musiques/Nagoya

Kurayamisaka super rookie – Meieki, Nagoya

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meieki
reflets du HAL
meieki
ombres sur un rideau de fer
laveur de vitres building
chantier près de la gare de Nagoya

Je ressors des photos prises vers la mi-décembre autour de la gare de Nagoya car je n’ai pas encore pris la moindre photo depuis le début de l’année. Le fait qu’avec les enfants en vacances je n’ai pas eu l’opportunité de me balader n’est pas un prétexte. Le froid est tout simplement trop vif et j’ai rapidement les doigts gelés, et cela depuis tout petit. Je me souviens très clairement à l’école primaire être incapable en hiver d’écrire quoique ce soit même dix minutes après la récréation, ce qui était particulièrement pénible quand il y avait un examen ou une dictée. Bref.

Musicalement parlant en tout cas, l’année commence merveilleusement bien. C’est mon fils aîné qui m’a conseillé l’album ‘kurayamisaka yori ai wo komete‘ du groupe de rock alternatif ‘Kurayamisaka‘. ‘Tu vas aimer, c’est la réincarnation de Supercar‘, me dit-il. Supercar, rien que ça !? Le best-of du groupe, ‘16/50 1997-1999‘ (’03), fait partie des cinq ou six cds qui ont leur place dans la boîte à gants de la voiture. Nous l’avons tant écouté en voiture que nous en connaissons par coeur les paroles des premiers morceaux, et ‘Cream soda‘ ou ‘Lucky‘ sont pratiquement des hymnes nationaux de notre ‘clan’ ! J’apprécie énormément ce groupe et j’ai toujours été déçu de ne l’avoir découvert que peu avant leur séparation en 2005 via leur participation à la bande originale du film ‘Ping Pong‘ (’02). Sa musique est étroitement liée aux premières années au Japon et tient une part important dans ce que j’aime appeler ma ‘mémoire musicale’.

Le groupe Kurayamisaka (qui se prononce kurayamizaka) a été formé fin 2021 à Tōkyō, et est constitué de cinq membres. Le groupe sort en 2022 un premier single (‘farewell‘) suivi d’un mini-album constitué de 6 titres intitulé ‘kimi wo omotte iru‘. Sortent ensuite deux double-singles que l’on retrouvera dans leur premier album, puis le groupe apparait au FUJI ROCK FESTIVAL’24 ROOKIE A GO-GO, la rampe de lancement des nouveaux groupes vers la scène musicale. Consécration, l’année suivante, le groupe gagne sa place au festival Fuji Rock en juillet et sort dans la foulée son premier album ‘kurayamisaka yori ai wo komete‘, en septembre dernier.

L’album entre dans le vif du sujet de très belle manière dés le premier morceau, kurayamisaka yori ai wo komete, qui dans sa construction et de par l’énergie qui s’en dégage donne l’impression qu’il pourrait être à la fois la première et la dernière chanson du groupe, comme si le groupe y avait insufflé tout son être. Le ‘Ai o komete‘ du titre signifiant ‘avec tout mon amour‘, peut-être que je n’exagère pas tant que cela et que mon interprétation est correcte. J’aime beaucoup l’introduction tout en douceur puis la manière dont tout les instruments se déchaînent après que la chanteuse, Sachi Naito (内藤さち), ait comme donné vie au groupe, en poussant ce ‘ha‘ dont on ne sait pas s’il s’agit d’une inhalation ou d’une exhalation mais qui agit comme un détonateur d’explosion, un big bang qui serait le point de départ de toute chose. J’ai trouvé un blog tenu par le guitariste et leader du groupe, Shimizu Shōtaro (清水 正太郎), qui explique que la démo du morceau a été finalisée en juillet 2023. Il en parle comme étant un tournant décisif, dit que grâce à cette chanson, la vision d’ensemble de l’album est devenue nettement plus précise, qu’elle a mis le groupe sur les rails.

Le deuxième titre ‘metro‘ est plus conventionnel mais tout aussi efficace. Son dynamisme fait que malgré qu’il soit plus long que le morceau précédent, il file en un instant, comme un générique d’ouverture d’anime. Vient ensuite mon morceau préféré de l’album, ‘Sunday Driver‘. J’exulte, j’en pleure presque de joie ! Avec l’intro et ses guitares abrasives j’ai dés les premières notes l’impression d’écouter un nouveau morceau de Supercar. L’étonnante brièveté du premier couplet fait que l’on se prend sans préavis le refrain en pleine figure, c’est absolument jouissif, j’en ai eu la chanson en tête pendant les trois jours suivants. C’est Shimizu qui pose sa voix sur le morceau suivant, ‘modify Youth‘. Sa manière nonchalante de chanter me fait évidemment penser à la voix de Kōji Nakamura (中村弘二), le leader de Supercar. Je regrette qu’on ne l’entende pas un peu plus par la suite dans l’album, car si de fait les quelques morceaux qui suivent sont tous de très bonne facture, leur schéma se ressemble un peu et une alternance des voix aurait donné un peu plus de pêche à certains morceaux. Il n’empêche que ‘nameless‘ et surtout ‘evergreen‘, les deux morceaux qui suivent, sont deux très beaux morceaux qui sentent bon les belles soirées de fin d’été en bord de mer – et ce n’est pas moi qui le dit, c’est explicitement décrit dans les paroles dés le début de ‘evergreen‘. ‘Sekisei inko‘ est musicalement plus chargé, on y retrouve riffs de guitares efficaces et solo divers. Dans le premier couplet la chanteuse inspire profondément avant chaque phrase. Je ne sais pas si cela a une signification quelconque mais en fin de compte je n’entends plus que cela. J’ai cru lire quelque part que le groupe citait le groupe anglais Muse comme source d’inspiration, je me demande s’il y a un quelconque rapport ou une influence dans la façon dont Matthew Bellamy happe de l’air avec grand bruit entre chaque phrase dans le titre ‘New Born‘ qui ouvre l’album culte ‘The Origin of Symmetry‘.

Le refrain de ‘weather lore‘ avec son côté dramatique (emoi, comme on dit) est très beau mais dans l’ensemble le morceau sonne un peu creux par rapport aux autres. L’instrumentation de ‘Highway‘ (ハイウェイ) est très fluide, elle enveloppe l’auditeur, mais le son manque de saveur, il est trop teinté de pop à mon goût. ‘Theme (kurayamisaka yori ai wo komete)‘, est un agréable petit interlude à la guitare acoustique qui permet de reprendre des forces pour attaquer ‘jitensha‘, morceau très efficace mais sans grande particularité. On finit l’album en courant à toute haleine avec ‘Anata ga umareta hi ni‘ (あなたが生まれた日に), morceau au rythme rapide, proche du punk rock. Le morceau précédent finissant en fade out, l’intensité n’en est que plus accentuée encore. J’aime beaucoup la seconde moitié du morceau avec ce mélange de guitares et de voix pré-enregistrées déformées, puis les derniers coups de batterie saturés à outrance, qui sonnent comme ceux de quelqu’un à bout de force et qui y met toute son âme, qui viennent ponctuer la fin du morceau.

Même si il y a des hauts et des bas et que le groupe tombe parfois dans la facilité avec l’un ou l’autre morceau qui manque de personnalité par rapport au reste, pour un premier album il est d’une qualité exceptionnelle. Le groupe a une image et une identité qui lui est propre et la trame musicale de l’album est cohérente. Je n’ai pas cherché à lire l’intégralité de l’article sur l’album afin de pouvoir l’interpréter sans être influencé par celui-ci, mais il ne fait nul doute que plusieurs écoutes seront nécessaires pour en saisir les détails et les subtilités. Le groupe est en tournée à travers le Japon jusqu’en juillet, je me laisse donc un peu de temps pour digérer cette découverte et me tourner vers les débuts et autres performances live du groupe disponibles sur internet. Après un tel départ je me demande cependant comment Kurayamisaka va négocier son deuxième album. Un album identique à celui-ci me lasserait quelque peu, j’espère y entendre quelques influences électro. A suivre donc.

kurayamisaka
kurayamisaka yori ai wo komete (2025)
12 titres, 46 minutes

(Tout commentaire ou impression est la bienvenue. N’hésitez pas !)

keeping running/vie quotidienne/Mie

Courir comme un cheval au galop

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Oui, car 2026 est l’année du cheval. La fin d’année s’est passée en famille, dans le plus grand calme. Nous avons passé la dernière journée de l’année dans un super sentō (スーパー銭湯, grand bain public japonais, de taille plus importante que les bains traditionnels, comportant multiples bassins, saunas, restaurants et salles de repos) dans le ville de Yokkaichi, dans la prefecture de Mie. Le temps nuageux et glacial au dehors fera que nous y serons entrés en milieu de matinée pour n’en sortir qu’en fin d’après-midi. Les centaines de mangas disponibles et les chaises longues et autres coussins confortables pour s’affaler de tout son long après avoir pris un long bain et s’être rempli la panse en font le paradis sur terre. J’ai ainsi (enfin) pu lire les trois premiers tomes de Demon Slayer et cinq ou six tomes de Ao Ashi (アオアシ), qui raconte les aventures du jeune prodige du football, Ashito Aoi, collégien de la ville d’Ehime. Rien de tel qu’un bon manga de sport pour se motiver pour l’année qui vient. (A noter que son auteur, Yūgo Kobayashi, a participé à la Japan Expo en 2024 et en parle sur son blog ).

Retour sur Terre, devant la télé, pour distraitement suivre le Kohaku. Je crois que ce fut l’une des pires éditions qu’il m’ait été donné de voir. Si j’étais aux anges à chaque fois que l’actrice Mio Imada (今田美桜), qui co-présentait l’emission pour la première fois, apparaissait à l’écran, on ne peut pas dire qu’elle ait remonté le niveau des commentaires et pitreries des autres présentateurs, qui étaient toutes d’une effarante banalité. Une fois les groupes Sakanaction et Perfume passés, tout le monde a fini au lit avant même que minuit ne sonne, épuisés que nous étions par cette harassante journée de fare niente.

Sans doute influencé par le fait que Léo ait participé à la course de relais de son lycée il y a peu, j’ai regardé (en différé) les deux courses majeures que sont le New Year Ekiden et le Hakone Ekiden. L’Ekiden (駅伝) est une course de relais sur route, où chaque coureur parcourt une portion avant de transmettre un témoin (tasuki) au coéquipier suivant. Le Hakone Ekiden, qui se déroulé le 2 et 3 janvier de chaque année, est une course inter-universitaire sur deux jours qui consiste à faire l’aller-retour entre Ōtemachi (Tōkyō) et Hakone (préfecture de Kanagawa). Le parcours est séparé en cinq secteurs sur chaque jour (dix en tout) pour une distance de 217 kilomètres. L’évènement est suivi par des millions de téléspectateurs au Japon et ses participants, coach y compris, sont de véritables célébrités passant dans les emissions de variété par la suite. Le niveau est ‘stratosphérique’, (pour reprendre une expression à la mode), certaines portions de plus de 20 kilomètres étant effectuées en moins d’une heure. La course s’étale sur plus de dix heures, ce qui donne lieu à de nombreux rebondissements. Cette année c’est Aoyama Gakuin University (青山学院大学) qui remporte la course pour la troisième fois d’affilée, malgré un départ catastrophique (16eme place après la premiere section). Pour moi le moment fort de la course aura été la remontée spectaculaire dans la cinquième section, qui comporte une montée en montagne de plus de 800 mètres, du coureur Asahi Kuroda (黒田朝日, Aoyama Gakuin) sur le pourtant réputé solide Shinsaku Kudо̄ (工藤慎作, Université de Waseda). En tant que coureur amateur, la vitesse, l’endurance et la ténacité des coureurs dépasse l’entendement. Comme dirait l’autre, ‘Où trouvent-t-ils toute cette énergie …?’ (rires).

Pour ma part je cours le Marathon de Nishio dans deux semaines, mon cinquième marathon après Nagoya (2016), Nara(2016), Ibigawa(2019) et Matsusaka(2024). Les photos de ce billet ont été prises lors d’une sortie longue de 30km le long de la côte de la péninsule de Chita fin décembre, avec un rapide ravitaillement chez un collègue maintenant retraité qui tient un stand de patates douces grillées. Jusqu’à peu je détestais courir en hiver mais les chaleurs en été sont tellement insupportables et peu propices aux activités sportives que le simple fait de pouvoir courir sans avoir à trimballer un litre d’eau avec soi est un pur bonheur. En guise d’entraînement j’ai couru 100km par mois trois mois d’affilée et ne me suis jamais senti autant en forme que cette année. J’hésite à tenter de courir le marathon en moins de 4 heures. Je m’en sens capable selon quelle sera ma forme physique le jour J mais j’ai peur qu’une fois cette étape importante accomplie ma motivation en prenne un coup pour la suite. Je cours pour le plaisir, devoir courir encore plus vite demanderait du temps et de l’énergie que je ne suis pas sûr de vouloir consacrer à la course à pied au détriment de mes balades ou de la rédaction du blog. D’un autre côté je songe à courir Nara l’année prochaine pour fêter les 10 ans de ma ‘carrière’ de marathonien. Le parcours du marathon de Nara est d’une atroce difficulté et ce fut ma pire performance jusqu’à maintenant, ce n’est certainement pas là que je vais courir sous les 4 heures. C’est donc cette année ou jamais ! Nous verrons bien …

Au passage, je souhaite une excellente année 2026 aux lecteurs du blog, qu’ils soient fidèles ou non !

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So long, space cowboy – Gifu

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koi dans un bus
façade d'immeuble devant la gare de Gifu
sortie de garage Gifu
jeux de lumière sur un pan de mur
ombre homme sur son vélo
parapluies sur une haie

Quelques photos prises lors d’une promenade dans les rues de Gifu il y a quelques semaines pour illustrer ce qui sera sans doute le dernier post de cette année 2025. Si comme chaque année tout est passé trop vite, la première moitié d’année notamment a été extrêmement difficile sur bien des plans. Le blog aura suivi son petit bonhomme de chemin (quelle étrange expression…) à un rythme à peu près régulier de 4 ou 5 billets par mois, sans que, pour une fois, je me souvienne avoir dit vouloir tout arrêter. A partir du mois de juin j’ai marché, énormément marché, arpentant montagnes, villages et villes autour de Nagoya. Souvent avec un appareil à la main, mais étonnamment, sans casque sur les oreilles, afin, probablement, de mieux m’entendre penser. J’ai tellement marché et pris tellement de photos que je n’ai réussi à en publier qu’une petite partie, n’ayant à peine le temps de rédiger le texte des billets. Le fait d’avoir repris de manière assez sérieuse la course à pieds, la lecture et de m’être remis à rédiger mes carnets n’aura pas arrangé les choses …

architecture/Nagoya

‘Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?’ – Kakuōzan, Nagoya

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Nittaiji Kakuozan Nagoya
petit temple autour du Nittaiji Kakuozan Nagoya
feuilles mortes sur un pare-brise
une maison a Kakuozan Nagoya
galerie photo en extérieur Kakuozan Nagoya
fruits et legumes Japon
Mamushigaike Hachimangu Shrine Nagoya

Balade dans le quartier de Kakuōzan (覚王山) par une agréable matinée ensoleillée de début de mois de décembre. J’avais tout d’abord l’intention de me rendre à Yokiso, la villa construite par le premier directeur de la chaîne de grands magasins Matsuzakaya, Ito Jirozaemon Suketami, au début du XIXème siècle, afin de profiter de ce qu’il pouvait rester comme feuilles d’arbres écarlates, mais malheureusement la demeure était fermée au public ce jour-là.

Je me rabats sur le temple Nittai-ji (日泰寺) juste à côté, puis marche complètement au hasard pendant plus de deux heures dans le quartier très vallonné qu’est Kakuōzan. Les squares y sont nombreux et les pans de murs y servent de galerie photo. La taille de certaines maisons font rêver et les trottoirs sont larges et d’une propreté impeccable, je me fais la remarque qu’il y a plus de feuilles mortes sur le pare-brise des voitures que par-terre.

Je redescends de mon nuage, en quelque sorte, au fur et à mesure que j’approche du quartier plus populaire autour de la gare d’Ikeshita (池下). Il semblerait que ce soit la fin des cours, de nombreux lycéen(e)s envahissent les rues. J’ai beau savoir que dans le fond ma présence passe quasiment inaperçue, je me sens comme observé, il m’est désormais impossible de me concentrer. Je me glisse sous un torii qui apparait justement sur ma droite et trouve refuge dans l’étroite cour d’un temple nommé Mamushigaike Hachiman-gu (蝮ヶ池幡宮). Je suis surpris pas l’utilisation, peu commune, du terme ‘mamushi’, une espèce de serpent de la famille des vipères, dans le nom du temple. Bien que la vipère puisse représenter le danger, le serpent dans l’art et le folklore incarne souvent la sagesse, l’immortalité, et est censé apporter fortune et protection contre le mal. N’oublions pas que 2025 est l’année du serpent ! Même s’il aura fallu attendre le dernier mois de l’année, je ne peux qu’interpréter de manière positive la façon dont j’ai été comme guidé jusqu’ici.

musiques/Aichi/daydreamin'

Failing into fail

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voiture jaune devant maison faite de tuiles
vélo derrière une vitre
maison en bois a Gamagori
fleurs en plastique Gamagori
magasin aux volets fermés Gamagori
garage a char dashi

Fuir la ville et me perdre dans les petites rues de villages inconnus. Ces deniers temps mon oeil est attiré par des détails : Des couleurs, des ombres, des thèmes récurrents, ces petites choses du quotidien que l’on ne trouve qu’ici mais que l’on ne remarquera qu’une fois retombée l’extase et l’excitation que suscitent temples, châteaux et autres néons lumineux des métropoles japonaises. Le quotidien n’est pas synonyme d’ennui, d’ailleurs, quand on ouvre l’oeil les journées ne se ressemblent jamais vraiment. Les saisons passent, la lumière varie. Les plantes poussent, les objets rouillent, se désagrègent, changent de place ou sont remplacés.

J’écris ces quelques lignes en écoutant le très beau et reposant album d’ambient-pop/electro intitulé Falling into Fall des compères danois Frederik Valentin & Emil F, deux artistes que je ne connaissais pas encore il y a de cela trente minutes. Je suis tombé sur cette petite pépite en fouinant dans le torrent de nouveautés hebdomadaires que propose Apple Music, liste que je passe au peigne fin quand mon appétit est particulièrement vorace, que j’engloutis singles, EPs et albums tout genres confondus sans mâcher ni mastiquer. Si je n’écoute que deux ou trois morceaux quand la recette est particulièrement fade ou trop salée, de temps en temps de nouvelles saveurs jusqu’alors inconnues viennent me titiller les babines et j’en redemande encore et encore, et n’en laisse pas une miette.

Aichi/Aichi

Mata kōyō ’25 – Inuyama, Aichi

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inuyama en automne
Inuyama Castle
Inuyama

Ma première ‘chasse au kōyō‘ (appellation japonaise du changement de couleur des feuilles en automne) de l’année se fait du côté d’Inuyama et de son château. Le mois d’octobre touche à sa fin et comme je m’y attendais un peu il est déjà trop tard, la majorité des feuilles colorées sont déjà tombées, il en est presque plus intéressant de photographier le sol que les arbres. Peu inspiré, je décide de renoncer cette fois à monter au dernier étage de la forteresse, et rêvasse quelques instants, assis sur un banc à son pied. Pour la saison il y a bien moins de touristes étrangers que je ne l’aurai imaginé. Sans doute le résultat des récentes tensions entre le Japon et la Chine, qui invite ses ressortissants à reporter leur voyage sur l’archipel. Gagné par la faim je marche dans la longue rue marchande derrière le château à la recherche d’un restaurant. Le site internet parle de l’endroit comme d’un voyage dans le temps à l’époque Edo mais au final on n’y trouve que les même magasins de souvenirs et stands de nourriture qu’un peu partout …

musiques/Aichi

Dark Black Sea Glide – Gamagori, Aichi

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Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island Torii pigeons
Gamagori Takeshima Island torii
Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island Classic Hotel

De nombreux détours et autant de photos prises plus tard, j’arrive finalement à l’objectif de ma balade qu’est l’île de Takeshima. L’île de Takeshima est une petite île inhabitée, située dans la baie de Mikawa, reliée au continent par un pont piétonnier de 387 mètres. Elle abrite le pittoresque sanctuaire Yaotomi, seul bâtiment présent sur l’île, qui est l’un des sept sanctuaires du Japon dédié à la déesse bouddhiste Benten, la déesse de la musique et des artistes. L’île est désignée comme monument naturel national depuis 1930. On en fait le tour en quinze ou trente minutes selon que l’on veuille profiter ou non de l’endroit.

Je ne m’attarde pas au sanctuaire censé favoriser ‘l’harmonie conjugale‘. La dernière fois que nous étions venus ensemble ici, l’île avait été le théâtre d’une mémorable dispute – sujet dont nous rions désormais. Mon sanctuaire à moi se trouve un peu plus loin, tout au bout de l’île, à l’opposé du pont. Contempler la mer – ici, la baie de Mikawa – m’apporte cette paix intérieure que d’autres trouvent dans la prière, même si la vue est moins vaste que celle que l’on peut admirer depuis Shizuoka ou Fukui. De fil en aiguille j’en viens à me remémorer les superbes photos en noir et blanc de l’Ocean Pacifique de fgautron prises à Kanagawa, et de là le long morceau de 23 minutes Dark Sea de Chihei Hatakeyama (畠山地平), qui colle si parfaitement aux images. Ce morceau me fascine, on a l’impression qu’il n’est constitué que d’une seule note étirée à l’infini. Peut-être est-ce justement ce parallélisme qui épouse si bien le thème de la mer, immense et sans fin ? Je suis ramené à la réalité par les cris et les rires d’une cinquantaine d’écoliers en excursion scolaire. Ils sont tout excités, pour eux, l’île est sans doute un terrain de jeux et synonyme d’aventure et de mystère. Je remarque encore une fois qu’avec l’âge, on s’assagit.

La rédaction de cet article m’amène à réécouter Dark Sea bien entendu, mais aussi le somptueux titre Glide sur l’album ‘Black Sea’ par le guitariste et compositeur autrichien spécialisé dans la musique électronique, Fennesz. Je crois que c’est son titre que je préfère, il est doté à la fois d’une beauté et d’une violence inouïe et me rappelle d’agréables souvenirs de moi et mon collègue M.Itō faisant hurler Glide en voiture au retour du concert de Fennesz à Nagoya en 2009, presque en pleurs tout les deux. Ce gars était doté d’une culture musicale rare et d’une soif de découvertes insatiable, c’était avec grand plaisir que nous nous échangions nos découvertes et nos opinions. Son changement de poste quelques années plus tard a été pour moi un épouvantable choc. Hormis quelques personnes restées au pays et l’un ou l’autre camarade de fac, je n’ai à part fgautron cité ci-dessus pas encore réussi à trouver au Japon d’autres personnes à qui la musique tient autant à coeur qu’à moi … Il y a tout juste un an, France Musique lui consacrait un documentaire (à Fennesz hein, pas à M.Itō !) que je vais m’empresser d’écouter.

Aichi/Aichi

Gamagōri Blues – Gamagōri, Aichi

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Gamagori Aichi Japon
Gamagori Aichi Japon
Gamagori Aichi Japon
Gamagori Aichi Japon
Gamagori Aichi Japon
Gamagori Aichi Japon

Je rebrousse chemin et flâne au hasard dans les rues de Gamagōri, en direction de la gare. Le calme des lieux a quelque chose d’agréable et de reposant. Les doux rayons du soleil, encore bas, est des plus agréable. Il est sans doute encore trop tôt : la plupart des petits commerces qui bordent l’artère principale gardent leurs rideaux de fer obstinément fermés. Etant dépourvus d’enseignes ou d’indications concernant les heures d’ouvertures, j’ai plutôt l’impression que la majorité des commerces sont abandonnés ou que les locaux sont vides. Je ne croise presque personne. Pourtant, çà et là, devant les volets décolorés, quelques signes de vie subsistent : des boîtes en fer-blanc faisant office de cendriers, des caisses de bière retournées recouvertes d’un petit coussin transformées en sièges improvisés. Autant de détails discrets qui laissent penser que, malgré les apparences de ville endormie, la vie continue pour ceux qui y habitent. J’imagine ses habitants, d’un certain âge sans doute, se réunir dans ces lieux une fois leurs tâches respectives terminées, un peu comme quand gamin nous nous ruions vers la cour de l’école après avoir bâclé nos devoirs, et qu’il s’y trouvait toujours quelqu’un avec qui discuter ou jouer.

architecture/Aichi

Gamagōri City Sports Center – Gamagōri, Aichi pref.

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J’ai été pris la veille par une soudaine envie de voir la mer, ce qui m’amène en direction de Gamagōri (蒲郡市), petite ville tranquille réputée pour ses mandarines et pour avoir accueillie une étape de la Coupe du Monde de Voile en octobre 2017. Pour pouvoir profiter le plus possible de cette belle journée ensoleillée je quitte la maison vers peu après sept heures, me retrouve ainsi mêlé vingt minutes durant dans le train à la cohue des travailleurs pendulaires. Cela va faire 19 ans que je travaille au Japon et mes trajets se faisant toujours dans le sens inverse aux leurs, c’est une chose dont je ne fais l’expérience que rarement, mais je me dis toujours que je serai incapable de m’y habituer. (I’m a reasonable man, get off my case, get off my case). Le trajet de Nagoya à Gamagōri dans un wagon pratiquement vide n’en est que plus agréable. J’écoute Deadbeat, le dernier album en date de Tame Impala, en contemplant le paysage qui défile. Les morceaux sont tous bons, l’album est fluide et s’écoute d’un traite mais je le trouve trop lisse et sans accrocs, sans surprise ni saveur particulière. Innerspeaker (2010) s’ouvrait sur le psychédélique It is not meant to be’ qui m’a plongé avec nostalgie dans une époque que je n’ai jamais connu, Currents (2015) démarrait avec ‘Let it Happen, huit minutes d’euphorie mélangeant psyché rock et textures électroniques. Si l’on y réfléchit, dix ans et trois albums plus tard il semble normal que le son soit cette fois carrément contemporain avec ses accents dance-music puisque c’est un style musical auquel Kevin Parker n’avait jusqu’à présent vaguement touché que du bout des doigts – Heureusement cependant que le hit planétaire ‘Surrender’ ne se trouve pas sur l’album, sans quoi l’overdose était assurée.

Je n’ai qu’une vague idée de mon itinéraire une fois arrivé à destination, dans un premier temps je pense cette fois tranquillement faire le tour de l’île Takeshima (竹島), qui avait fait sujet à problèmes lors de notre dernière venue en famille. Une rapide recherche à propos des curiosités architecturales locales fait ressortir un étonnant bâtiment, le Gamagōri City Sports Center (蒲郡市民体育センター), gymnase situé à 15 minutes de la gare de Gamagōri.

Le bâtiment a été terminé en février 1968. Il est l’oeuvre de l’architecte Tokio Tsuruta (鶴田日夫), pour le compte du bureau d’architectes Ishimoto Architects (石本建築事務所). En en approchant je suis immédiatement fasciné par ses sept colonnes de béton inclinées de chaque côté et son toit qui paraît flotter au-dessus de l’espace principal, comme tenu, non, étiré par sept paires de bras. Le bâtiment me fait également penser à quelque insecte à 14 pattes. Si le gymnase, d’un blanc impeccable, semble extrêmement bien entretenu, c’est qu’il vient d’être rénové en 2021 après un an de travaux de renforcement sismique, d’installation d’une nouvelle climatisation et de rénovation du sol sportif et de l’éclairage. Il semblerait qu’il ait été question à un moment de le reconstruire complètement, mais le fait qu’il ait été inscrit au registre DOCOMOMO Japan (registre qui vise à identifier, documenter et préserver les bâtiments et ensembles urbains emblématiques du mouvement moderne) en 2019 aurait grandement joué en la faveur d’un effort visant à le préserver tel-quel.

14 pattes. Curieux quand même … Je le découvre en écrivant ses lignes mais il se trouve que l’isopode géant des abysses (ダイオウグソクムシ en japonais), crustacé mesurant jusqu’à 30 cm de long et pesant environ 1 kg vivant dans des profondeurs allant de 200 à 1,000 mètres, a justement 14 pattes. Or, il se trouve que ce ‘monstre’ est l’une des principales attractions de l’Aquarium de Takeshima (竹島水族館), connu pour sa grande variété d’espèces de poissons d’eau de mer, en particulier ceux des profondeurs, ainsi que pour ses expositions uniques et les panneaux d’explication humoristiques faits à la main par le personnel. Il apparait d’ailleurs en gros plan en page d’accueil du site officiel de l’aquarium. L’aquarium ayant ouvert ses portes en 1956, soit douze ans avant la construction du gymnase, il n’est pas improbable que Tokio Tsuruta ait pris l’isopode géant pour modèle après que celui-ci ait apparu dans les pires cauchemars du petit Tokio depuis sa première visite à l’aquarium encore gamin. J’ai cherché un peu sur la toile mais je n’ai trouvé ni détail sur l’architecte, ni allusion à un rapport entre le crustacé et le bâtiment qui puisse confirmer ma théorie. Il pourrait être amusant de poser la question à la mairie de Gamagōri ou au cabinet d’architecte, mais je ne suis pas sur qu’il aient le sens de l’humour. Encore une side quest de plus !

vie quotidienne

Press ‘Play’ to reminisce

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Sans smartphone, j’ai durant trois interminables semaines été privé de musique lors de mes déplacements. Lors des quelques premiers jours j’ai pensé que ce serait l’occasion de réfléchir un peu, d’organiser mes idées et mes journées de travail en prévisualisant celles-ci mais je me suis vite rendu compte que d’une part le temps que la machine se mette en route que je suis déjà arrivé à la gare, mais surtout à confirmer ce que je redoutais, c’est à dire que je suis incapable de structurer mes idées sans les coucher sur papier, en les encadrant et les reliant à grand renforts de flèches.

Pour combler ce silence que je ne saurai entendre davantage j’ai tout d’abord pensé acheter un lecteur mp3 basique, mais ce serait avouer mon addiction. J’ai donc farfouillé dans mes affaires et en ai ressorti mon vieux dictaphone, auquel je pense ne pas avoir touché depuis quatre ou cinq ans et dont je n’ai qu’un vague souvenir du contenu. Pendant plusieurs jours j’écoute ainsi de nombreuses heures d’enregistrements divers : La voix de mon fils aîné, encore celle d’un enfant, avant que sa voix ait muée et qu’elle ressemble à la mienne au point qu’il arrive de nous confondre, imitant les directives d’un contrôleur de trafic aérien. Des enregistrements de conférences et de groupes d’études autour du tourisme (l’agréable et lointaine époque où j’aimais presque mon travail). L’enregistrement audio du passage du groupe Clammbon au Fuji Rock en 2019, que je me souviens avoir tenté de faire passer au format mp3 en raccordant l’appareil à l’ordinateur. Je m’étais trompé dans la configuration et le concert avait découpé en une soixantaine de morceaux, une nouvelle piste débutant à chaque blanc de plus d’une seconde. Suit le séjour de deux jours à Tōkyō en février 2019, que j’avais pratiquement intégralement enregistré, du vol JL200 de Nagoya à Tōkyō (dont j’avais fait un petit montage publié ici) jusqu’à l’embarquement de Haneda le lendemain. Quelle curieuse sensation d’entendre les sons d’une ville différente de celle où l’on se déplace, et mon étonnement quand, même cinq ans plus tard, je sais exactement à quel moment, à quel endroit j’ai entendu un son en particulier : conversation entre deux filles à la sortie de l’avion à Haneda, gosse en pleurs qui se fait gronder en chinois pas ses parents dans la station de métro à Ginza, le capharnaüm du Tower Records de Shibuya. Je suis capable de siffloter l’air de la musique d’accueil qui émanait de la télé préalablement allumée quand je suis entré dans la chambre (alors que je suis incapable de me remémorer ni le lieu ni le nom de l’hôtel) et me suis immédiatement souvenu, avant de l’entendre, que 7 Rings d’Ariana Grande passait sur MTV quand j’ai changé de chaîne. J’ai très mauvaise mémoire en général, à part pour tout ce qui est en rapport au son. C’est comme si l’espace de ma mémoire mis à disposition de tout ce qui est relatif à l’ouïe et aux sons était disproportionné par rapport au reste.