Category Archives

86 Articles

musiques/Nagoya

Kurayamisaka super rookie – Meieki, Nagoya

Posted on
meieki
reflets du HAL
meieki
ombres sur un rideau de fer
laveur de vitres building
chantier près de la gare de Nagoya

Je ressors des photos prises vers la mi-décembre autour de la gare de Nagoya car je n’ai pas encore pris la moindre photo depuis le début de l’année. Le fait qu’avec les enfants en vacances je n’ai pas eu l’opportunité de me balader n’est pas un prétexte. Le froid est tout simplement trop vif et j’ai rapidement les doigts gelés, et cela depuis tout petit. Je me souviens très clairement à l’école primaire être incapable en hiver d’écrire quoique ce soit même dix minutes après la récréation, ce qui était particulièrement pénible quand il y avait un examen ou une dictée. Bref.

Musicalement parlant en tout cas, l’année commence merveilleusement bien. C’est mon fils aîné qui m’a conseillé l’album ‘kurayamisaka yori ai wo komete‘ du groupe de rock alternatif ‘Kurayamisaka‘. ‘Tu vas aimer, c’est la réincarnation de Supercar‘, me dit-il. Supercar, rien que ça !? Le best-of du groupe, ‘16/50 1997-1999‘ (’03), fait partie des cinq ou six cds qui ont leur place dans la boîte à gants de la voiture. Nous l’avons tant écouté en voiture que nous en connaissons par coeur les paroles des premiers morceaux, et ‘Cream soda‘ ou ‘Lucky‘ sont pratiquement des hymnes nationaux de notre ‘clan’ ! J’apprécie énormément ce groupe et j’ai toujours été déçu de ne l’avoir découvert que peu avant leur séparation en 2005 via leur participation à la bande originale du film ‘Ping Pong‘ (’02). Sa musique est étroitement liée aux premières années au Japon et tient une part important dans ce que j’aime appeler ma ‘mémoire musicale’.

Le groupe Kurayamisaka (qui se prononce kurayamizaka) a été formé fin 2021 à Tōkyō, et est constitué de cinq membres. Le groupe sort en 2022 un premier single (‘farewell‘) suivi d’un mini-album constitué de 6 titres intitulé ‘kimi wo omotte iru‘. Sortent ensuite deux double-singles que l’on retrouvera dans leur premier album, puis le groupe apparait au FUJI ROCK FESTIVAL’24 ROOKIE A GO-GO, la rampe de lancement des nouveaux groupes vers la scène musicale. Consécration, l’année suivante, le groupe gagne sa place au festival Fuji Rock en juillet et sort dans la foulée son premier album ‘kurayamisaka yori ai wo komete‘, en septembre dernier.

L’album entre dans le vif du sujet de très belle manière dés le premier morceau, kurayamisaka yori ai wo komete, qui dans sa construction et de par l’énergie qui s’en dégage donne l’impression qu’il pourrait être à la fois la première et la dernière chanson du groupe, comme si le groupe y avait insufflé tout son être. Le ‘Ai o komete‘ du titre signifiant ‘avec tout mon amour‘, peut-être que je n’exagère pas tant que cela et que mon interprétation est correcte. J’aime beaucoup l’introduction tout en douceur puis la manière dont tout les instruments se déchaînent après que la chanteuse, Sachi Naito (内藤さち), ait comme donné vie au groupe, en poussant ce ‘ha‘ dont on ne sait pas s’il s’agit d’une inhalation ou d’une exhalation mais qui agit comme un détonateur d’explosion, un big bang qui serait le point de départ de toute chose. J’ai trouvé un blog tenu par le guitariste et leader du groupe, Shimizu Shōtaro (清水 正太郎), qui explique que la démo du morceau a été finalisée en juillet 2023. Il en parle comme étant un tournant décisif, dit que grâce à cette chanson, la vision d’ensemble de l’album est devenue nettement plus précise, qu’elle a mis le groupe sur les rails.

Le deuxième titre ‘metro‘ est plus conventionnel mais tout aussi efficace. Son dynamisme fait que malgré qu’il soit plus long que le morceau précédent, il file en un instant, comme un générique d’ouverture d’anime. Vient ensuite mon morceau préféré de l’album, ‘Sunday Driver‘. J’exulte, j’en pleure presque de joie ! Avec l’intro et ses guitares abrasives j’ai dés les premières notes l’impression d’écouter un nouveau morceau de Supercar. L’étonnante brièveté du premier couplet fait que l’on se prend sans préavis le refrain en pleine figure, c’est absolument jouissif, j’en ai eu la chanson en tête pendant les trois jours suivants. C’est Shimizu qui pose sa voix sur le morceau suivant, ‘modify Youth‘. Sa manière nonchalante de chanter me fait évidemment penser à la voix de Kōji Nakamura (中村弘二), le leader de Supercar. Je regrette qu’on ne l’entende pas un peu plus par la suite dans l’album, car si de fait les quelques morceaux qui suivent sont tous de très bonne facture, leur schéma se ressemble un peu et une alternance des voix aurait donné un peu plus de pêche à certains morceaux. Il n’empêche que ‘nameless‘ et surtout ‘evergreen‘, les deux morceaux qui suivent, sont deux très beaux morceaux qui sentent bon les belles soirées de fin d’été en bord de mer – et ce n’est pas moi qui le dit, c’est explicitement décrit dans les paroles dés le début de ‘evergreen‘. ‘Sekisei inko‘ est musicalement plus chargé, on y retrouve riffs de guitares efficaces et solo divers. Dans le premier couplet la chanteuse inspire profondément avant chaque phrase. Je ne sais pas si cela a une signification quelconque mais en fin de compte je n’entends plus que cela. J’ai cru lire quelque part que le groupe citait le groupe anglais Muse comme source d’inspiration, je me demande s’il y a un quelconque rapport ou une influence dans la façon dont Matthew Bellamy happe de l’air avec grand bruit entre chaque phrase dans le titre ‘New Born‘ qui ouvre l’album culte ‘The Origin of Symmetry‘.

Le refrain de ‘weather lore‘ avec son côté dramatique (emoi, comme on dit) est très beau mais dans l’ensemble le morceau sonne un peu creux par rapport aux autres. L’instrumentation de ‘Highway‘ (ハイウェイ) est très fluide, elle enveloppe l’auditeur, mais le son manque de saveur, il est trop teinté de pop à mon goût. ‘Theme (kurayamisaka yori ai wo komete)‘, est un agréable petit interlude à la guitare acoustique qui permet de reprendre des forces pour attaquer ‘jitensha‘, morceau très efficace mais sans grande particularité. On finit l’album en courant à toute haleine avec ‘Anata ga umareta hi ni‘ (あなたが生まれた日に), morceau au rythme rapide, proche du punk rock. Le morceau précédent finissant en fade out, l’intensité n’en est que plus accentuée encore. J’aime beaucoup la seconde moitié du morceau avec ce mélange de guitares et de voix pré-enregistrées déformées, puis les derniers coups de batterie saturés à outrance, qui sonnent comme ceux de quelqu’un à bout de force et qui y met toute son âme, qui viennent ponctuer la fin du morceau.

Même si il y a des hauts et des bas et que le groupe tombe parfois dans la facilité avec l’un ou l’autre morceau qui manque de personnalité par rapport au reste, pour un premier album il est d’une qualité exceptionnelle. Le groupe a une image et une identité qui lui est propre et la trame musicale de l’album est cohérente. Je n’ai pas cherché à lire l’intégralité de l’article sur l’album afin de pouvoir l’interpréter sans être influencé par celui-ci, mais il ne fait nul doute que plusieurs écoutes seront nécessaires pour en saisir les détails et les subtilités. Le groupe est en tournée à travers le Japon jusqu’en juillet, je me laisse donc un peu de temps pour digérer cette découverte et me tourner vers les débuts et autres performances live du groupe disponibles sur internet. Après un tel départ je me demande cependant comment Kurayamisaka va négocier son deuxième album. Un album identique à celui-ci me lasserait quelque peu, j’espère y entendre quelques influences électro. A suivre donc.

kurayamisaka
kurayamisaka yori ai wo komete (2025)
12 titres, 46 minutes

(Tout commentaire ou impression est la bienvenue. N’hésitez pas !)

architecture/Nagoya

‘Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?’ – Kakuōzan, Nagoya

Posted on
Nittaiji Kakuozan Nagoya
petit temple autour du Nittaiji Kakuozan Nagoya
feuilles mortes sur un pare-brise
une maison a Kakuozan Nagoya
galerie photo en extérieur Kakuozan Nagoya
fruits et legumes Japon
Mamushigaike Hachimangu Shrine Nagoya

Balade dans le quartier de Kakuōzan (覚王山) par une agréable matinée ensoleillée de début de mois de décembre. J’avais tout d’abord l’intention de me rendre à Yokiso, la villa construite par le premier directeur de la chaîne de grands magasins Matsuzakaya, Ito Jirozaemon Suketami, au début du XIXème siècle, afin de profiter de ce qu’il pouvait rester comme feuilles d’arbres écarlates, mais malheureusement la demeure était fermée au public ce jour-là.

Je me rabats sur le temple Nittai-ji (日泰寺) juste à côté, puis marche complètement au hasard pendant plus de deux heures dans le quartier très vallonné qu’est Kakuōzan. Les squares y sont nombreux et les pans de murs y servent de galerie photo. La taille de certaines maisons font rêver et les trottoirs sont larges et d’une propreté impeccable, je me fais la remarque qu’il y a plus de feuilles mortes sur le pare-brise des voitures que par-terre.

Je redescends de mon nuage, en quelque sorte, au fur et à mesure que j’approche du quartier plus populaire autour de la gare d’Ikeshita (池下). Il semblerait que ce soit la fin des cours, de nombreux lycéen(e)s envahissent les rues. J’ai beau savoir que dans le fond ma présence passe quasiment inaperçue, je me sens comme observé, il m’est désormais impossible de me concentrer. Je me glisse sous un torii qui apparait justement sur ma droite et trouve refuge dans l’étroite cour d’un temple nommé Mamushigaike Hachiman-gu (蝮ヶ池幡宮). Je suis surpris pas l’utilisation, peu commune, du terme ‘mamushi’, une espèce de serpent de la famille des vipères, dans le nom du temple. Bien que la vipère puisse représenter le danger, le serpent dans l’art et le folklore incarne souvent la sagesse, l’immortalité, et est censé apporter fortune et protection contre le mal. N’oublions pas que 2025 est l’année du serpent ! Même s’il aura fallu attendre le dernier mois de l’année, je ne peux qu’interpréter de manière positive la façon dont j’ai été comme guidé jusqu’ici.

architecture/Nagoya

あきらめる勇気 – NZU(4)

Posted on
NZU Nagoya Zokei University details
NZU Nagoya Zokei University details
NZU Nagoya Zokei University details
NZU Nagoya Zokei University details

Bref passage à Nagoya Zokei University (NZU), pour le plaisir des yeux. J’aime l’architecture mais j’en parle extrêmement mal. Des formes, des motifs, des courbes peuvent m’être agréable sans que je ne sache concrètement expliquer pourquoi. Afin de devenir capable de mettre des mots sur ces sensations je m’étais il y a quelques années inscrit à un cours sur l’architecture sur la plateforme d’apprentissage en ligne edX, mais j’ai abandonné à mi-chemin. Je suis intéressé, mais pas passionné semble-t-il. L’inscription sur cette plateforme fondée par le MIT et l’université d’Harvard ne m’aura cependant pas été complètement inutile puisque de fil en aiguille elle m’aura permis d’acquérir les bases de la programmation en langage Python grâce aux cours du CS50 de HarvardX. Au lieu de peiner à trouver les mots justes, peut-être devrais-je de temps en temps juste me laisser aller et abandonner, en ne publiant que des photos.

architecture/Nagoya

‘crushed frozen heart pretending to be a poker face’ – Common Nexus, Nagoya

Posted on
Nagoya University Common Nexus ComoNe
Nagoya University Common Nexus ComoNe
Nagoya University Common Nexus ComoNe
Nagoya University Common Nexus ComoNe
Nagoya University Common Nexus ComoNe
Nagoya University Common Nexus ComoNe

Si je me souviens vaguement que la dernière fois que je me suis baladé à l’université de Nagoya l’allée principale était en travaux, j’ai été fort surpris de voir le résultat dans le dernier numéro du magazine d’architecture Shinkenchiku. Une balade s’impose malgré le temps maussade cette semaine, en espérant qu’il ne pleuve pas – emoji mains qui prient.

Le bâtiment Common Nexus (東海国立大学機構 Common Nexus), surnommé ComoNe, situé sur le campus Higashiyama de l’Université de Nagoya, a été conçu par le cabinet d’architecture de Tetsuo Kobori (小堀哲夫). Il a pour mission de favoriser la co-création, l’échange intergénérationnel et interdisciplinaire en mettant à disposition des espaces ouverts à la communauté universitaire, aux chercheurs, aux artistes, ainsi qu’aux habitants locaux et aux enfants. Vue de face, on a l’impression à première vue que les infrastructures sont situées sous-terre, le plan de verdure incliné que l’on a devant soi formant le toit du bâtiment tout en faisant également office de terrasse. Je suppose que par beau temps on peut s’y balader librement mais aujourd’hui l’accès y est malheureusement interdit, ce qui ne m’empêche pas d’emprunter les différentes passerelles, faisant dépasser ma tête ici et là, à chaque fois d’un nouvel endroit, comme un chien de prairie curieux.

La pluie se met à tomber, je me réfugié à l’intérieur. Grace aux façades en verre l’endroit est particulièrement lumineux malgré le temps au dehors. Il n’y a pas un bruit, au point que je me demande si j’ai vraiment le droit d’être là, mais les employés ne semblent pas vouloir me chasser quand je les croise. Partout, des étudiants seuls ou en groupes, sur leurs tablettes ou leurs ordinateurs sont en train de recréer le monde de demain. L’atmosphère du lieu incite à la réflexion et aux études, et je ne peux m’empêcher de regretter de ne pas avoir poursuivi les miennes un peu plus loin, peut-être jusqu’à la recherche, en sociologie japonaise ou en linguistique. J’ai bien conscience que j’en ai une vision romancée de la profession, celle du type entouré de piles de livres, absorbé dans ses lectures, écrivant sur ce qu’il aime. Il m’arrive de me demander si ce blog n’est pas d’une certaine manière ma façon de vivre cette ‘vocation’ manquée. Mais vu le chaos qui règne dans ces pages, je peine à croire que je serai allé bien loin.

Nagoya/Nagoya

‘It’s good to see green’ (3) – Atsuta-ku, Nagoya

Posted on
Atsuta Jingu camphrier géant
Atsuta Jingu
Atsuta Jingu prêtres shintoïstes
Atsuta Nagoya homme qui se repose
Nagoya Atsuta maison recouverte de plantes
plantes vertes qui dépassent d'un muret

Comme les années précédentes je recherche un peu d’ombre et de fraîcheur dans le grand parc qui entoure le sanctuaire Atsuta Jingū, au sud de Nagoya. Bien que nous soyons en semaine l’endroit est anormalement animé, des groupes de vingt à trente touristes aussi bien japonais qu’étrangers déambulant dans les allées, s’amassent autour de l’autel principal pour prier puis se succèdent pour prendre des photos de groupe, le photographe à chaque fois obligé de reprendre plusieurs fois la photo parce qu’un distrait ne regardait pas l’appareil ou avait les yeux fermés. J’étais venu pour trouver un peu de tranquillité et de sérénité dans un lieu sacré mais le brouhaha provoqué par tout ce monde qui parle en même temps, les bruit de pas dans le gravier et la poussière qu’ils lèvent, le mouvement incessant de la foule m’épuisent plus que nécessaire. Si la chaleur accablante doit y être pour beaucoup dans mon manque d’enthousiasme, le contraste flagrant avec ma promenade au Zenkōji le mois dernier dont j’étais revenu apaisé et empli d’un sentiment d’épanouissement, me laisse songeur.

Paradoxalement, je fuis donc le sanctuaire pour m’engouffrer dans les rues alentours mais j’ai vite fait de regretter ma décision. Le soleil est à son zénith, la lumière est blanche et éblouissante, écrasante et les ombres pratiquement inexistantes comme si je traversais quelque désert aride. Oasis sensorielle, il me semble que la simple vue d’une plante ou du moindre petit espace de verdure fait baisser ma température corporelle de quelques degrés. Je suis à l’affût, capture en photo pots de fleurs, maisons recouvertes de lierre et autres plantes qui se hissent au-dessus des murets. Les années passent mais ce thème m’obsède toujours autant …

livres/Nagoya

Une dernière page et au lit ! – Meieki, Sakae, Nagoya

Posted on
Nagono Nagoya
temple et panneaux publicitaires
jardin
pause
chaises
chaises
auto-ecole
voiture de sport

Avec les fortes chaleurs de ses dernières semaines il devient difficile de sortir se balader. A 8h du matin il fait déjà presque 30 degrés et ce n’est qu’en ralentissant le rythme de course que je parviens encore à courir autour de 10km sans m’évanouir. J’entame donc le stock de photos prises ces trois derniers mois avec une série de huit photos proposant quatre thèmes que l’on s’amusera (ou pas) à y chercher. Il n’y a pas forcement de réponse correcte, on interprète les photos comme on le veut, c’est cela qui est amusant.

Si une expression japonaise dit ‘l’automne, saison de la lecture’, (読書の秋), assommé par la chaleur, ébloui par la lumière, à défaut de pouvoir faire autre chose c’est pour moi l’été que je lis le plus. Après avoir donc en guise d’amuse-bouche relu comme chaque année ‘La trilogie new yorkaise’ de Paul Auster dans une édition ‘Livre de Poche’ datant de 1997 que je garde précieusement, je viens de terminer de lire en japonais Shippū Rondo (疾風ロンド, 2013) de l’auteur de romans policiers Keigo Higashino (東野 圭吾). S’il se lit très facilement je n’ai pas été particulièrement convaincu par cette histoire (Un employé mécontent d’une université vole une arme biologique appelée ‘K-55’ et menace de la déployer à moins qu’une rançon ne soit payée, mais meurt dans un accident de voiture sans que personne ne sache où l’arme a été cachée …) qui de par ses rebondissements invraisemblables m’a fait penser à un mauvais film hollywoodien. Justement, celui-ci semble avoir été adapté en film en 2016 avec Hiroshi Abe en tête d’affiche et cela n’a pas l’air d’être fantastique. Rien d’étonnant donc à ce que l’on ne trouve pas sa traduction parmi les nombreuses oeuvres disponibles en français chez Actes Sud. Dans ma pile de livres,  à lire au frais en sirotant un café glacé j’ai deux oeuvres de Yōko Ogawa (小川洋子)(Petites boites et Jeune fille à l’ouvrage), Pays de neige, le chef-d’oeuvre de Yasunari Kawabata qui a surgi de nulle part après un peu de rangement, 4321 de Paul Auster, que j’ai fini par me payer en version originale, Dune de Franck Herbert, en français, acheté lors de mon retour au pays en janvier et que je n’ai pas relu depuis vingt ans, et pour finir un roman japonais acheté vite-fait l’autre jour, mystérieusement intitulé ‘Labyrinth of Hortensia and the Minotaur‘ (一次元の挿し木) de Ryūnosuke Matsushita (松下 龍之介).

En été je préfère également la radio ou les podcasts à la télé. C’est avec un ravissement certain que je retrouve le journaliste et écrivain Richard Gaitet dans son émission Bookmakers sur ARTE Radio. J’avais longtemps écouté son émission littéraire Nova Book Box lorsqu’il était sur Radio Nova, et Le prix de la page 111, ‘le plus absurde des prix littéraires‘, qui récompense chaque année la meilleure page 111 d’un roman de la rentrée littéraire et que Gaitet anime avec un enthousiasme contagieux, m’a définitivement convaincu que la littérature et son analyse peuvent être autre chose qu’une épreuve de commentaire composé. Au lieu de survoles les textes je me suis mis à lire plus attentivement, en prenant mon temps. On apprécie un texte ou pas, on s’arrête, on tente d’expliquer pourquoi. Un peu comme les pubs à la télé … Je suis en train d’écouter un à un les cent et quelques épisodes de Bookmakers, hier j’ai religieusement dégusté celui avec Daniel Pennac, dont je me souviens avoir lu adolescent l’intégralité de la Saga Malaussène avec un immense plaisir. Si j’aime beaucoup cette émission dans laquelle on découvre le cheminement qui amène à l’écriture, la voix de Pennac a quelque chose d’apaisant et ses mots font mouche, il parle comme il écrit, c’est sublime.

Je suis conscient que ce billet n’a pas grand chose à voir avec le Japon. Je cherche des émissions du même style, en japonais, à propos d’auteurs japonais, mais ne tombe que sur des formats carrés ou trop courts, des échanges soporifiques sans passion, comme si la littérature devait nécessairement être quelque chose d’ennuyeux.

architecture/Nagoya

Jingūmae (stage 1) – Atsuta-ku, Nagoya

Posted on
escaliers entrepôt Jingumae Nagoya
entrepôt escaliers Jingumae Nagoya
entrepôt escaliers Jingumae
escaliers bleus entrepôt Jingumae
entrepôt Jingumae
entrepôt Jingumae Nagoya

Une à une je tente de rayer de ma liste les choses à faire, à voir ou à visiter. Alors que je suis passé en train des dizaines de fois devant, cela faisait ainsi bien longtemps que je voulais photographier les gigantesques entrepôts appartenant à l’entreprise de logistique Chūkyo Sо̄ko Logistics Company (中京倉庫), à environ dix minutes à pied de la gare de Jingūmae (神宮前). Si les entrepôts exercent sur moi une certaine fascination depuis que je sais qu’ils peuvent contenir un avion comme c’est le cas au Flight of Dreams à l’aéroport international de Chūbu Centrair, plus que l’intérieur à propos duquel on ne peut de toute manière que faire des spéculations, je suis ici davantage intrigué par les escaliers en extérieur qui longent leurs parois. Leur disposition non symétrique, presque aléatoire, me donne l’impression de voir se révéler le derrière de la scène d’un niveau de jeu de plate-formes où le personnage disparaît derrière une porte pour soudainement réapparaître à un endroit complètement différent du paysage afin de surprendre son adversaire. Le bâtiment doit bien faire plus d’une trentaine de mètres de haut, même si je n’ai pas particulièrement peur des hauteurs et du vide je ne pense pas être en mesure d’emprunter ces raccourcis en courant tel un super-héros.

Nagoya/Nagoya

From bottom to top – Sakae, Nagoya

Posted on
sakae oasis
reflet homme sakae oasis
selfie
chunichi building rooftop
conrad hotel nagoya
chunichi building rooftop
chunichi building rooftop

Une série de photos prises à Sakae, Nagoya, il y a plus ou moins deux semaines de cela, autour de l’Oasis 21 et de la MIRAI Tower, la tour de Nagoya. J’essaie de voir les choses, des situations ou des formes dont on ne se rendrait pas compte si l’on ne prends pas le temps de s’arrêter et de regarder autour de soi. Photographier me force à prendre mon temps et à ralentir, même si j’avoue perdre encore trop rapidement patience et n’arrive pas à attendre que se produise ce quelque chose qui rendrait mes photos plus intéressantes. J’apprécie cependant ce dialogue avec moi-même à propos des raisons qui me poussent à prendre telle ou telle photo, m’amuse de mes joies et de mes déceptions lorsque je les découvre le soir sur l’écran de mon ordinateur. Ces derniers temps je suis extrêmement intrigué par le fait qu’alors que je suis généralement exigeant et intransigeant envers moi-même au travail au point que cela me paralyse et que j’en perde mes moyens, dans tout ce qui à trait à mes loisirs je suis plutôt bienveillant et indulgent et cherche sans cesse à progresser petit à petit.

Je me plaignais ce jour-là du temps gris et couvert mais c’était alors de loin encore bien moins pénible que les températures hallucinantes, les 36 degrés à Nagoya depuis trois jours que nous subissons alors que nous ne sommes encore qu’à la mi-juin. Il me semble difficile dans ces conditions d’aller marcher pendant des heures en pleine ville et encore moins d’aller courir à moins de me lever très tôt le matin. Voilà donc qui marque début de la période d’entraînement croisé avec la natation. Je me demande bien quelles températures nous allons atteindre cet été …

Je fais un rapide passage à la terrasse située au septième étage du Chūnichi Building. Les travaux de réaménagement du quartier de Sakae vont bon train, le logo du Conrad, luxueux hôtel de la gamme Hilton qui devra ouvrir ses portes en été 2026, a fait son apparition en haut de ce bâtiment qui fera 211 mètres de haut. De nombreux ouvriers sont affairés autour des divers immeubles et aux manettes des grues, s’il m’arrive d’imaginer la vue extraordinaire qu’ils doivent avoir de là-haut, je ne suis pas sur de vouloir être à leur place.

architecture/Nagoya

Void phobia – Hoshigaoka, Nagoya

Posted on
Hoshigaoka magasin de vêtements
Hoshigaoka bâtiment
arrière-boutique Japon
reflets miroir
Porsche en vitrine magasin
bâtiments Hoshigaoka
appartements x terminal de bus Hoshigaoka

Le quartier de Hoshigaoka se signale également par son luxe. La chaine de grands magasins Mitsukoshi se trouve juste à la sortie du métro et un nouveau complexe de boutiques et de restaurants, appelé Hoshigaoka Terrace, y a été ouvert en 2003. De l’avenue principale jusqu’aux arrière-boutique, tout est méticuleusement propre et rangé au point que c’en est presque ennuyant. C’est également ici que je tombe par hasard sur un magasin vendant des Porsche d’occasion puis le fameux concessionnaire Lexus réputé pour être celui vendant le plus grand nombre de véhicules de la marque de tout le pays, grâce notamment à un service clients que l’on dit exceptionnel. La petite histoire selon laquelle le garde à l’entrée du magasin, habillé comme un portier d’hôtel, fait en forme de respect et de remerciement une courbette à chaque fois qu’une Lexus passe devant est maintenant célèbre à force d’avoir été repris dans les médias et de nombreux livres. Apparement l’endroit aurait servi de modèle pour une scène apparaissant dans le livre de Haruki MurakamiL’Incolore Tsukuru Tazaki’, qui se déroule en partie à Nagoya, mais je ne parviens pas à me souvenir de cette scène en particulier. A force de lire ses livres depuis vingt ans en français et en japonais toutes ses histoires se chamboulent.

La dernière photo pourra sembler banale mais j’ai eu comme une révélation en passant devant cet immeuble. Si la gare de Fujigaoka sert de terminus pour une partie des bus municipaux de Nagoya, on pourra s’étonner que le rez-de-chaussée d’un logement social serve d’entrepôt de bus. Ce modèle d’optimisation de l’espace m’a immédiatement fait penser à l’exemple nommé ‘bus housing’ dans le bouquin Made in Tokyo (2001, Kajima Institute Publishing) qui répertorie les étonnantes cohabitations architecturales dans la capitale. ‘There is a ‘void phobia’ in Tokyo, which instils a reaction of ‘what a waste!’ when we see unused space. Everywhere, the desire to find and fill gaps can be seen.‘ J’imagine l’odeur des gaz d’échappement et surtout le vacarme que font les bus aux départs et aux arrivées. Un rêve, un cauchemar plutôt !

musiques/Nagoya

‘Donne-moi du rêve’ – Hoshigaoka, Nagoya

Posted on
statue
quartier de Hoshigaoka
Aichi Prefectural Aichi High School of Technology and Engineering
Higashiyama Sky Tower
rue dans le quartier de Hoshigaoka
Une rue dans le quartier de Hoshigaoka
quelques plantes devant une maison

L’origine du nom du quartier ‘Hoshigaoka(星が丘), quartier situé dans le quartier de Chikusa au nord-est de Nagoya, remonterait à 1955. Lorsqu’il entama la construction d’un complexe d’habitation (団地), la Japan Housing Corporation‘, (devenue depuis l’Urban Renaissance Agency (UR) UR都市機構), organisme fondé afin de résoudre la pénurie d’habitations dans l’après-guerre, lui aurait attribué ce nom parce qu’il s’agissait de l’endroit le plus élevé parmi les complexes résidentiels de la ville de Nagoya. Hoshigaoka aurait pour signification ‘la colline la plus proche des étoiles, où brillent de magnifiques étoiles’ 「星にもっとも近く、輝く星の美しい丘」. Si le slogan peut aujourd’hui paraître exagéré ou démodé il ne faut pas oublier que le pays est alors en pleine reconstruction, les gens veulent du rêve !

Vu le temps couvert ce n’est pas aujourd’hui que l’on verra les étoiles. Tout en marchant le long de la bruyante artère principale qui traverse le quartier j’écoute depuis tout à l’heure 2 Tired‘, le dernier single du Dj et producteur canadien dj_2button, sorti récemment. Une fois habitué à cette dérangeante voix distordue pitchée et strechée, la régularité du rythme de base tout au long de ce morceau de plus de sept minutes résonne en moi comme une force incontrôlable qui me force à marcher au pas, dans mon élan je dois presque me faire violence pour m’arrêter et prendre mes photos. Le quartier est vallonné et couvert d’une verdure abondante où que l’on soit. Le zoo de Higashiyama est tout proche, la pointe de la tour d’observation Higashiyama Sky Tower apparait de temps en temps derrière d’énormes rangées de buissons et d’arbres. Même le lycée technique Aichi Prefectural Aichi High School of Technology and Engineering, ouvert en 2016, associe de manière très naturelle béton et végétal. Je me fais la remarque que les ruelles et leurs escaliers en pente raide ont quelque chose de typiquement japonais. Je m’y engouffre et coupe le son pour trouver le calme des quartiers résidentiels.