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De l’art d’organiser sa pensée –

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Toyoda Auditorium
Bâtiment université de Nagoya
Bâtiment université de Nagoya
Torii Chiyoho Inari Shrine Nagoya Branch
Chiyoho Inari Shrine Nagoya Branch
Chiyoho Inari Shrine Nagoya Branch
paysage urbain quadrillé par des câbles haute tension

Ma balade part du campus universitaire de l’université de Nagoya en direction du quartier de Motoyama (本山). Comme je n’ai qu’un peu plus d’une heure à tuer avant mon rendez-vous je parviens à faire l’impasse sur le Toyoda Auditorium, que je ne me souviens pas avoir visité depuis le décès de son concepteur, Fumihiko Maki, en juin 2024. Cela fait deux ou trois fois maintenant qu’au lieu de marcher complètement au hasard je base mon itinéraire sur les papeteries ou librairies existant dans le quartier où je me trouve. Je décide cette fois de faire un rapide crochet par la librairie ‘Books Fronte‘, qui se situe sur le campus de l’université afin de me procurer l’un ou l’autre stylo au couleurs de l’université (blanc et vert), qui viendra compléter ma grandissante collection d’instruments d’écriture de couleur de verte.

Je longe divers bâtiments de l’université aux façades intéressantes, puis, dans l’avenue qui mène au Parc Higashiyama mon regard est attiré par un torii rouge. Je m’engouffre dessous et monte sur une cinquantaine de mètres de long en passant sous un tunnel de torii. Une fois sorti de ce petit bois on aboutit sur un sanctuaire. Il s’agit du sanctuaire Chiyobo Inari (千代保稲荷神社), le seul sanctuaire annexe officiel d’Ochobo-san, le célèbre Chiyobo Inari de Kaizu (海津, dans la préfecture de Gifu), qui est l’un des sanctuaires les plus importants du Japon pour la réussite commerciale. Contrairement au sanctuaire principal dont l’histoire remonte à près de mille ans, la branche de Nagoya a été fondée en 1952. Sa création répondait à la demande des nombreux fidèles de Nagoya, en particulier des commerçants, qui se rendaient régulièrement à ‘Ochobo-san’ à Kaizu pour prier en faveur de leurs affaires. Le terrain se trouvait alors à proximité immédiate de l’Université de Nagoya, dans un quartier résidentiel calme qui était encore peu urbanisé dans les années 1950. Aujourd’hui encore, le sanctuaire est caché dans un petit bois, ce qui lui donne une atmosphère étonnamment paisible malgré la proximité de grands axes et du campus. Je regrette qu’il n’y ait pas un banc quelque part à l’ombre pour profiter du silence. Je me surprend également à faire attention à ne pas faire le moindre bruit en marchant sur les graviers. J’en ai presque l’air louche.

Je rebascule dans le ‘monde présent‘ et me dirige vers Motoyama. Je suis frappé par le contraste entre la pureté du sanctuaire que je viens de visiter et le fouillis de la ville, notamment ces câbles électriques, enchevêtrements aériens qui saturent l’espace visuel des rues. Imprimer la dernière photo de la série et la découper le long des câbles pour en faire un ‘puzzle urbain’.

J’ai beaucoup aimé la façon dont la librairie semble être un lieu de rassemblement et d’échange pour les férus de littérature du campus. On notera la participation de l’université au ‘marathon de lecture’ consistant à lire 100 livres pendant les 4 ans du cycle universitaire, ainsi que les nombreux commentaires écrits à la main par les étudiants eux-même. Il y avait également un stand spécial destiné à l’essai de Shigehiko Toyama (外山滋比古, 1923–2020, essayiste et penseur né à Nishio dans la préfecture d’Aichi), ‘Shikō no seirigaku’ (思考の整理学, que l’on pourrait traduire par ‘De l’art d’organiser sa pensée‘). Cet ouvrage, publié en 1983, est devenu un véritable classique au Japon. Il est souvent recommandé aux étudiants, chercheurs et professionnels pour sa réflexion sur la créativité, la prise de notes, la mémoire et les méthodes de travail intellectuel. Malgré son âge il reste un best-seller et est régulièrement cité parmi les livres de développement intellectuel les plus influents au Japon. Le stand comptabilisait le nombre d’ouvrages vendus. Il aurait été amusant de m’en emparer pour voir si le compteur est véritablement mis à jour, mais en fait j’en ai déjà un exemplaire dans ma bibliothèque ! L’ouvrage est par ailleurs très intéressant et plein de bonnes idées, mais comme pour tout ouvrage de développement personnel qui se respecte, impossible de les mettre à l’oeuvre pendant plus d’une semaine …