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musiques/Nagoya

Kurayamisaka super rookie – Meieki, Nagoya

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meieki
reflets du HAL
meieki
ombres sur un rideau de fer
laveur de vitres building
chantier près de la gare de Nagoya

Je ressors des photos prises vers la mi-décembre autour de la gare de Nagoya car je n’ai pas encore pris la moindre photo depuis le début de l’année. Le fait qu’avec les enfants en vacances je n’ai pas eu l’opportunité de me balader n’est pas un prétexte. Le froid est tout simplement trop vif et j’ai rapidement les doigts gelés, et cela depuis tout petit. Je me souviens très clairement à l’école primaire être incapable en hiver d’écrire quoique ce soit même dix minutes après la récréation, ce qui était particulièrement pénible quand il y avait un examen ou une dictée. Bref.

Musicalement parlant en tout cas, l’année commence merveilleusement bien. C’est mon fils aîné qui m’a conseillé l’album ‘kurayamisaka yori ai wo komete‘ du groupe de rock alternatif ‘Kurayamisaka‘. ‘Tu vas aimer, c’est la réincarnation de Supercar‘, me dit-il. Supercar, rien que ça !? Le best-of du groupe, ‘16/50 1997-1999‘ (’03), fait partie des cinq ou six cds qui ont leur place dans la boîte à gants de la voiture. Nous l’avons tant écouté en voiture que nous en connaissons par coeur les paroles des premiers morceaux, et ‘Cream soda‘ ou ‘Lucky‘ sont pratiquement des hymnes nationaux de notre ‘clan’ ! J’apprécie énormément ce groupe et j’ai toujours été déçu de ne l’avoir découvert que peu avant leur séparation en 2005 via leur participation à la bande originale du film ‘Ping Pong‘ (’02). Sa musique est étroitement liée aux premières années au Japon et tient une part important dans ce que j’aime appeler ma ‘mémoire musicale’.

Le groupe Kurayamisaka (qui se prononce kurayamizaka) a été formé fin 2021 à Tōkyō, et est constitué de cinq membres. Le groupe sort en 2022 un premier single (‘farewell‘) suivi d’un mini-album constitué de 6 titres intitulé ‘kimi wo omotte iru‘. Sortent ensuite deux double-singles que l’on retrouvera dans leur premier album, puis le groupe apparait au FUJI ROCK FESTIVAL’24 ROOKIE A GO-GO, la rampe de lancement des nouveaux groupes vers la scène musicale. Consécration, l’année suivante, le groupe gagne sa place au festival Fuji Rock en juillet et sort dans la foulée son premier album ‘kurayamisaka yori ai wo komete‘, en septembre dernier.

L’album entre dans le vif du sujet de très belle manière dés le premier morceau, kurayamisaka yori ai wo komete, qui dans sa construction et de par l’énergie qui s’en dégage donne l’impression qu’il pourrait être à la fois la première et la dernière chanson du groupe, comme si le groupe y avait insufflé tout son être. Le ‘Ai o komete‘ du titre signifiant ‘avec tout mon amour‘, peut-être que je n’exagère pas tant que cela et que mon interprétation est correcte. J’aime beaucoup l’introduction tout en douceur puis la manière dont tout les instruments se déchaînent après que la chanteuse, Sachi Naito (内藤さち), ait comme donné vie au groupe, en poussant ce ‘ha‘ dont on ne sait pas s’il s’agit d’une inhalation ou d’une exhalation mais qui agit comme un détonateur d’explosion, un big bang qui serait le point de départ de toute chose. J’ai trouvé un blog tenu par le guitariste et leader du groupe, Shimizu Shōtaro (清水 正太郎), qui explique que la démo du morceau a été finalisée en juillet 2023. Il en parle comme étant un tournant décisif, dit que grâce à cette chanson, la vision d’ensemble de l’album est devenue nettement plus précise, qu’elle a mis le groupe sur les rails.

Le deuxième titre ‘metro‘ est plus conventionnel mais tout aussi efficace. Son dynamisme fait que malgré qu’il soit plus long que le morceau précédent, il file en un instant, comme un générique d’ouverture d’anime. Vient ensuite mon morceau préféré de l’album, ‘Sunday Driver‘. J’exulte, j’en pleure presque de joie ! Avec l’intro et ses guitares abrasives j’ai dés les premières notes l’impression d’écouter un nouveau morceau de Supercar. L’étonnante brièveté du premier couplet fait que l’on se prend sans préavis le refrain en pleine figure, c’est absolument jouissif, j’en ai eu la chanson en tête pendant les trois jours suivants. C’est Shimizu qui pose sa voix sur le morceau suivant, ‘modify Youth‘. Sa manière nonchalante de chanter me fait évidemment penser à la voix de Kōji Nakamura (中村弘二), le leader de Supercar. Je regrette qu’on ne l’entende pas un peu plus par la suite dans l’album, car si de fait les quelques morceaux qui suivent sont tous de très bonne facture, leur schéma se ressemble un peu et une alternance des voix aurait donné un peu plus de pêche à certains morceaux. Il n’empêche que ‘nameless‘ et surtout ‘evergreen‘, les deux morceaux qui suivent, sont deux très beaux morceaux qui sentent bon les belles soirées de fin d’été en bord de mer – et ce n’est pas moi qui le dit, c’est explicitement décrit dans les paroles dés le début de ‘evergreen‘. ‘Sekisei inko‘ est musicalement plus chargé, on y retrouve riffs de guitares efficaces et solo divers. Dans le premier couplet la chanteuse inspire profondément avant chaque phrase. Je ne sais pas si cela a une signification quelconque mais en fin de compte je n’entends plus que cela. J’ai cru lire quelque part que le groupe citait le groupe anglais Muse comme source d’inspiration, je me demande s’il y a un quelconque rapport ou une influence dans la façon dont Matthew Bellamy happe de l’air avec grand bruit entre chaque phrase dans le titre ‘New Born‘ qui ouvre l’album culte ‘The Origin of Symmetry‘.

Le refrain de ‘weather lore‘ avec son côté dramatique (emoi, comme on dit) est très beau mais dans l’ensemble le morceau sonne un peu creux par rapport aux autres. L’instrumentation de ‘Highway‘ (ハイウェイ) est très fluide, elle enveloppe l’auditeur, mais le son manque de saveur, il est trop teinté de pop à mon goût. ‘Theme (kurayamisaka yori ai wo komete)‘, est un agréable petit interlude à la guitare acoustique qui permet de reprendre des forces pour attaquer ‘jitensha‘, morceau très efficace mais sans grande particularité. On finit l’album en courant à toute haleine avec ‘Anata ga umareta hi ni‘ (あなたが生まれた日に), morceau au rythme rapide, proche du punk rock. Le morceau précédent finissant en fade out, l’intensité n’en est que plus accentuée encore. J’aime beaucoup la seconde moitié du morceau avec ce mélange de guitares et de voix pré-enregistrées déformées, puis les derniers coups de batterie saturés à outrance, qui sonnent comme ceux de quelqu’un à bout de force et qui y met toute son âme, qui viennent ponctuer la fin du morceau.

Même si il y a des hauts et des bas et que le groupe tombe parfois dans la facilité avec l’un ou l’autre morceau qui manque de personnalité par rapport au reste, pour un premier album il est d’une qualité exceptionnelle. Le groupe a une image et une identité qui lui est propre et la trame musicale de l’album est cohérente. Je n’ai pas cherché à lire l’intégralité de l’article sur l’album afin de pouvoir l’interpréter sans être influencé par celui-ci, mais il ne fait nul doute que plusieurs écoutes seront nécessaires pour en saisir les détails et les subtilités. Le groupe est en tournée à travers le Japon jusqu’en juillet, je me laisse donc un peu de temps pour digérer cette découverte et me tourner vers les débuts et autres performances live du groupe disponibles sur internet. Après un tel départ je me demande cependant comment Kurayamisaka va négocier son deuxième album. Un album identique à celui-ci me lasserait quelque peu, j’espère y entendre quelques influences électro. A suivre donc.

kurayamisaka
kurayamisaka yori ai wo komete (2025)
12 titres, 46 minutes

(Tout commentaire ou impression est la bienvenue. N’hésitez pas !)

musiques/sport/vie quotidienne

‘Je n’fais rien, je m’repose …’

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Comme pour nous punir de trop nous être plaints de l’étouffant chaleur du début du mois d’août, nous voilà récompensés par une dizaine de jours de pluie d’affilée au milieu du mois, là où il fait normalement le plus chaud et que se baigner dans l’eau glaciale de quelque rivière en montagne est le plus agréable. Nos vacances tombent à l’eau, si l’on peut dire. Déjà peu enclin à lutter, j’ai volontairement mis mon cerveau en veille, me suis adonné un mois durant à un doux fareniente aux limites du laisser-aller. C’est ensuite ma deuxième dose du vaccin Moderna qui m’a mis sur les rotules pendant deux jours. Un peu de fièvre, mal au coeur, courbatures diverses et un sérieux mal de crâne, le tout accompagné d’une extrême fatigue.

J’ai réussi à me rétablir à temps pour la retransmission en direct sur Youtube du Fuji Rock Festival qui a eu lieu du 20 au 22 août. Si l’année dernière les organisateurs s’étaient ‘contentés’ d’y diffuser les meilleurs passages sur scène d’une cinquantaine d’artistes depuis la création du festival en 1997, cette année Youtube annonçait un direct en bonne et due forme attribuant une chaîne à chacune des trois scènes principales. Alors que de par le passé le festival a accueilli des artistes de renommée internationale tels que The Cure, Bjork, Kenrick Lamar, Aphex Twin, Sigur Rós, Muse ou bien encore les Chemical Brothers (dont l’enregistrement en 2011 donnera le somptueux double album & DVD live Don’t Think ), pour les raisons que l’on connait cette année le line-up était uniquement constitué d’artistes japonais.

En raison du travail je suis un peu passé à côté des performances qui me paraissaient intéressantes. Je suis surtout déçu d’avoir raté celle du groupe AJICO, que je me faisais une joie de revoir sur scène après un blanc de 20 ans. Si après-coup je n’ai pas réussi à dénicher de vidéo convenable de ce concert j’ai tout de même eu la satisfaction de tomber sur ce live de plus de vingt minutes The LIVE-HOUSE by Johnnie Walker diffusé sur la chaîne musicale SpaceShower en juillet dernier.

Ce fut cependant un plaisir de retrouver le groupe de hip hop Tha Blue Herb sur scène le dimanche. Cela fait des années que je me regarde régulièrement leur interprétation du titre ill beatnik‘ sur cette même scène en 2000 et elle me donne à chaque fois la chair de poule. Le rappeur Ill Bostino y est comme habité, possédé, en transe. Un court accord de piano samplé en boucle monte en crescendo alors qu’il interprète son long monologue en interpellant le public, : 先は長い、深い、コトバにならないくらい … La performance du groupe cette année aura été un peu moins envoûtante, mais malgré les vingt années passées la passion est la même.

Pour bien conclure ce mois d’août, le dernier week-end a eu lieu l’Ultra Trail du Mont Blanc (UTMB), l’événement autoproclamé comme étant ‘le sommet mondial du trail’. J’étais miraculeusement en congé du vendredi au dimanche et j’ai eu tout le loisir de suivre la course principale (171km autour du Mont Blanc en parcourant 3 pays sur plus de 10.000 mètres de dénivelé positif) en direct pendant tout le long grâce au live en continu sur Youtube. Les adeptes du trail étant nombreux au Japon (le Japon a son Ultra Trail du Mont Fuji UTMJ en avril) cette année il y avait même une chaîne commentée en japonais, mais là encore on pouvait noter un flagrant manque d’enthousiasme par rapport aux français, aux américains ou aux bruyants espagnols. Pour référence ultérieure, l’édition de cette année a été remportée par le français Francois d’Haene (pour la 4ème fois) et par l’américaine Courtney Dauwalter chez les femmes (deux éditions de suite).

Si les coureurs le plus rapides finissent le parcours en un peu plus de 20 heures de course, la barrière horaire est de 46h30. Les coureurs les plus lents passent deux nuits blanches en pleine montagne, le simple fait de finir cette course est un exploit. Je suis à chaque fois particulièrement ému par les commentaires et les encouragements des speakers sur la ligne d’arrivée qui accueillent un par un les coureurs en les appelant par leur nom, les félicitant chaleureusement pour leur performance et ce quelque soit leur temps d’arrivée et même en plein milieu de la nuit. Surmonter la douleur et les coups durs, se demander pourquoi l’on s’inflige tout cela, cette bataille mentale avec soi-même … Le soulagement d’en avoir fini, les larmes de joie des coureurs me rappellent mes ‘exploits’ lors de mes marathons. A chaque fois que la semaine de l’UTMB prend fin je suis motivé comme jamais. Dés le lendemain, bien qu’épuisé par un flagrant manque de sommeil dû à l’excitation, je suis sorti courir…