Category Archives

115 Articles

musiques/Nagoya

Kurayamisaka super rookie – Meieki, Nagoya

Posted on
meieki
reflets du HAL
meieki
ombres sur un rideau de fer
laveur de vitres building
chantier près de la gare de Nagoya

Je ressors des photos prises vers la mi-décembre autour de la gare de Nagoya car je n’ai pas encore pris la moindre photo depuis le début de l’année. Le fait qu’avec les enfants en vacances je n’ai pas eu l’opportunité de me balader n’est pas un prétexte. Le froid est tout simplement trop vif et j’ai rapidement les doigts gelés, et cela depuis tout petit. Je me souviens très clairement à l’école primaire être incapable en hiver d’écrire quoique ce soit même dix minutes après la récréation, ce qui était particulièrement pénible quand il y avait un examen ou une dictée. Bref.

Musicalement parlant en tout cas, l’année commence merveilleusement bien. C’est mon fils aîné qui m’a conseillé l’album ‘kurayamisaka yori ai wo komete‘ du groupe de rock alternatif ‘Kurayamisaka‘. ‘Tu vas aimer, c’est la réincarnation de Supercar‘, me dit-il. Supercar, rien que ça !? Le best-of du groupe, ‘16/50 1997-1999‘ (’03), fait partie des cinq ou six cds qui ont leur place dans la boîte à gants de la voiture. Nous l’avons tant écouté en voiture que nous en connaissons par coeur les paroles des premiers morceaux, et ‘Cream soda‘ ou ‘Lucky‘ sont pratiquement des hymnes nationaux de notre ‘clan’ ! J’apprécie énormément ce groupe et j’ai toujours été déçu de ne l’avoir découvert que peu avant leur séparation en 2005 via leur participation à la bande originale du film ‘Ping Pong‘ (’02). Sa musique est étroitement liée aux premières années au Japon et tient une part important dans ce que j’aime appeler ma ‘mémoire musicale’.

Le groupe Kurayamisaka (qui se prononce kurayamizaka) a été formé fin 2021 à Tōkyō, et est constitué de cinq membres. Le groupe sort en 2022 un premier single (‘farewell‘) suivi d’un mini-album constitué de 6 titres intitulé ‘kimi wo omotte iru‘. Sortent ensuite deux double-singles que l’on retrouvera dans leur premier album, puis le groupe apparait au FUJI ROCK FESTIVAL’24 ROOKIE A GO-GO, la rampe de lancement des nouveaux groupes vers la scène musicale. Consécration, l’année suivante, le groupe gagne sa place au festival Fuji Rock en juillet et sort dans la foulée son premier album ‘kurayamisaka yori ai wo komete‘, en septembre dernier.

L’album entre dans le vif du sujet de très belle manière dés le premier morceau, kurayamisaka yori ai wo komete, qui dans sa construction et de par l’énergie qui s’en dégage donne l’impression qu’il pourrait être à la fois la première et la dernière chanson du groupe, comme si le groupe y avait insufflé tout son être. Le ‘Ai o komete‘ du titre signifiant ‘avec tout mon amour‘, peut-être que je n’exagère pas tant que cela et que mon interprétation est correcte. J’aime beaucoup l’introduction tout en douceur puis la manière dont tout les instruments se déchaînent après que la chanteuse, Sachi Naito (内藤さち), ait comme donné vie au groupe, en poussant ce ‘ha‘ dont on ne sait pas s’il s’agit d’une inhalation ou d’une exhalation mais qui agit comme un détonateur d’explosion, un big bang qui serait le point de départ de toute chose. J’ai trouvé un blog tenu par le guitariste et leader du groupe, Shimizu Shōtaro (清水 正太郎), qui explique que la démo du morceau a été finalisée en juillet 2023. Il en parle comme étant un tournant décisif, dit que grâce à cette chanson, la vision d’ensemble de l’album est devenue nettement plus précise, qu’elle a mis le groupe sur les rails.

Le deuxième titre ‘metro‘ est plus conventionnel mais tout aussi efficace. Son dynamisme fait que malgré qu’il soit plus long que le morceau précédent, il file en un instant, comme un générique d’ouverture d’anime. Vient ensuite mon morceau préféré de l’album, ‘Sunday Driver‘. J’exulte, j’en pleure presque de joie ! Avec l’intro et ses guitares abrasives j’ai dés les premières notes l’impression d’écouter un nouveau morceau de Supercar. L’étonnante brièveté du premier couplet fait que l’on se prend sans préavis le refrain en pleine figure, c’est absolument jouissif, j’en ai eu la chanson en tête pendant les trois jours suivants. C’est Shimizu qui pose sa voix sur le morceau suivant, ‘modify Youth‘. Sa manière nonchalante de chanter me fait évidemment penser à la voix de Kōji Nakamura (中村弘二), le leader de Supercar. Je regrette qu’on ne l’entende pas un peu plus par la suite dans l’album, car si de fait les quelques morceaux qui suivent sont tous de très bonne facture, leur schéma se ressemble un peu et une alternance des voix aurait donné un peu plus de pêche à certains morceaux. Il n’empêche que ‘nameless‘ et surtout ‘evergreen‘, les deux morceaux qui suivent, sont deux très beaux morceaux qui sentent bon les belles soirées de fin d’été en bord de mer – et ce n’est pas moi qui le dit, c’est explicitement décrit dans les paroles dés le début de ‘evergreen‘. ‘Sekisei inko‘ est musicalement plus chargé, on y retrouve riffs de guitares efficaces et solo divers. Dans le premier couplet la chanteuse inspire profondément avant chaque phrase. Je ne sais pas si cela a une signification quelconque mais en fin de compte je n’entends plus que cela. J’ai cru lire quelque part que le groupe citait le groupe anglais Muse comme source d’inspiration, je me demande s’il y a un quelconque rapport ou une influence dans la façon dont Matthew Bellamy happe de l’air avec grand bruit entre chaque phrase dans le titre ‘New Born‘ qui ouvre l’album culte ‘The Origin of Symmetry‘.

Le refrain de ‘weather lore‘ avec son côté dramatique (emoi, comme on dit) est très beau mais dans l’ensemble le morceau sonne un peu creux par rapport aux autres. L’instrumentation de ‘Highway‘ (ハイウェイ) est très fluide, elle enveloppe l’auditeur, mais le son manque de saveur, il est trop teinté de pop à mon goût. ‘Theme (kurayamisaka yori ai wo komete)‘, est un agréable petit interlude à la guitare acoustique qui permet de reprendre des forces pour attaquer ‘jitensha‘, morceau très efficace mais sans grande particularité. On finit l’album en courant à toute haleine avec ‘Anata ga umareta hi ni‘ (あなたが生まれた日に), morceau au rythme rapide, proche du punk rock. Le morceau précédent finissant en fade out, l’intensité n’en est que plus accentuée encore. J’aime beaucoup la seconde moitié du morceau avec ce mélange de guitares et de voix pré-enregistrées déformées, puis les derniers coups de batterie saturés à outrance, qui sonnent comme ceux de quelqu’un à bout de force et qui y met toute son âme, qui viennent ponctuer la fin du morceau.

Même si il y a des hauts et des bas et que le groupe tombe parfois dans la facilité avec l’un ou l’autre morceau qui manque de personnalité par rapport au reste, pour un premier album il est d’une qualité exceptionnelle. Le groupe a une image et une identité qui lui est propre et la trame musicale de l’album est cohérente. Je n’ai pas cherché à lire l’intégralité de l’article sur l’album afin de pouvoir l’interpréter sans être influencé par celui-ci, mais il ne fait nul doute que plusieurs écoutes seront nécessaires pour en saisir les détails et les subtilités. Le groupe est en tournée à travers le Japon jusqu’en juillet, je me laisse donc un peu de temps pour digérer cette découverte et me tourner vers les débuts et autres performances live du groupe disponibles sur internet. Après un tel départ je me demande cependant comment Kurayamisaka va négocier son deuxième album. Un album identique à celui-ci me lasserait quelque peu, j’espère y entendre quelques influences électro. A suivre donc.

kurayamisaka
kurayamisaka yori ai wo komete (2025)
12 titres, 46 minutes

(Tout commentaire ou impression est la bienvenue. N’hésitez pas !)

musiques/Aichi/daydreamin'

Failing into fail

Posted on
voiture jaune devant maison faite de tuiles
vélo derrière une vitre
maison en bois a Gamagori
fleurs en plastique Gamagori
magasin aux volets fermés Gamagori
garage a char dashi

Fuir la ville et me perdre dans les petites rues de villages inconnus. Ces deniers temps mon oeil est attiré par des détails : Des couleurs, des ombres, des thèmes récurrents, ces petites choses du quotidien que l’on ne trouve qu’ici mais que l’on ne remarquera qu’une fois retombée l’extase et l’excitation que suscitent temples, châteaux et autres néons lumineux des métropoles japonaises. Le quotidien n’est pas synonyme d’ennui, d’ailleurs, quand on ouvre l’oeil les journées ne se ressemblent jamais vraiment. Les saisons passent, la lumière varie. Les plantes poussent, les objets rouillent, se désagrègent, changent de place ou sont remplacés.

J’écris ces quelques lignes en écoutant le très beau et reposant album d’ambient-pop/electro intitulé Falling into Fall des compères danois Frederik Valentin & Emil F, deux artistes que je ne connaissais pas encore il y a de cela trente minutes. Je suis tombé sur cette petite pépite en fouinant dans le torrent de nouveautés hebdomadaires que propose Apple Music, liste que je passe au peigne fin quand mon appétit est particulièrement vorace, que j’engloutis singles, EPs et albums tout genres confondus sans mâcher ni mastiquer. Si je n’écoute que deux ou trois morceaux quand la recette est particulièrement fade ou trop salée, de temps en temps de nouvelles saveurs jusqu’alors inconnues viennent me titiller les babines et j’en redemande encore et encore, et n’en laisse pas une miette.

musiques/Aichi

Dark Black Sea Glide – Gamagori, Aichi

Posted on
Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island Torii pigeons
Gamagori Takeshima Island torii
Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island Classic Hotel

De nombreux détours et autant de photos prises plus tard, j’arrive finalement à l’objectif de ma balade qu’est l’île de Takeshima. L’île de Takeshima est une petite île inhabitée, située dans la baie de Mikawa, reliée au continent par un pont piétonnier de 387 mètres. Elle abrite le pittoresque sanctuaire Yaotomi, seul bâtiment présent sur l’île, qui est l’un des sept sanctuaires du Japon dédié à la déesse bouddhiste Benten, la déesse de la musique et des artistes. L’île est désignée comme monument naturel national depuis 1930. On en fait le tour en quinze ou trente minutes selon que l’on veuille profiter ou non de l’endroit.

Je ne m’attarde pas au sanctuaire censé favoriser ‘l’harmonie conjugale‘. La dernière fois que nous étions venus ensemble ici, l’île avait été le théâtre d’une mémorable dispute – sujet dont nous rions désormais. Mon sanctuaire à moi se trouve un peu plus loin, tout au bout de l’île, à l’opposé du pont. Contempler la mer – ici, la baie de Mikawa – m’apporte cette paix intérieure que d’autres trouvent dans la prière, même si la vue est moins vaste que celle que l’on peut admirer depuis Shizuoka ou Fukui. De fil en aiguille j’en viens à me remémorer les superbes photos en noir et blanc de l’Ocean Pacifique de fgautron prises à Kanagawa, et de là le long morceau de 23 minutes Dark Sea de Chihei Hatakeyama (畠山地平), qui colle si parfaitement aux images. Ce morceau me fascine, on a l’impression qu’il n’est constitué que d’une seule note étirée à l’infini. Peut-être est-ce justement ce parallélisme qui épouse si bien le thème de la mer, immense et sans fin ? Je suis ramené à la réalité par les cris et les rires d’une cinquantaine d’écoliers en excursion scolaire. Ils sont tout excités, pour eux, l’île est sans doute un terrain de jeux et synonyme d’aventure et de mystère. Je remarque encore une fois qu’avec l’âge, on s’assagit.

La rédaction de cet article m’amène à réécouter Dark Sea bien entendu, mais aussi le somptueux titre Glide sur l’album ‘Black Sea’ par le guitariste et compositeur autrichien spécialisé dans la musique électronique, Fennesz. Je crois que c’est son titre que je préfère, il est doté à la fois d’une beauté et d’une violence inouïe et me rappelle d’agréables souvenirs de moi et mon collègue M.Itō faisant hurler Glide en voiture au retour du concert de Fennesz à Nagoya en 2009, presque en pleurs tout les deux. Ce gars était doté d’une culture musicale rare et d’une soif de découvertes insatiable, c’était avec grand plaisir que nous nous échangions nos découvertes et nos opinions. Son changement de poste quelques années plus tard a été pour moi un épouvantable choc. Hormis quelques personnes restées au pays et l’un ou l’autre camarade de fac, je n’ai à part fgautron cité ci-dessus pas encore réussi à trouver au Japon d’autres personnes à qui la musique tient autant à coeur qu’à moi … Il y a tout juste un an, France Musique lui consacrait un documentaire (à Fennesz hein, pas à M.Itō !) que je vais m’empresser d’écouter.

musiques/Nagoya

‘Donne-moi du rêve’ – Hoshigaoka, Nagoya

Posted on
statue
quartier de Hoshigaoka
Aichi Prefectural Aichi High School of Technology and Engineering
Higashiyama Sky Tower
rue dans le quartier de Hoshigaoka
Une rue dans le quartier de Hoshigaoka
quelques plantes devant une maison

L’origine du nom du quartier ‘Hoshigaoka(星が丘), quartier situé dans le quartier de Chikusa au nord-est de Nagoya, remonterait à 1955. Lorsqu’il entama la construction d’un complexe d’habitation (団地), la Japan Housing Corporation‘, (devenue depuis l’Urban Renaissance Agency (UR) UR都市機構), organisme fondé afin de résoudre la pénurie d’habitations dans l’après-guerre, lui aurait attribué ce nom parce qu’il s’agissait de l’endroit le plus élevé parmi les complexes résidentiels de la ville de Nagoya. Hoshigaoka aurait pour signification ‘la colline la plus proche des étoiles, où brillent de magnifiques étoiles’ 「星にもっとも近く、輝く星の美しい丘」. Si le slogan peut aujourd’hui paraître exagéré ou démodé il ne faut pas oublier que le pays est alors en pleine reconstruction, les gens veulent du rêve !

Vu le temps couvert ce n’est pas aujourd’hui que l’on verra les étoiles. Tout en marchant le long de la bruyante artère principale qui traverse le quartier j’écoute depuis tout à l’heure 2 Tired‘, le dernier single du Dj et producteur canadien dj_2button, sorti récemment. Une fois habitué à cette dérangeante voix distordue pitchée et strechée, la régularité du rythme de base tout au long de ce morceau de plus de sept minutes résonne en moi comme une force incontrôlable qui me force à marcher au pas, dans mon élan je dois presque me faire violence pour m’arrêter et prendre mes photos. Le quartier est vallonné et couvert d’une verdure abondante où que l’on soit. Le zoo de Higashiyama est tout proche, la pointe de la tour d’observation Higashiyama Sky Tower apparait de temps en temps derrière d’énormes rangées de buissons et d’arbres. Même le lycée technique Aichi Prefectural Aichi High School of Technology and Engineering, ouvert en 2016, associe de manière très naturelle béton et végétal. Je me fais la remarque que les ruelles et leurs escaliers en pente raide ont quelque chose de typiquement japonais. Je m’y engouffre et coupe le son pour trouver le calme des quartiers résidentiels.

livres/musiques/Nagoya

今日は何か変だな(freezing cold) – Komaki & Sakae

Posted on

Il a fait très froid la semaine dernière, il a même neigé pendant la nuit. Comme souvent, la neige a disparu dans l’après-midi, laissant le temps aux enfants de s’y amuser pendant la matinée. Je dois ce jour-là me rendre de bon matin à Komaki (小牧), ville industrielle au nord de Nagoya. Peut-être parce que les montagnes sont toutes proches, le froid y est encore plus vif qu’autour de chez nous. Je pensais profiter d’être dans le coin pour faire un tour à l’aéroport de Nagoya, mais l’environnement hostile m’a bien vite découragé, c’est donc au centre de Nagoya que je cherche refuge. Alors qu’à son ouverture les gens faisaient la queue pour y entrer, je trouve immédiatement un siège de libre au Blue Bottle Coffee au premier étage du Chunichi Building, où je me réchauffe en dégustant un double expresso au goût très prononcé qui me rappelle celui bu dans les cafés lors de mon séjour en Europe le mois dernier. J’attends ainsi patiemment l’ouverture de la libraire henn books (ヘンブックス), situé à quelques blocs de là. Les publications de cette librairie ont commencé à apparaître sur mon fil Instagram il y a deux mois et l’algorithme m’a eu à l’usure. Il n’en est fait aucune mention nulle part mais je ne peux m’empêcher de penser que le ヘン (henn) provient de d’idéogramme 変 qui se lit signifie hen et signifie changement, étrange, fait qui attise grandement ma curiosité.

L’entrée de l’immeuble est tellement discrète que je passe une première fois devant sans la remarquer. Un étroit corridor, au bout une cage d’escalier que l’on se sent obligé de gravir sans faire le moindre bruit tant l’endroit semble infréquenté. La librairie porte bien son nom sous bien des aspects. La forme de la pièce me fait penser à un hexagone dont chaque côté serait d’une taille différente. Le magasin est autonome, il n’y a pas de personnel et la caisse n’accepte que les moyens de paiements électroniques. Un petit écran répète en boucle une histoire de meurtre irrésolu sur un fond de musique mystérieuse. Les étagères remplissent jusqu’au plafond le pan de chaque mur et on y trouve tout ce que la littérature peut compter comme polars et autres romans mystérieux. Une place particulière est attribuée à Ranpō Edogawa (江戸川 乱歩, 1894-1965) qui est en fait la transposition en phonétique japonaise du nom d’Edgar Allan Poe (1809-1849) エドガー・アラン・ポー, Edogā Aran Pō) ainsi qu’à un certain Fuboku Kosakai (小酒井 不木, 1890-1929). Comme souvent lorsque je pars (involontairement) à l’aventure dans de nouveaux domaines tout semble se recouper en un seul point puisque je suis justement en train de lire une nouvelle de l’écrivain et traducteur Seiji Tanizaki (谷崎精二, 1890-1971), qui se trouve être le principal traducteur vers le japonais des romans de Poe.

Autant je connais Edogawa pour avoir lu en partie ses oeuvres en français et avoir notamment été marqué par ‘la chaise humaine’, je n’ai jamais entendu parler de Kosakai, bien qu’il semble avoir eu une influence non moins importante dans le domaine du roman policier puis de la science fiction au Japon. Apparemment celui-ci serait né en 1890 à Kanie dans la préfecture d’Aichi et aurait également vécu au Parc Tsuruma, non loin de la librairie. Me voila de nouveau avec nouvelles choses à découvrir …

今日は何か変だな (Kyo ha nani ka hen da na), drôle de journée. Hen, encore une fois … Voilà plus de deux semaines que je ne cesse d’écouter en boucle le titre ‘Movie Light‘ de la chanteuse Satoko Shibata (柴田聡子). Cette chanson a quelque chose d’ensorcelant … de bizarre. Elle est imprégnée à la fois de tristesse et de mélancolie, mais également de douceur, de chaleur et de lumière. En l’écoutant j’ai l’impression de danser un dernier slow avec un être aimé à la terrasse d’un café situé en bord de mer en sachant que nous devrons nous quitter pour toujours le lendemain. J’y aime beaucoup la ligne de basse tout en légèreté, la manière dont la batterie entre puis s’efface, la voix douce, par endroit susurrée presque, au point que la dernière syllabe de certains mots n’est qu’à peine perceptible. Apparue dans mes suggestions sur Last.fm par un froid matin d’hiver en me préparant pour aller au travail, cette chanson m’aura apporté un peu de chaleur et de réconfort pendant ce mois de février difficile. Movie Light est le titre qui ouvre l’album ‘Your favorite things‘ sorti l’année dernière, après une ouverture aussi grandiose et théâtrale la suite de l’album est a mon goût un peu fade, ou alors faut-il tout simplement attendre que la magie s’estompe pour y jeter une oreille attentive.

musiques/Nagoya

‘Les temps, comme les oeufs, sont durs’ – Kanayama, Nagoya

Posted on

Je n’ai pas mis les pieds à Nagoya depuis plus d’un mois et les photos de cette série font partie des dernières photos prises en dehors de celles de l’ascension du Mont Fuji, qui suivront peut-être l’un de ces jours.

Après les avoir photographiées en novembre 2021, en mai 2022 et en mai 2023, je fais un détour pour voir dans quel état son ‘mes’ plantes près de la gare de Kanayama. Les plants en pots sur la droite semblent comme bousculés, oppressés, étouffés par une variété de plante sortie de nulle part, qui, prenant toute la place, les obligent à se pencher en avant, à pousser vers le sol, le dos courbé. De la haie aux contours hirsutes sur la gauche trois tiges grimpent le long du mur. L’une d’elles atteint désormais la fenêtre à l’étage, je ne peux m’empêcher de penser que dans un acte de voyeurisme délibéré elle tend son cou par dessus le rideau pour mieux y voir à l’intérieur.

Si je choisis ces photos après deux semaines sans signe de vie, c’est qu’elles sont assez représentatives de mon état actuel. Je suis bousculé en tout sens par tout ce qui se passe autour de moi, étouffé par la chaleur de ce mois d’août interminable. Amorphe, incapable d’entreprendre quoique ce soit, j’ai regardé dans des positions qui m’ont values de pénibles douleurs aux dos les épreuves des JO de Paris pendant des dizaines d’heures tout et scrollant des milliards de reels et autres vidéos débiles.

Le bilan musical de cet été est à peine plus glorieux. Si je ne devais citer qu’un seul titre, ce serait ナイトグロウ (Night glow) de l’artiste nommé 東京真中 (Tokyomanaka), dont le grain dans la voix et l’articulation particulière a retenue mon attention. Curieuse sensation que de clairement ressentir que cette voix a été trafiquée et n’est pas naturelle mais que cela lui donne malgré tout un certain charme. True Magic, album du producteur autrichien basé a Manchester Salute, est à peu près le seul album a avoir tourné en boucle. Les années passent et rien n’y fait, chaque été je ressens une irrémédiable envie d’écouter de la house music. Rythmes simples et entrainants, basses bien senties, qu’il s’agisse de She knows you de DJ Tonka en 1998 ou donc de ‘True Magic‘, chaque année la magie s’opère et le coeur se fait plus léger. Si rien n’est à jeter en dehors du titre ‘Go!‘, seul bémol en milieu d’album avec la rappeuse japonaise Minami Nakamura qui m’irrite les oreilles, ce sont les deux titres Saving flowers avec Rina Sawayama et surtout One of those nights, qui, tels des phares dans la nuit, me sauvent du naufrage.

Patience ! Septembre est au pas de la porte, les enfants vont retourner à l’école et je vais pouvoir reprendre une activité normale

musiques/Nagoya

Leave all behind – Kita-ku, Nagoya

Posted on
appartement délaissé
appartement délaissé

Juste un bloc derrière le NZU, un bloc constitué de quatre appartements, des logements sociaux proche de ceux que l’on pourrait trouver dans les banlieues de France, est complètement laissé à l’abandon. Lors de ma visite précédente il y en avait cinq, en quelques mois celui le plus au nord a été intégralement détruit puis reconstruit. Tout neuf avec sa façade blanche et marron, ce dernier ressemble à n’importe quel autre appartement du genre. Aucun intérêt.

J’ai quelques jours plus tôt écouté ‘Lives Outgrown‘, premier album solo de Beth Gibbons, principalement connue pour être la voix du groupe britannique Portishead. J’ai beaucoup de difficultés à donner mon avis sur cet album car j’ai l’impression de ne pas l’avoir compris. Ce n’est pas parce que l’album est de Gibbons qu’il doit forcement être bon, mais pour l’apprécier à sa juste valeur il me semble qu’il faille s’attarder dessus, écouter attentivement les paroles, prêter l’oreille à sa voix frêle, à ses chuchotements. En attendant d’être plus réceptif je réécoute d’une traite les trois albums de Portishead, comme pour faire le deuil de sa participation au groupe et mieux pouvoir appréhender Lives Outgrown. Bien que quatorze années séparent Dolls (1994) de Third (2008) on ne peut qu’être épaté par le fait qu’aucun morceau ne soit à franchement parler démodé ou ait mal vieilli. Si certains morceaux sont plus captivants que d’autres c’est uniquement parce qu’il sont sortis en singles et font partie de la mémoire collective, mais l’on pourrait sans peine s’accorder presque 150 minutes (car je viens de me rendre compte en vérifiant la durée des albums que chacun d’eux fait 49 minutes et quelques secondes) de bonheur musical sans être capable de replacer les morceaux dans leur ordre chronologique.

Au moment où j’approche des bâtiments de cette série de photos résonnent les premières notes de Roads, chanson emplie d’une certaine mélancolie qui à ce moment sied parfaitement à cet environnement. J’imagine l’endroit, pas si longtemps que cela encore, animé, les habitants bavardant sans doute des heures durant dans le square à l’ombre des buissons, toutes les conversations commençant certainement par ‘Mais quelle chaleur aujourd’hui !’ Les clients des petits magasins au rez-de-chaussée étaient tous des habitués, les enfants jouaient avec grand bruit dans le jardin jusqu’à ce que leurs mères hurlent, à partir du balcon, de rentrer souper. Les potagers étaient minutieusement entretenus et leurs propriétaires, tout fiers, se faisaient un plaisir de distribuer leurs récoltes aux voisins et aux proches. Les rosiers et les hortensias n’étaient jamais fanées et une douce odeur imprégnait les lieux.

musiques/Nagoya

‘Where I end and you begin’ – Shin-Sakae, Nagoya

Posted on
piercing board
maison envahie par les plantes
secte
cage d'escalier
vieille voiture dans magasin

Mes errances hasardes du billet précédent me font quitter le quartier d’Ōsu, où ont été prises les photos de cette série, pour celui de Shin-Sakae (新栄), situé à l’est du quartier de Sakae. Je n’y passe pas souvent car de fait il n’y a pas grand chose à y voir. Il s’agit d’un quartier qui dort le jour et vit la nuit, les rues sont sales et la plupart des immeubles tapissés d’immenses et immondes affiches de hosts (jeunes hommes à l’air accueillant et bienveillant dont le but est de soutirer un maximum d’argent aux clientes) imberbes au sourire Colgate. Alors que je crois avoir perdu mon temps je me souviens que le disquaire Disk Union se trouve dans le coin. Je n’y trouve pas grand chose si ce n’est en parcourant le rayon des vinyles j-pop une version vinyle du premier album de Shiina Ringo, Muzai Moratorium (無罪モラトリアム). Comme il fait la coquette somme de 60,000 yens (350 Euros) il ne me viendrait pas un instant à l’idée de m’en emparer, mais cela me fait tout de même me rappeler que j’avais parlé dans ces pages de l’ouverture d’un nouveau disquaire au Chūnichi Building, qui ne se trouve qu’à quelques encablures.

Le Face Records Nagoya se trouve au premier étage. Je m’attendais à trouver celui-ci au fond d’une galerie peu fréquentée et suis donc étonné de tomber dessus dés la sortie de l’escalator, en plein centre du hall, dans un espace ouvert sans vitres. La clientèle est très variée, cela fait plaisir d’en voir une bonne partie prendre en main un disque et échanger quelque souvenir, anecdote ou commentaire à son propos. Les bacs sont particulièrement fournis en vieux disques de pop japonaise des années 70 à 90 aux pochettes un peu kitsch mettant souvent en vedette, quand il s’agit d’une chanteuse, l’interprète en gros plan prenant un air rêveur ou insouciant. On pourra toujours se moquer des coiffures improbables de l’époque il n’empêche que certaines chanteuses sont indéniablement charmantes. Cela dit, mon regard est depuis tout à l’heure plutôt attiré par un disque d’un artiste qui m’est inconnu, mais dont la pochette présente le célèbre tableau du peintre américain Edward Hopper, Nighthawks (Rôdeurs de nuit, en français), une oeuvre que j’ai toujours adorée. Pour avoir écouté avec grand plaisir pendant de nombreuses heures les mix de funk, de jazz, de soul ou encore de city pop japonaise des années 70 et 80 sur la chaîne Youtube My Analog Journal, qui que soit ce Yoshitaka Minami (南佳孝) et son Seventh Avenue South, il est peu probable que ce disque soit complètement dénué d’intérêt, même si j’avoue que j’aurais préféré une voix féminine. De toute manière, ce disque servira dans un premier temps d’objet décoratif puisque je n’ai même pas de tourne-disque, à défaut de pouvoir accrocher un tableau de Hopper au mur, le disque trônera sur mon bureau. Je m’empare sans trop réfléchir de la galette pour 800 modestes yens (5 Euros), mais dans quoi ai-je encore fourré les pieds ?

architecture/musiques/Nagoya

‘It’s not Hong Kong. Not Tokyo. If you want to go I’ll take you back one day’ – Nagoya, Aichi

Posted on
buildings nagoya
buildings nagoya
buildings nagoya
buildings nagoya
buildings nagoya
buildings nagoya
buildings nagoya

Je me balade entre les quartiers d’Ōsu et Sakae. J’ai dans les oreilles 再生 – Saisei, le dernier album de la figure emblématique du hip hop japonais DJ Krush, sorti en février dernier et que j’écoute pour la quatrième ou cinquième fois cette semaine. Si cela doit faire plus d’une dizaine d’années que je n’avais pas écouté de nouveau morceau de DJ Krush, son saisissant ‘Candle Chant (A Tribute)‘ (sur l’album 漸 -Zen-, 2001) figure depuis au moins aussi longtemps dans l’iPod réservé à la voiture. La chanson a d’ailleurs très peu de succès quand elle apparait au hasard d’une balade en famille. L’instrumentation y est minimaliste et le flow de BOSS the MC du groupe Tha Blue Herb y est il faut l’avouer monotone, et les paroles qui relatent le décès d’un proche suite à son combat contre sa maladie, sont dures.

Je ne sais pas si je suis le seul à le ressentir ainsi, mais Saisei est à peine plus joyeux. Il pue la rue et le béton, avec un zeste de cyberpunk. Les deux premiers morceaux, et bien d’autres par la suite m’ont immédiatement fait penser à Chaos Theory (2005) d’Amon Tobin, et le fait d’être au milieu d’immeubles comme entassés les uns sur les autres me remémorent les scènes et la musique de l’une des plus belles vidéos de tout Youtube, produite par Timelab, dans laquelle un drone vole dans une Hong Kong qui brille de tous ses feux en rasant ses immeubles. Après quelques titres purement instrumentaux sont intercalés par trois fois, comme pour nous ramener à la réalité, des morceaux sur lesquels un rappeur vient poser son flow. Autant les deux premiers morceaux du genre sont quelconques que le troisième, 破魔矢 -Hamaya- feat. Jinmenusagi, de par sa qualité, n’a rien à envier au reste de l’album. Le flow rapide et rythmé de Jinmenusagi, parfaitement calé sur le beat, envoûtant, m’a fait penser à un moine récitant un mantra et je n’ai été qu’à moitié étonné de constater que le clip vidéo montrait effectivement DJ Krush aux platines dans un temple, son acolyte, comme en transe, récitant ses couplets. Par curiosité j’ai écouté son album DONG JING REN (東京人, 2023) mais les productions y sont trop fades pour que ce jeune rappeur au débit pour le moins extraordinaire ne me saoule au bout de quelques morceaux. J’ai pensé que cela ne mettait que plus en valeur encore le talent de DJ Krush, qui a su tirer profit de son potentiel.

architecture/musiques/Aichi

‘Mirror(s) mirror(s) on the wall(s) …’ – Toyota Municipal Museum of Art, Toyota, Aichi

Posted on
Toyota Municipal Museum of Art 豊田市美術館
Toyota Municipal Museum of Art 豊田市美術館
Toyota Municipal Museum of Art 豊田市美術館
Toyota Municipal Museum of Art 豊田市美術館
Toyota Municipal Museum of Art 豊田市美術館
Toyota Municipal Museum of Art 豊田市美術館
Toyota Municipal Museum of Art 豊田市美術館
Toyota Municipal Museum of Art 豊田市美術館
Toyota Municipal Museum of Art 豊田市美術館

Le Toyota Municipal Museum of Art, qui fait l’objet des deux derniers billets, est l’oeuvre de l’architecte Taniguchi Yoshio (谷口吉生). Si Taniguchi Yoshio est notamment connu comme étant le concepteur du plan de rénovation du Museum of Modern Art (MoMA) de New York, il a également travaillé sur des musées symboliques du Japon, dont celui de la ville de Toyota. Les jardins aux alentours du musée sont quant à eux arrangés par un certain Peter Walker, architecte du paysage a qui l’on doit le célèbre projet Jewel Changi Airport, complexe commercial en verre comportant en son sein la plus haute chute d’eau en intérieur au monde, et ce en plein milieu du septième aéroport mondial en termes de trafic aérien.

L’architecture du bâtiment est une oeuvre d’art à part entière, et je pense avoir passé au moins de temps à l’extérieur qu’à l’intérieur du musée. Il me semble que je pourrais passer la journée à me balader autour à contempler la manière dont les ombres se transforment au fur et à mesure que le soleil monte dans le ciel. A l’étage l’on découvre un plan d’eau et une curieuse installation, The Colors Suspended: 3 Exploded Cabin (3つの破裂した小屋, 2003), de l’artiste, peintre, sculpteur et plasticien français Daniel Buren : Trois cabines dont l’intérieur est respectivement bleu, rouge ou jaune. La façade extérieure est intégralement recouverte de miroirs et de chaque côté se trouve une ouverture d’où l’on peut entrer à l’intérieur. A quelques pas devant chaque porte se trouve une cloison faisant la taille d’une porte. L’une de ses faces est de la même couleur que celle de la cabane, l’autre face est à nouveau constituée d’un miroir. La lumière du soleil, le paysage environnant, le musée et les visiteurs se reflète de toutes parts, s’entrechevêtrent au point que je ne peux pas affirmer avec certitude ne pas apparaître dans le pan d’un ou l’autre miroir. J’essaie de découper les images, d’y insérer des personnes ou de faire coïncider les lignes de bâtiments différents.

J’écris ces quelques lignes en écoutant IRIS: A Space Opera, l’époustouflante performance du groupe Justice. Je possède le premier album du groupe ( † , 2007) mais je ne l’ai pas écoute depuis un bon bout de temps. Au fur et a mesure que les titres défilent parfaitement enchaînés je me rends compte que j’en attribuait un certain nombre à leur compatriote français Jackson And His Computerband (Smash, 2005). C’était alors l’âge d’or de la ‘French House‘, toute la clique du label Ed Banger produisait à foison, je m’y suis perdu en cours de route … J’ai pris énormément de photos de l’installation de Buren, me mettant au centre de chacune des trois cabanes et photographiant chacune des quatre sorties, puis, à l’inverse, capturant chaque cloison à plus ou moins la même distance de celle-ci. En écoutant le concert m’est venu à l’idée de créer une animation ou une video où ces photos s’alterneraient au rythme de la musique. Dieu seul sait si cette Nième idée verra le jour ou non …