein ou pas, la fatigue accumulée, le temps ou l’influence de la musique que j’écoute en marchant ? Existe-t-il une recette miracle ?

Musicalement parlant j’écoute ces derniers temps principalement des podcasts ou des streamings. Le Nova Club de David Blot et sa bande sur Radio Nova a eu pour invité Juan Atkins, Jeff Mills ou encore Tricky. Je suis toujours fasciné par la culture musicale des membres de cette radio. Sur NTS j’écoute avec les délectation les planants mix techno-minimal de la DJ et musicienne d’origine chinoise basée a Londres Yu Su, ou encore ‘The Cure Takeover avec Robert Smith, le chanteur de The Cure, qui allie avec un étonnant éclectisme dans le même set post-rock et ‘techno de bourrin’. Et la musique japonaise dans tout cela ? Trois titres marquants de cette fin de mois :

大烏 -OoKARAS- feat. ELIM est le premier single tiré du nouvel album de DJ Krush, intitulé TOKYØHUM. Comme j’avais beaucoup apprécié son album précédent, Saisei (2024), dont je parlais ici, je suis bien content de constater que DJ Krush remet les couverts pour dix titres dans un laps de temps somme toute assez réduit. OoKARAS est dans la veine des titres de Saisei ; production léchée, le flow d’ELIM rapide mais fluide. Sa structure en trois parties lui apporte un côté cinématique fort plaisant. La coupure après le premier verset, surtout, qui part vers un son très aérien, donne l’impression de s’envoler dans les airs, ce qui est très fort à propos vu le titre de la chanson, qui signifie littéralement ‘corbeau géant’.  ELIM m’est totalement inconnu. Quelques recherches m’apprennent qu’il fait partie du collectif BASICA, une équipe de créateurs centrée autour de l’artiste ATSUKI, et travaille principalement comme rappeur et réalisateur de vidéos. Le compte Bandcamp du collectif BASICA met notamment en avant sa collaboration avec le rappeur Jinmenusagi, que l’on pouvait déjà entendre sur le précédent album de DJ Krush dans l’excellent titre 破魔矢 -Hamaya-. Une nouvelle fois, tout se recoupe et on ne peut que constater que Krush sait très bien s’entourer. A noter que le concept de ce nouvel album est le battement, le pouls de la ville. Cela m’évoque le rythme vital et l’énergie vibrante d’une métropole, quelque chose de vivant, un son brut et agressif. L’artwork, que l’on doit à un certain Taku Obata (小畑多丘, artiste contemporain principalement connu pour ses sculptures en bois, qui s’est fait remarquer par ses œuvres très reconnaissables représentant des figures humaines stylisées en mouvement, souvent inspirées de la culture hip-hop et du breakdance) me plait également beaucoup. Si l’album est à la hauteur de mes attentes et que prix est abordable je pense tenter de m’en procurer un exemplaire en vinyle. 

J’avais délaissé DÉ DÉ MOUSE depuis quelques temps, ses titres, un peu trop ‘gentillets’ à mon goût, finissant par tous se ressembler. Cela me fait donc plaisir de le voir en quelque sorte prendre une cure de jouvence avec le titre In Yr Dreams, titre porté par un beat UK garage classique sur lequel s’ajoute ce drop percutant très club, le tout donnant un titre à la fois mélancolique et plein d’élan.

Pour finir dans des rythmiques plutôt up-tempo, je ne peux que conseiller le titre Spin, de WAZGOGG & bunTes, qui mêle divinement bien rythmique électro et influence hip-hop. Ma première impression est que je ne me souviens pas de par le passé avoir vu quelqu’un manipuler de manière aussi habile à la fois boite à rythme et platines, notamment avec cette deuxième partie scratchée qui colle parfaitement sur le rythme et à l’ambiance du morceau. En faisant quelque recherches j’apprends que WAZGOGG est un DJ dans la trentaine originaire de la préfecture d’Akita. Passionné dès le collège par l’univers du DJing, il remporte en 2017 pour la première fois les sélections régionales de Tōhoku (région nord du Japon) du DMC DJ Championship, la plus prestigieuse compétition de DJ au Japon, ce qui lui ouvre les portes de la finale nationale, exploit qu’il réitère d’ailleurs l’année suivante. Comme quoi mon intuition a propos de sa dextérité était fondée  ! Depuis 2019 il a sorti plus d’une dizaine d’EP et d’albums dans un large registre allant du hip-hop, la low-fi et de l’électro. Comme pour Spin’ sur lequel bunTes, rappeur originaire de Tokyo, pose un flow fluide et sans accrocs, WAZGOGG semble collaborer avec de nombreux talentueux artistes. Il me faudra piocher au hasard dans ses nombreux morceaux. 

musiques/Nagoya

‘good stuff for good people’ – Kanayama & Sakae, Nagoya

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vélo jaune laissé à l'abandon
camion Yabaton
good stuff for good people
mur de bâtiments
mur de bâtiments
vue du haut du Chunichi Building
vue du haut du Chunichi Building

Je pars de la gare de Kanayama en direction du nord-est en suivant le tracé de la ligne Chuo JR, une longue ligne droite sur plus d’un kilomètre, jusqu’au Parc Tsuruma (鶴間公園). Le temps est maussade suite au passage du typhon Jangmi, qui aura provoqué de fortes averses, mais heureusement nous aurons été épargnes par le vent. Comme je m’y attendais un peu, l’avenue Chuo-nishi que je longe ainsi en prenant tout mon temps, est sans grand intérêt. Il suffirait sans doute de s’enfoncer dans les petites ruelles juste derrière pour y découvrir quelque petit café ou temple pittoresque mais ce sera pour une prochaine fois.

Une fois arrivé au parc il semble devoir pleuvoir à tout instant. J’avais l’intention d’acheter quelques viennoiseries et de pique-niquer en bouquinant un peu sur un banc, mais je crains d’être interrompu en pleine lecture. Puisque je suis dans le coin, j’en profite pour participer à quelques raids dans PokémonGO. En effet, le parc Tsurumai est un lieu de pèlerinage pour les joueurs. Le cœur du parc est organisé autour d’une grande fontaine circulaire, dont, vue depuis les airs, la forme évoque fortement une Poké Ball, l’objet emblématique utilisé pour capturer les Pokémon. Il n’en fallait pas plus pour que quelques jours après la sortie du jeu en 2016 l’endroit devienne un lieu de rassemblement puis de culte, et 10 ans plus tard, même en pleine semaine, c’est sans difficultés que l’on peut trouver le nombre des compagnons de jeux nécessaire pour vaincre les boss les plus costauds.

A partir du parc je décide de remonter vers Sakae dans l’intention de déjeuner dans un burger shop que j’avais repéré lors d’une précédente promenade. On pourra me faire la remarque qu’il est dommage d’être au Japon pour au final manger des plats typiquement occidentaux mais c’est plus fort que moi, je raffole de viande. Cette envie m’a longtemps fait développer ce que l’on pourrait presque appeler une addiction au MacDo, mais l’augmentation de ses prix ces derniers temps est telle que j’ai commencé à me dire qu’il valait encore mieux payer mon burger un poil plus cher mais au moins profiter d’une meilleure qualité. C’est ainsi qu’une fois par mois je finis dans un resto à burger, cette fois au BURGERSTAND have a good time. Comme il n’est pas encore midi je suis le seul client. Il n’y a que deux employés. Celui qui prend les commandes doit avoir autour de 25 ans, l’autre, qui prépare les plats et que je suppose être le gérant doit dépasser de peu la trentaine. Je décide de m’assoir au comptoir. Une fois servi je dévore mon cheeseburger, délicieux quoique manquant un peu de volume, mais je suis surtout captivé par le fond sonore. Je suis très surpris car c’est bien la première fois que j’entends de l’IDM dans un restaurant. Je crois vaguement reconnaitre un morceau de style glitch du label Mille Plateaux de la fin des années 90. Akufen ou Alva Noto peut-être ? Je télécharge et lance l’application Shazaam pour en avoir le coeur net mais le niveau sonore est trop faible pour que le titre soit reconnu, et de toute façon cela m’étonnerait qu’il soit dans ses archives. Les deux serveurs attendent leur prochain client. Le plus âgé, debout devant moi, pianote doucement des doigts sur le comptoir et bouge parfois la tête en rythme. J’en déduis qu’amateur du genre c’est lui qui est l’auteur de cette playlist. Le titre suivant, dans sa structure (toute relative) et ses sonorités, pourrait être un titre d’Autechre, mais je n’en suis pas certain. Peut-être s’agit-il d’un titre des albums Quaristice (2008) ou Exai (2013), que je connais moins bien parce qu’il m’ont laissé indifférents par rapports à d’autres. Sur mon petit nuage je déguste mon burger et la musique. Une fois terminé j’hésite à adresser la parole au Dj/cuistot. Je ne veux pas le déranger, mais surtout je crains le malaisant silence de notre conversation si jamais il s’avère je me suis trompé sur toute la ligne. Quoiqu’il en soit midi sonne, les jeunes cadres des bureaux alentours font leur apparition et le charme est rompu. Dommage, mais je me dis que cela me fera une occasion de revenir.

Une fois à Sakae je grimpe une nouvelle fois à la terrasse du 7eme étage du Chunichi Building. Une partie de sa façade ne fait qu’apparaître sur la dernière photo de cette série, mais The Landmark Nagoya Sakae, désormais plus haut immeuble de Nagoya du haut de ses 41 étages et 211 mètres, attend l’ouverture de ses portes le 11 juin. Pour être franc mon intérêt est moindre. Il comportera notamment le shopping center HAERA-Parco et un complexe TOHO Cinemas, mais vu de l’extérieur le bâtiment en lui même n’a rien d’exceptionnel et l’on n’y trouvera encore et toujours que les même grandes enseignes internationales qui ont déjà pignon sur rue aux alentours de la gare de Nagoya. Je me glisserai peut-être une fois à l’intérieur une fois que la première vague sera passée.

musiques/Nagano

昼神99999 – Hirugami & Iida, Nagano

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ひるがみ茶屋
un chasse-neige Iida Nagano
une camionette verte
trois montagnes identiques derriere Hirugami Onsen
天龍峡 Tenryukyo Nagano Iida
天龍峡 Tenryukyo Nagano Iida

Quelques photos prises début mars dans la préfecture de Nagano, à Hirugami Onsen (昼神温泉), station thermale située non loin de la frontière avec Aichi. Nous y sommes venus un bon nombre de fois de par le passé et rien n’a vraiment changé si ce n’est que le restaurant de nouilles soba auquel nous avions prévu de prendre notre repas de midi vient de fermer définitivement, juste la veille. Un écriteau explique que la fermeture est due au retard de l’inauguration de la ligne Shinkansen Chūō (qui aura lieu en 2034 alors qu’elle était prévue pour 2027), la ligne ferroviaire en construction entre Tōkyō et Nagoya destinée à accueillir les trains à sustentation magnétique Maglev censée passer par la ville d’Iida, située un peu plus au nord. Dans l’après-midi nous partons ensuite en direction d’Iida pour une promenade dans la vallée de Tenryukyo (天竜峡). ll est possible de descendre la rivière en bateau mais il est déjà trop tard pour cela, nous nous baladons donc plutôt le long des falaises et traversons avec précaution le pont suspendu en bois.

A mille lieues du calme des photos ci-dessus, je découvre par hasard en rédigeant ce billet la musique chaotique du groupe japonais ผ้าอ้อม99999. Paaomu kyū kyū kyū kyū kyū (c’est apparemment ainsi que cela se lit) est un groupe expérimental formé en 2023 à Tokyo, constitué de quatre membres – Shimizu (chant, rap), Koike et Abura (basse et sampler) et Ishiyama (batterie). Leur musique mélange électro et hip hop, sons de jeux videos et musique dite 音MAD (OtoMAD), culture japonaise de remix sur internet qui consiste à découper des sons d’anime, pubs, jeux vidéo ou de videos YouTube pour les réorganiser en rythme et en faire un morceau. Ils se sont auto-attribué le terme ‘Junk pop‘ pour identifier leur style musical, et c’est également le nom de leur dernier album en date.

La musique de ‘Junk Pop’ (sorti ce mois-ci) me fait penser à ce à quoi pourrait ressembler une jam session entre Dos Monos et Niko Niko Tan Tan se mettant à faire de l’hyper pop après avoir gobé quelques pilules d’ecstasy. Les morceaux sont courts et déstructurés, comme improvisés, changeant soudainement de rythme quand on ne s’y attend pas pour laisser place à divers beuglements sur-saturés, mais le chanteur, d’une étonnante dextérité, rappe malgré tout avec un contrôle total, toujours parfaitement calé sur le rythme. Je dois en ce moment être réceptif à ce genre de musique expérimentale car depuis une dizaine de jours je me réécoute Crystal Castles (Amnesty I, 2016) ou encore Gang Gang Dance (Saint Dymphna, 2008), mais je dois concéder que l’enchaînement de titres plutôt agressifs peut avoir de quoi rebuter quand on n’est pas ‘dans le mood‘ et je serai probablement passé complètement à côté si je j’étais pas dans une période ou me défouler un peu ne fait pas de mal. On pourrait qualifier ce collage de sons et d’idées de grand n’importe quoi mais ce serait trop facile. Quand on prête attention aux paroles on comprend que rien n’est laissé au hasard et que le groupe fait dans l’auto-dérision, et je pense que le titre CAPTCHA résume le mieux la philosophie du groupe : ‘ライバルのJPOPの尺が1分30秒を切るのが普通になった頃、AIに仕事を奪われた友人がAIに慰めてもらっているらしい フランス語に’ À l’époque où il est devenu courant que les morceaux de J-pop durent moins d’une minute trente, un ami qui a perdu son travail à cause de l’IA se fait apparemment consoler par une IA.‘ Sur les treize titres que fait l’album tout les titres se valent mais outre CAPTCHA ci-dessus j’aime la rythmique très moderne et dansante de type EDM sur 忙忙忙ー忙・忙ー忙忙, qui pourrait avoir sa place dans un set de Fred again.., ou encore la technicité du flow sur 刹那の見斬り (feat. Sitissy luvit). Le groupe a participé au SUMMER SONIC 2024 et fait un passage au festival Maho Rasop en Thaïlande, dont on peut voir l’interview et un bref passage du concert ici. J’y aime beaucoup le calme des membres du groupe et la façon dont ils ne se prennent pas au sérieux alors que leur musique est déjantée. L’habit ne fait pas le moine, et ce n’est pas parce que l’on est dans la quarantaine qu’on ne peut pas apprécier ‘de la musique de jeunes’.

musiques/Aichi

Flying above Handa

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Handa, Aichi
Handa, Aichi
Handa, Aichi
Handa, Aichi
Handa, Aichi
Handa, Aichi

La série de billets à propos de mon voyage à Séoul risquant de s’étaler encore sur plusieurs épisodes, il me semble judicieux afin de ne pas trop ennuyer le lecteur de les entrecouper de promenades en terres nippones, qui sont après tout le thème de ce blog. Qu’il serait plaisant néanmoins de pouvoir dire que le thème principal de ce blog serait mes pérégrinations dans le monde entier …

Courte balade à Handa (半田市), à une vingtaine kilomètres au sud de chez nous. Pas vraiment le grand dépaysement, bien que le temps doux de ce début de matinée soit bien agréable. Bien que l’endroit soit calme, je décide d’écouter malgré tout de me balader accompagné de musique. Apple Music me propose un mix intitulé Fitness:Yoga‘. D’habitude ce n’est vraiment pas le genre de mix qui m’intéresse mais celui-ci semble avoir été compilé par le producteur californien Flying Lotus, ce qui ne peut être que gage de qualité. Je reconnais un titre de Nala Sinephro, dont j’avais parlé il y a quelques temps, et par moment l’un ou l’autre fragment de morceau dont je suis à peu près certain qu’il a de par le passé été samplé par FlyLo dans ses productions, sans pouvoir dire exactement lesquelles. Les titres s’enchaînent tout en douceur, bien loin des morceaux déstructurés et agressifs auquel il nous avait habitués. Léger, j’ai l’impression de flotter au dessus de la ville, de la contempler du ciel.

La ville d’Handa est célèbre pour ses dashi matsuri (山車祭り), processions de chars en bois décorés appelés dashi. Ces chars sont considérés comme des véhicules sacrés destinés à accueillir les divinités lors des festivités, et sont tirés à travers les rues par les habitants. En dehors des fêtes ils sont entreposés dans de hauts hangars dont le rideau de fer est flanqué en gigantesques caractères du nom du char et de la communauté auquel il appartient. Comme il fallait s’y attendre on peut trouver un site (partiellement en anglais) répertoriant les 406 chars que l’on peut trouver dans la préfecture d’Aichi. J’en suis presque rassuré, cela m’aura ôté l’envie de le faire moi-même.

musiques/Nagoya

Kurayamisaka super rookie – Meieki, Nagoya

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meieki
reflets du HAL
meieki
ombres sur un rideau de fer
laveur de vitres building
chantier près de la gare de Nagoya

Je ressors des photos prises vers la mi-décembre autour de la gare de Nagoya car je n’ai pas encore pris la moindre photo depuis le début de l’année. Le fait qu’avec les enfants en vacances je n’ai pas eu l’opportunité de me balader n’est pas un prétexte. Le froid est tout simplement trop vif et j’ai rapidement les doigts gelés, et cela depuis tout petit. Je me souviens très clairement à l’école primaire être incapable en hiver d’écrire quoique ce soit même dix minutes après la récréation, ce qui était particulièrement pénible quand il y avait un examen ou une dictée. Bref.

Musicalement parlant en tout cas, l’année commence merveilleusement bien. C’est mon fils aîné qui m’a conseillé l’album ‘kurayamisaka yori ai wo komete‘ du groupe de rock alternatif ‘Kurayamisaka‘. ‘Tu vas aimer, c’est la réincarnation de Supercar‘, me dit-il. Supercar, rien que ça !? Le best-of du groupe, ‘16/50 1997-1999‘ (’03), fait partie des cinq ou six cds qui ont leur place dans la boîte à gants de la voiture. Nous l’avons tant écouté en voiture que nous en connaissons par coeur les paroles des premiers morceaux, et ‘Cream soda‘ ou ‘Lucky‘ sont pratiquement des hymnes nationaux de notre ‘clan’ ! J’apprécie énormément ce groupe et j’ai toujours été déçu de ne l’avoir découvert que peu avant leur séparation en 2005 via leur participation à la bande originale du film ‘Ping Pong‘ (’02). Sa musique est étroitement liée aux premières années au Japon et tient une part important dans ce que j’aime appeler ma ‘mémoire musicale’.

Le groupe Kurayamisaka (qui se prononce kurayamizaka) a été formé fin 2021 à Tōkyō, et est constitué de cinq membres. Le groupe sort en 2022 un premier single (‘farewell‘) suivi d’un mini-album constitué de 6 titres intitulé ‘kimi wo omotte iru‘. Sortent ensuite deux double-singles que l’on retrouvera dans leur premier album, puis le groupe apparait au FUJI ROCK FESTIVAL’24 ROOKIE A GO-GO, la rampe de lancement des nouveaux groupes vers la scène musicale. Consécration, l’année suivante, le groupe gagne sa place au festival Fuji Rock en juillet et sort dans la foulée son premier album ‘kurayamisaka yori ai wo komete‘, en septembre dernier.

L’album entre dans le vif du sujet de très belle manière dés le premier morceau, kurayamisaka yori ai wo komete, qui dans sa construction et de par l’énergie qui s’en dégage donne l’impression qu’il pourrait être à la fois la première et la dernière chanson du groupe, comme si le groupe y avait insufflé tout son être. Le ‘Ai o komete‘ du titre signifiant ‘avec tout mon amour‘, peut-être que je n’exagère pas tant que cela et que mon interprétation est correcte. J’aime beaucoup l’introduction tout en douceur puis la manière dont tout les instruments se déchaînent après que la chanteuse, Sachi Naito (内藤さち), ait comme donné vie au groupe, en poussant ce ‘ha‘ dont on ne sait pas s’il s’agit d’une inhalation ou d’une exhalation mais qui agit comme un détonateur d’explosion, un big bang qui serait le point de départ de toute chose. J’ai trouvé un blog tenu par le guitariste et leader du groupe, Shimizu Shōtaro (清水 正太郎), qui explique que la démo du morceau a été finalisée en juillet 2023. Il en parle comme étant un tournant décisif, dit que grâce à cette chanson, la vision d’ensemble de l’album est devenue nettement plus précise, qu’elle a mis le groupe sur les rails.

Le deuxième titre ‘metro‘ est plus conventionnel mais tout aussi efficace. Son dynamisme fait que malgré qu’il soit plus long que le morceau précédent, il file en un instant, comme un générique d’ouverture d’anime. Vient ensuite mon morceau préféré de l’album, ‘Sunday Driver‘. J’exulte, j’en pleure presque de joie ! Avec l’intro et ses guitares abrasives j’ai dés les premières notes l’impression d’écouter un nouveau morceau de Supercar. L’étonnante brièveté du premier couplet fait que l’on se prend sans préavis le refrain en pleine figure, c’est absolument jouissif, j’en ai eu la chanson en tête pendant les trois jours suivants. C’est Shimizu qui pose sa voix sur le morceau suivant, ‘modify Youth‘. Sa manière nonchalante de chanter me fait évidemment penser à la voix de Kōji Nakamura (中村弘二), le leader de Supercar. Je regrette qu’on ne l’entende pas un peu plus par la suite dans l’album, car si de fait les quelques morceaux qui suivent sont tous de très bonne facture, leur schéma se ressemble un peu et une alternance des voix aurait donné un peu plus de pêche à certains morceaux. Il n’empêche que ‘nameless‘ et surtout ‘evergreen‘, les deux morceaux qui suivent, sont deux très beaux morceaux qui sentent bon les belles soirées de fin d’été en bord de mer – et ce n’est pas moi qui le dit, c’est explicitement décrit dans les paroles dés le début de ‘evergreen‘. ‘Sekisei inko‘ est musicalement plus chargé, on y retrouve riffs de guitares efficaces et solo divers. Dans le premier couplet la chanteuse inspire profondément avant chaque phrase. Je ne sais pas si cela a une signification quelconque mais en fin de compte je n’entends plus que cela. J’ai cru lire quelque part que le groupe citait le groupe anglais Muse comme source d’inspiration, je me demande s’il y a un quelconque rapport ou une influence dans la façon dont Matthew Bellamy happe de l’air avec grand bruit entre chaque phrase dans le titre ‘New Born‘ qui ouvre l’album culte ‘The Origin of Symmetry‘.

Le refrain de ‘weather lore‘ avec son côté dramatique (emoi, comme on dit) est très beau mais dans l’ensemble le morceau sonne un peu creux par rapport aux autres. L’instrumentation de ‘Highway‘ (ハイウェイ) est très fluide, elle enveloppe l’auditeur, mais le son manque de saveur, il est trop teinté de pop à mon goût. ‘Theme (kurayamisaka yori ai wo komete)‘, est un agréable petit interlude à la guitare acoustique qui permet de reprendre des forces pour attaquer ‘jitensha‘, morceau très efficace mais sans grande particularité. On finit l’album en courant à toute haleine avec ‘Anata ga umareta hi ni‘ (あなたが生まれた日に), morceau au rythme rapide, proche du punk rock. Le morceau précédent finissant en fade out, l’intensité n’en est que plus accentuée encore. J’aime beaucoup la seconde moitié du morceau avec ce mélange de guitares et de voix pré-enregistrées déformées, puis les derniers coups de batterie saturés à outrance, qui sonnent comme ceux de quelqu’un à bout de force et qui y met toute son âme, qui viennent ponctuer la fin du morceau.

Même si il y a des hauts et des bas et que le groupe tombe parfois dans la facilité avec l’un ou l’autre morceau qui manque de personnalité par rapport au reste, pour un premier album il est d’une qualité exceptionnelle. Le groupe a une image et une identité qui lui est propre et la trame musicale de l’album est cohérente. Je n’ai pas cherché à lire l’intégralité de l’article sur l’album afin de pouvoir l’interpréter sans être influencé par celui-ci, mais il ne fait nul doute que plusieurs écoutes seront nécessaires pour en saisir les détails et les subtilités. Le groupe est en tournée à travers le Japon jusqu’en juillet, je me laisse donc un peu de temps pour digérer cette découverte et me tourner vers les débuts et autres performances live du groupe disponibles sur internet. Après un tel départ je me demande cependant comment Kurayamisaka va négocier son deuxième album. Un album identique à celui-ci me lasserait quelque peu, j’espère y entendre quelques influences électro. A suivre donc.

kurayamisaka
kurayamisaka yori ai wo komete (2025)
12 titres, 46 minutes

(Tout commentaire ou impression est la bienvenue. N’hésitez pas !)

musiques/Aichi/daydreamin'

Failing into fail

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voiture jaune devant maison faite de tuiles
vélo derrière une vitre
maison en bois a Gamagori
fleurs en plastique Gamagori
magasin aux volets fermés Gamagori
garage a char dashi

Fuir la ville et me perdre dans les petites rues de villages inconnus. Ces deniers temps mon oeil est attiré par des détails : Des couleurs, des ombres, des thèmes récurrents, ces petites choses du quotidien que l’on ne trouve qu’ici mais que l’on ne remarquera qu’une fois retombée l’extase et l’excitation que suscitent temples, châteaux et autres néons lumineux des métropoles japonaises. Le quotidien n’est pas synonyme d’ennui, d’ailleurs, quand on ouvre l’oeil les journées ne se ressemblent jamais vraiment. Les saisons passent, la lumière varie. Les plantes poussent, les objets rouillent, se désagrègent, changent de place ou sont remplacés.

J’écris ces quelques lignes en écoutant le très beau et reposant album d’ambient-pop/electro intitulé Falling into Fall des compères danois Frederik Valentin & Emil F, deux artistes que je ne connaissais pas encore il y a de cela trente minutes. Je suis tombé sur cette petite pépite en fouinant dans le torrent de nouveautés hebdomadaires que propose Apple Music, liste que je passe au peigne fin quand mon appétit est particulièrement vorace, que j’engloutis singles, EPs et albums tout genres confondus sans mâcher ni mastiquer. Si je n’écoute que deux ou trois morceaux quand la recette est particulièrement fade ou trop salée, de temps en temps de nouvelles saveurs jusqu’alors inconnues viennent me titiller les babines et j’en redemande encore et encore, et n’en laisse pas une miette.

musiques/Aichi

Dark Black Sea Glide – Gamagori, Aichi

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Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island Torii pigeons
Gamagori Takeshima Island torii
Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island Classic Hotel

De nombreux détours et autant de photos prises plus tard, j’arrive finalement à l’objectif de ma balade qu’est l’île de Takeshima. L’île de Takeshima est une petite île inhabitée, située dans la baie de Mikawa, reliée au continent par un pont piétonnier de 387 mètres. Elle abrite le pittoresque sanctuaire Yaotomi, seul bâtiment présent sur l’île, qui est l’un des sept sanctuaires du Japon dédié à la déesse bouddhiste Benten, la déesse de la musique et des artistes. L’île est désignée comme monument naturel national depuis 1930. On en fait le tour en quinze ou trente minutes selon que l’on veuille profiter ou non de l’endroit.

Je ne m’attarde pas au sanctuaire censé favoriser ‘l’harmonie conjugale‘. La dernière fois que nous étions venus ensemble ici, l’île avait été le théâtre d’une mémorable dispute – sujet dont nous rions désormais. Mon sanctuaire à moi se trouve un peu plus loin, tout au bout de l’île, à l’opposé du pont. Contempler la mer – ici, la baie de Mikawa – m’apporte cette paix intérieure que d’autres trouvent dans la prière, même si la vue est moins vaste que celle que l’on peut admirer depuis Shizuoka ou Fukui. De fil en aiguille j’en viens à me remémorer les superbes photos en noir et blanc de l’Ocean Pacifique de fgautron prises à Kanagawa, et de là le long morceau de 23 minutes Dark Sea de Chihei Hatakeyama (畠山地平), qui colle si parfaitement aux images. Ce morceau me fascine, on a l’impression qu’il n’est constitué que d’une seule note étirée à l’infini. Peut-être est-ce justement ce parallélisme qui épouse si bien le thème de la mer, immense et sans fin ? Je suis ramené à la réalité par les cris et les rires d’une cinquantaine d’écoliers en excursion scolaire. Ils sont tout excités, pour eux, l’île est sans doute un terrain de jeux et synonyme d’aventure et de mystère. Je remarque encore une fois qu’avec l’âge, on s’assagit.

La rédaction de cet article m’amène à réécouter Dark Sea bien entendu, mais aussi le somptueux titre Glide sur l’album ‘Black Sea’ par le guitariste et compositeur autrichien spécialisé dans la musique électronique, Fennesz. Je crois que c’est son titre que je préfère, il est doté à la fois d’une beauté et d’une violence inouïe et me rappelle d’agréables souvenirs de moi et mon collègue M.Itō faisant hurler Glide en voiture au retour du concert de Fennesz à Nagoya en 2009, presque en pleurs tout les deux. Ce gars était doté d’une culture musicale rare et d’une soif de découvertes insatiable, c’était avec grand plaisir que nous nous échangions nos découvertes et nos opinions. Son changement de poste quelques années plus tard a été pour moi un épouvantable choc. Hormis quelques personnes restées au pays et l’un ou l’autre camarade de fac, je n’ai à part fgautron cité ci-dessus pas encore réussi à trouver au Japon d’autres personnes à qui la musique tient autant à coeur qu’à moi … Il y a tout juste un an, France Musique lui consacrait un documentaire (à Fennesz hein, pas à M.Itō !) que je vais m’empresser d’écouter.

musiques/Nagoya

‘Donne-moi du rêve’ – Hoshigaoka, Nagoya

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statue
quartier de Hoshigaoka
Aichi Prefectural Aichi High School of Technology and Engineering
Higashiyama Sky Tower
rue dans le quartier de Hoshigaoka
Une rue dans le quartier de Hoshigaoka
quelques plantes devant une maison

L’origine du nom du quartier ‘Hoshigaoka(星が丘), quartier situé dans le quartier de Chikusa au nord-est de Nagoya, remonterait à 1955. Lorsqu’il entama la construction d’un complexe d’habitation (団地), la Japan Housing Corporation‘, (devenue depuis l’Urban Renaissance Agency (UR) UR都市機構), organisme fondé afin de résoudre la pénurie d’habitations dans l’après-guerre, lui aurait attribué ce nom parce qu’il s’agissait de l’endroit le plus élevé parmi les complexes résidentiels de la ville de Nagoya. Hoshigaoka aurait pour signification ‘la colline la plus proche des étoiles, où brillent de magnifiques étoiles’ 「星にもっとも近く、輝く星の美しい丘」. Si le slogan peut aujourd’hui paraître exagéré ou démodé il ne faut pas oublier que le pays est alors en pleine reconstruction, les gens veulent du rêve !

Vu le temps couvert ce n’est pas aujourd’hui que l’on verra les étoiles. Tout en marchant le long de la bruyante artère principale qui traverse le quartier j’écoute depuis tout à l’heure 2 Tired‘, le dernier single du Dj et producteur canadien dj_2button, sorti récemment. Une fois habitué à cette dérangeante voix distordue pitchée et strechée, la régularité du rythme de base tout au long de ce morceau de plus de sept minutes résonne en moi comme une force incontrôlable qui me force à marcher au pas, dans mon élan je dois presque me faire violence pour m’arrêter et prendre mes photos. Le quartier est vallonné et couvert d’une verdure abondante où que l’on soit. Le zoo de Higashiyama est tout proche, la pointe de la tour d’observation Higashiyama Sky Tower apparait de temps en temps derrière d’énormes rangées de buissons et d’arbres. Même le lycée technique Aichi Prefectural Aichi High School of Technology and Engineering, ouvert en 2016, associe de manière très naturelle béton et végétal. Je me fais la remarque que les ruelles et leurs escaliers en pente raide ont quelque chose de typiquement japonais. Je m’y engouffre et coupe le son pour trouver le calme des quartiers résidentiels.

livres/musiques/Nagoya

今日は何か変だな(freezing cold) – Komaki & Sakae

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Il a fait très froid la semaine dernière, il a même neigé pendant la nuit. Comme souvent, la neige a disparu dans l’après-midi, laissant le temps aux enfants de s’y amuser pendant la matinée. Je dois ce jour-là me rendre de bon matin à Komaki (小牧), ville industrielle au nord de Nagoya. Peut-être parce que les montagnes sont toutes proches, le froid y est encore plus vif qu’autour de chez nous. Je pensais profiter d’être dans le coin pour faire un tour à l’aéroport de Nagoya, mais l’environnement hostile m’a bien vite découragé, c’est donc au centre de Nagoya que je cherche refuge. Alors qu’à son ouverture les gens faisaient la queue pour y entrer, je trouve immédiatement un siège de libre au Blue Bottle Coffee au premier étage du Chunichi Building, où je me réchauffe en dégustant un double expresso au goût très prononcé qui me rappelle celui bu dans les cafés lors de mon séjour en Europe le mois dernier. J’attends ainsi patiemment l’ouverture de la libraire henn books (ヘンブックス), situé à quelques blocs de là. Les publications de cette librairie ont commencé à apparaître sur mon fil Instagram il y a deux mois et l’algorithme m’a eu à l’usure. Il n’en est fait aucune mention nulle part mais je ne peux m’empêcher de penser que le ヘン (henn) provient de d’idéogramme 変 qui se lit signifie hen et signifie changement, étrange, fait qui attise grandement ma curiosité.

L’entrée de l’immeuble est tellement discrète que je passe une première fois devant sans la remarquer. Un étroit corridor, au bout une cage d’escalier que l’on se sent obligé de gravir sans faire le moindre bruit tant l’endroit semble infréquenté. La librairie porte bien son nom sous bien des aspects. La forme de la pièce me fait penser à un hexagone dont chaque côté serait d’une taille différente. Le magasin est autonome, il n’y a pas de personnel et la caisse n’accepte que les moyens de paiements électroniques. Un petit écran répète en boucle une histoire de meurtre irrésolu sur un fond de musique mystérieuse. Les étagères remplissent jusqu’au plafond le pan de chaque mur et on y trouve tout ce que la littérature peut compter comme polars et autres romans mystérieux. Une place particulière est attribuée à Ranpō Edogawa (江戸川 乱歩, 1894-1965) qui est en fait la transposition en phonétique japonaise du nom d’Edgar Allan Poe (1809-1849) エドガー・アラン・ポー, Edogā Aran Pō) ainsi qu’à un certain Fuboku Kosakai (小酒井 不木, 1890-1929). Comme souvent lorsque je pars (involontairement) à l’aventure dans de nouveaux domaines tout semble se recouper en un seul point puisque je suis justement en train de lire une nouvelle de l’écrivain et traducteur Seiji Tanizaki (谷崎精二, 1890-1971), qui se trouve être le principal traducteur vers le japonais des romans de Poe.

Autant je connais Edogawa pour avoir lu en partie ses oeuvres en français et avoir notamment été marqué par ‘la chaise humaine’, je n’ai jamais entendu parler de Kosakai, bien qu’il semble avoir eu une influence non moins importante dans le domaine du roman policier puis de la science fiction au Japon. Apparemment celui-ci serait né en 1890 à Kanie dans la préfecture d’Aichi et aurait également vécu au Parc Tsuruma, non loin de la librairie. Me voila de nouveau avec nouvelles choses à découvrir …

今日は何か変だな (Kyo ha nani ka hen da na), drôle de journée. Hen, encore une fois … Voilà plus de deux semaines que je ne cesse d’écouter en boucle le titre ‘Movie Light‘ de la chanteuse Satoko Shibata (柴田聡子). Cette chanson a quelque chose d’ensorcelant … de bizarre. Elle est imprégnée à la fois de tristesse et de mélancolie, mais également de douceur, de chaleur et de lumière. En l’écoutant j’ai l’impression de danser un dernier slow avec un être aimé à la terrasse d’un café situé en bord de mer en sachant que nous devrons nous quitter pour toujours le lendemain. J’y aime beaucoup la ligne de basse tout en légèreté, la manière dont la batterie entre puis s’efface, la voix douce, par endroit susurrée presque, au point que la dernière syllabe de certains mots n’est qu’à peine perceptible. Apparue dans mes suggestions sur Last.fm par un froid matin d’hiver en me préparant pour aller au travail, cette chanson m’aura apporté un peu de chaleur et de réconfort pendant ce mois de février difficile. Movie Light est le titre qui ouvre l’album ‘Your favorite things‘ sorti l’année dernière, après une ouverture aussi grandiose et théâtrale la suite de l’album est a mon goût un peu fade, ou alors faut-il tout simplement attendre que la magie s’estompe pour y jeter une oreille attentive.

musiques/Nagoya

‘Les temps, comme les oeufs, sont durs’ – Kanayama, Nagoya

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Je n’ai pas mis les pieds à Nagoya depuis plus d’un mois et les photos de cette série font partie des dernières photos prises en dehors de celles de l’ascension du Mont Fuji, qui suivront peut-être l’un de ces jours.

Après les avoir photographiées en novembre 2021, en mai 2022 et en mai 2023, je fais un détour pour voir dans quel état son ‘mes’ plantes près de la gare de Kanayama. Les plants en pots sur la droite semblent comme bousculés, oppressés, étouffés par une variété de plante sortie de nulle part, qui, prenant toute la place, les obligent à se pencher en avant, à pousser vers le sol, le dos courbé. De la haie aux contours hirsutes sur la gauche trois tiges grimpent le long du mur. L’une d’elles atteint désormais la fenêtre à l’étage, je ne peux m’empêcher de penser que dans un acte de voyeurisme délibéré elle tend son cou par dessus le rideau pour mieux y voir à l’intérieur.

Si je choisis ces photos après deux semaines sans signe de vie, c’est qu’elles sont assez représentatives de mon état actuel. Je suis bousculé en tout sens par tout ce qui se passe autour de moi, étouffé par la chaleur de ce mois d’août interminable. Amorphe, incapable d’entreprendre quoique ce soit, j’ai regardé dans des positions qui m’ont values de pénibles douleurs aux dos les épreuves des JO de Paris pendant des dizaines d’heures tout et scrollant des milliards de reels et autres vidéos débiles.

Le bilan musical de cet été est à peine plus glorieux. Si je ne devais citer qu’un seul titre, ce serait ナイトグロウ (Night glow) de l’artiste nommé 東京真中 (Tokyomanaka), dont le grain dans la voix et l’articulation particulière a retenue mon attention. Curieuse sensation que de clairement ressentir que cette voix a été trafiquée et n’est pas naturelle mais que cela lui donne malgré tout un certain charme. True Magic, album du producteur autrichien basé a Manchester Salute, est à peu près le seul album a avoir tourné en boucle. Les années passent et rien n’y fait, chaque été je ressens une irrémédiable envie d’écouter de la house music. Rythmes simples et entrainants, basses bien senties, qu’il s’agisse de She knows you de DJ Tonka en 1998 ou donc de ‘True Magic‘, chaque année la magie s’opère et le coeur se fait plus léger. Si rien n’est à jeter en dehors du titre ‘Go!‘, seul bémol en milieu d’album avec la rappeuse japonaise Minami Nakamura qui m’irrite les oreilles, ce sont les deux titres Saving flowers avec Rina Sawayama et surtout One of those nights, qui, tels des phares dans la nuit, me sauvent du naufrage.

Patience ! Septembre est au pas de la porte, les enfants vont retourner à l’école et je vais pouvoir reprendre une activité normale