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architecture/livres/Aichi

‘All my past and futures’ – Saikō-ji, Okazaki, Aichi

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Okazaki
Sous le pont Tonobashi Okazaki
caserne de pompiers a Okazaki
devanture de magasin rose a Okazaki
西光寺 Saikoji Okazaki
西光寺 Saikoji Okazaki
西光寺 Saikoji Okazaki
西光寺 Saikoji Okazaki

Lorsque je quitte la maison pour marcher en direction de la gare je ne sais pas encore quelle est ma destination et ce n’est qu’à peine une minute avant que le train n’entre en gare à Jingumae que je décide de bifurquer vers la ville d’Okazaki afin de faire un tour à la papeterie PEN’S ALLEY Takeuchi, puis visiter la curiosité architecturale qu’est le temple Saikō-ji (西光寺).

Une fois arrivé à la gare d’Higashi Okazaki je pars en direction du nord en faisant un crochet par l’immeuble où je résidais il y aura de cela bientôt vingt-cinq ans. Je suis à chaque fois très étonné d’avoir pris si peu de photos de cette période alors que je tenais déjà mon blog à l’époque. L’endroit n’a pas changé depuis mon dernier passage il y a quelques années, lorsque j’étais il me semble venu me faire vacciner pour la deuxième fois contre le Covid. Un souvenir chasse l’autre.

Je me promène ou bord de la riviere Otogawa puis fais une halte en dessous du Tonobashi, (殿橋) fasciné par la répétition de rectangles que forment les piliers du pont. J’attends une dizaine de minutes en espérant qu’un individu ou quelque chose de particulier survienne au milieu du cadre mais comme il fallait s’y attendre – quelle curieuse expression, ainsi tournée – le miracle n’aura pas lieu. Je suis très surpris, en rédigeant ce billet, d’apprendre que le pont a été construit en 1927.

De là je marche vers le nord le long d’une longue galerie marchande dont, comme un peu partout, la moitié des volets sont fermés, un thème récurent sur lequel je travaille depuis quelques temps. J’ai toujours trouvé que ses petits magasins avait leur charme, on ne peut que s’attrister de voir de plus en plus, où que l’on aille, les même enseignes de grands magasins polluer le paysage visuel pour au final ne même pas donner autant de choix qu’elles ne le prétendent.

Le temple Saikō-ji se trouve au beau milieu d’un quartier résidentiel. Sa hauteur ne dépassant pratiquement pas celle des habitations alentours et son design s’éloignant de l’architecture traditionnelle des temples font qu’il passe presque inaperçu. On pourrait juste penser qu’il s’agit de la demeure de quelque personnage excentrique et je serai presque passé à côté si un panneau indiquant son parking réservé ne m’avait pas sauté aux yeux. Le bâtiment principal (hondō) du temple est composé de volumes géométriques aux teintes rouillées superposés formant une silhouette pyramidale. Sur le côté, une petite cour simplement aménagée permet de prendre un peu de distance pour contempler l’édifice. Crée par le cabinet d’architecte d’Hidetaka Yoshimura (吉村英孝建築設計事務), architecte née en 1975 à Toyota, Aichi, l’oeuvre a remporté un Good Design Award en 2017. Yoshimura explique que le projet cherche à redéfinir la place du temple en créant un espace adapté aux modes de vie actuels et en le rendant plus accessible et moins intimidant en rompant avec les codes formels traditionnels, mais le côté métallique et froid de la bâtisse, le temps qui se couvre, le silence qui règne aux alentours et le fait qu’il n’y ait personne à part moi dans l’enceinte du temple me donne plutôt l’impression d’être entré par effraction dans quelque endroit où je ne suis pas censé me trouver.

Du dehors on distingue vaguement à travers les vitres les couleurs dorées d’un autel qui a l’air gigantesque. En m’approchant de l’entrée je m’attends à ce que les portes s’ouvrent automatiquement mais il n’en est rien, un écriteau demande de contacter le personnel via un interphone. Je sais qu’il faut bien commencer une conversation quelque part et que la plupart des interactions partent d’une bonne intention, mais trop fatigué par ma marche jusqu’au temple je ne me sens pas la force d’avoir à répondre à une éventuelle déferlante de questions insidieuses ou non, ou pire, d’avoir à repousser quelque recrutement sectaire – ne sait-on jamais. Je quitte les lieux et marche d’un pas plus rapide que nécessaire. Meme avec le recul l’endroit reste bien mystérieux. On ne trouve pratiquement aucune information à son sujet et son site web rudimentaire aux couleurs criardes semble être coincé au tout-début de l’ère internet. Je viens justement de finir la veille, en version originale le pavé de plus de 1.000 pages qu’est 4 3 2 1 de Paul Auster. Le roman raconte quatre versions différentes de la vie du même protagoniste, Archie Ferguson, dont chaque vie, en raison de circonstances particulières, prend des chemins très différents d’une version à l’autre. Certains passages sont moins digestes que d’autres mais c’est un beau livre qui fait réfléchir aux conséquences qu’engendrent décisions et rencontres au cours d’une vie. Que ce serait-il passé si j’avais osé pousser le bouton de cet interphone ? On pourra, comme l’a fait Auster, l’imaginer, voire la fantasmer, mais on ne le saura jamais.

architecture/balades au Japon/Aichi

Mizkan Museum & Handa Canal – Handa, Aichi pref.

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Handa canal Mizkan Museum
Handa canal
Handa canal
Handa sake brewery
Handa plantes chat

Alors que quand je quitte la maison le ciel est dégagé, il se couvre et devient même menaçant après dix minutes de route. Comme lors de ma précédente visite au Red Brick Building, la ville de Handa semble ne pas vouloir se dévoiler sous ses meilleurs atouts. Malgré le temps nuageux c’est aujourd’hui autour du Mizkan Museum (MIM) que je me balade. Handa est le siège de l’entreprise Mizkan, gigantesque entreprise japonaise agroalimentaire spécialisée dans la production de sauce et de vinaigre, domaines autour desquels le MIM propose diverses installations interactives.

Si je me balade autour du musée, c’est que celui-ci est fermé au public en raison de la crise sanitaire. Inauguré en 1986 sous le nom de ‘Su no sato’ (酢の里) puis fermé pour rénovation en novembre 2013, le musée a réouvert ses portes deux ans plus tard sous son nom actuel. Je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de venir avant la rénovation et ne suis donc pas en mesure de faire une comparaison avant-après, mais le style simple et épuré utilisé dans le plan d’urbanisation me plaît beaucoup. Quel que soit le matériau utilisé pour leur construction, tout les bâtiments longeant le canal sont d’un noir uniforme qui donne une identité unique à toute la zone et rend difficile toute référence dans le temps, on ne discerne pas clairement s’ils sont anciens ou récents. Cette identité est largement renforcée par les logos ‘blanc pétants‘ du musée et de l’entreprise Mizkan peints par-ci par-là, bien visibles mais très élégamment insérés dans le paysage. Je ne suis guère étonné en faisant des recherches ultérieurement de me rendre compte que le projet de rénovation a gagné entre-autre un Good Design Award en 2016 dans la catégorie ‘Architecture and facilities for commercial use‘. Je ne peux cependant m’empêcher de sourire en lisant les commentaires des évaluateurs qui justifient leur sélection en expliquant que le plan de rénovation est parvenu à maintenir la juste balance entre la tradition en préservant les bâtiments historiques, et modernité dans le choix des matériaux et du design, le tout en symbiose avec la nature. On ne peut trouver plus passe-partout, c’est le commentaire que l’on trouve à peu près dans chaque concept urbain ou architectural.

Avec la fermeture du musée et la diminution du nombre de touristes qui en résulte, des travaux sont en cours le long du fameux canal. Les grues en plein travail et diverses structures métalliques jonchées au sol gâchent le paysage, certaines parties sont même rendues inaccessibles. Pour la petite balade tranquille ce sera une fois les travaux terminés, vers la fin mars. Je parcours au hasard les rues étroites du quartier, l’endroit est réputé pour ses distilleries de saké, je suis impressionné par les encombrantes cuves probablement laissées au dehors par manque de place. Je traine ainsi une petite heure sans ne croiser personne d’autre que les employés de la Nakano Sake Brewery toute proche. Il n’y a pas un chat, ou plutôt si, à condition d’y prêter attention !