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musiques/Nagoya

‘Vingt ans plus tard, Confield sonne toujours comme s’il allait être composé demain’ – Atsuta-ku, Nagoya

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J’ai une heure à tuer dans les environs de Jingumae. Il fait déjà trop sombre pour prendre des photos au sanctuaire pourtant proche, mais caché par des arbres gigantesques, et décide de me balader au hasard dans le quartier. Je fais hurler SIGN d’Autechre dans mon casque afin de ne pas me sentir obligé de prendre en photos les trains à chaque fois qu’ils passent. C’est également une nouvelle fois l’occasion d’expérimenter la manière dont la musique que j’écoute influence mes photos.

‘Autechre are like a rich fruit that you are not sure you like, but you keep having to try another one because you can’t quite make up your mind. Pleasurable and strangely addictive.‘ Je ne me suis jamais vraiment remis des indigestes NTS Sessions. L’imposante liste des 28 enregistrements de leur tournée 2014-2015 est des plus appétissantes mais leur écoute nécessite une certaine sérénité et une concentration que ne parviens à trouver. Comme il est mentionné de très belle manière dans le commentaire ci-dessus, Autechre a quelque chose d’addictif. On attend le temps qu’il faut, puis on y revient. Après une longue pause d’un an cela doit être la troisième fois cette semaine que j’écoute cet album. J’ai eu l’impression de redécouvrir le groupe, de revenir à mes premières amours, Confield, écouté vingt ans plus tôt. ‘Mais d’où sort ce son … ?

Je ne parviens pas à expliquer cette curieuse fascination pour les cages d’escaliers, mais hormis ces tuyaux d’aérations contorsionnistes, les photos prises seront très géométriques. Des lignes horizontales, verticales, des diagonales et peu de courbes. C’est sans doute un peu inspiré par Brutal House, dont je consulte souvent les photos ces derniers temps. C’est sans florilèges, à l’image de SIGN.

a blast from the past/musiques

‘They didn’t bring us here at all. We brought ourselves. ‘ – Okazaki, Aichi pref.

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C’est toujours en automne que l’envie me prend de retourner à Okazaki. Sans doute parce que c’est en octobre que je suis venu au Japon pour la première fois, mais aussi au même mois que je m’y suis installé pour de bon, bien qu’à un tout autre endroit. D’habitude je m’y rends en train en utilisant la Meitetsu. Il faut remonter vers Nagoya puis repartir vers l’est pour une autre demi-heure, le trajet est excessivement long mais cela ne me dérange pas, je me perds dans mes pensées en contemplant le paysage et me réjouit de voir que le paysage n’a guère changé au fil des années.

Par précaution, je m’y rends cette fois-ci en voiture, en faisant hurler E.L.E 2, le dernier album en date du sauvage rappeur américain Busta Rhymes, aguiché par son featuring avec Kendrick Lamar sur ‘Look over your shoulder‘ entendu la veille sur Radio Nova. Je suis moi-même étonné du choix musical alors que quelque chose d’un peu plus calme semblerait plus approprié. J’ai jusqu’à l’entrée de la ville hésité à faire un passage aux deux bâtiments du Yamasa Institute. Je m’y étais rendu il y a quelques années et le temps semblait s’être figé, le vieux hangar abritant les salles de classe était tel quel, seuls les professeurs avaient entre-temps été remplacés et l’on m’avait appris que le directeur de l’établissement, Tô-sensei, avait lui aussi changé.

Finalement je me suis dis que j’allais prendre mon temps et me balader autour du château d’Okazaki et profiter du parc avoisinant et des belles couleurs de l’automne. Au mois de novembre on fête le le Shichi-go-san (七五三, littéralement ‘sept-cinq-trois’) l’une des trois fêtes qui célèbrent les enfants. On vient en famille, tout le monde est, pour rester dans les nombres (tous premiers par ailleurs), sur son trente et un (三十一), les enfants habillés de kimono ou de hakama de toute beauté, mais je n’ai pas le courage de les prendre en photos. Toutes les trente minutes une prière est donnée en faveur des enfants et la voix grave du moine résonne dans la cour. Ce sont là des sonorités que j’aime beaucoup, il faudra une fois que j’en enregistre quelques parties.

Je m’éloigne du château pour longer la ligne Meitetsu. Après les photos d’avions, voilà que je mets aux photos de chemin de fer ? Mes pas me mènent finalement à l’endroit au j’habitais lors de mon premier séjour, à dix minutes du parc. Je le savais pour être déjà ‘passé devant’ sur Google Maps, l’immeuble est toujours là mais l’intérieur a été intégralement réaménagé en magasin spécialisé en appareil auditifs. Je rêvasse quelques minutes. Qu’est devenue la précédente propriétaire ? Et si j’entrais pour demander que l’on me fasse visiter le troisième étage où se trouvait ma chambre ?

musiques

Conçu pour durer, built to last

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Mon compte Last.fm fêtait hier 11 novembre ses 15 ans. 84,921 titres, 15 titres par jour, 4,717 heures, soit 196 journées entières de musique écoutée si l’on donne une moyenne arrondie de 3 minutes 20 secondes (200 secondes) par titre !

Dommage que ce site n’ait pas existé plus tôt, il m’aurait plu d’avoir cette base de donnée depuis mon enfance. Mes parents jouant divers instruments il y a toujours eu de la musique à la maison, mon père possédait une impressionnante collection de vinyles, la radio musicale luxembourgeoise Eldoradio, MTV, ou encore son équivalent allemand VIVA me servaient à la fois de berceuse et de réveil. Mais quand ai-je commencé à m’intéresser à la musique de manière active ? Quel a été le premier cd acheté de ma poche ?

Les souvenirs sont flous. Avant d’avoir de véritables préférences musicales, je me souviens enregistrer sur cassette les titres qui me plaisaient à la radio sur ma chaine stéréo et les recompiler en sorte de mix tape à l’aide d’un double deck cassette player, mais je suis bien incapable de me souvenir quel âge j’avais et encore moins de quelles chansons il s’agissait. Je faisais également la même chose avec les cd de mes parents, et me souviens y enregistrer puis écouter en boucle ‘En l’an 2001‘ de Pierre Bachelet (?!), ‘I like Chopin‘ de Gazebo, ‘El fallo positivo‘ de Mecano ou encore ‘The Dachstein Angels‘ de Wally Badarou. Il y aussi ce souvenir de mon grand-père qui lors d’un repas de famille me supplie d’arrêter de mettre en boucle ‘Ce rêve bleu‘. Ces cassettes – il devait bien y en avoir plus d’une vingtaine ! traînent-elles quelque part dans les cartons ? Je suis prêt à mettre la maison sens dessus-dessous pour les retrouver la prochaine fois que je rentrerai au pays.

Pour ce qui est de mon premier cd, il doit s’agit de ‘Tourism‘ (’92) de Roxette, ‘Crazy world‘ (’90) de Scorpions ou bien ‘Dangerous‘ (’91) de Michael Jackson, dont je reconnais immédiatement les pochettes de cd en cherchant sur le web leur date de sortie, sans doute à force de les avoir sortis des centaines de fois de leurs boîtiers (quelle tristesse, le digital, de ce point de vue là). S’il se peut que les deux premiers appartenaient à mes parents, je me souviens très précisément avoir acheté ‘Dangerous‘ après être rentré d’une colonie de vacances en Italie lors de laquelle chaque matin les hauts-parleurs hurlaient la chanson du même nom pour nous réveiller.

architecture/musiques

‘[…] so you won’t be lonely’

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La promenade se poursuit en direction de l’IC la plus proche. IC est un acronyme pour inter-change, à ne pas confondre avec les JCT (junctions) que l’on trouve sur toute carte routière. La principale différence entre les deux est que les JCT n’ont ni entrée ni sortie et ne servent qu’à relier plusieurs autoroutes. Alors que je commençais à conduire au Japon ce carrefour était tout simplement terrifiant. Le trafic dense, les poids-lourds prêts à vous couper en deux, les feux de circulation poussant comme des grappes au moindre pylône, le GPS et ses instructions insuffisantes (-‘Tournez à droite’ -‘… Quelle droite ?’) A pieds, hors de tout danger, perché sur ma passerelle, la vue est tout simplement impressionnante. Selon l’endroit où je prends ma photo les voies d’autoroutes s’entre-coupent de façon complètement différente et semblent partir dans toutes les directions.

J’écoute une valeur sûre, ‘Love what survives‘ de Mount Kimbie, l’album le plus abouti du duo anglais. L’album est répertorié dans la catégorie électro mais pour le genre les percussions sont pour la plupart simplistes et clairement au second plan, c’est plutôt la basse qui prédomine sur la plupart des morceaux. Malgré les dissonances volontaires, les changements de rythmes fréquents au sein d’une même chanson et l’absence de refrain en onze titres, l’album est d’une remarquable fluidité. Je me demande bien d’où leur viennent leurs idées de sons sans n’avoir vraiment fait l’effort d’en savoir vraiment plus en lisant leurs interviews dans les magazines spécialisés ou sur internet.

J’y faisais déjà référence dans un billet publié il y a de cela 12 ans (!) mais je lisais à une époque consciencieusement unes par unes toutes les pages du magazine ‘Rockin’On Japan‘ afin d’en savoir plus à propos du processus de création des albums que j’appréciais. Ma compréhension de la langue évoluant j’ai entre-temps appris à ne lire que l’essentiel, et cela m’a surtout permis de me rendre compte que le volume d’informations vraiment intéressant est infime. Je n’ai donc pu m’empêcher de pousser un long soupir en tenant entre les mains le numéro du mois de novembre avec au menu une interview fleuve de 44 pages avec l’artiste LiSa que l’on entend partout depuis qu’elle interprète l’opening de l’anime Kimetsu no Yaiba (Demon Slayer), et bien évidemment en couverture … Bump of Chicken ! Ça n’évolue pas …

Toute les terres situées a l’ouest sont recouvertes d’immenses aires industrielles qui abritent les sièges d’importantes aciéries de la région, ces usines, villes dans la ville, qui ne dorment jamais. Je n’ai aucune idée de ce à quoi ressemble une usine en Europe, les usines se ressemblent-elles partout dans le monde ? Celles du Japon vues de l’extérieur semblent d’une fascinante propreté, loin de l’image lugubre et sale que l’on pourrait avoir de pareil endroit. Très protégées, il est impossible d’y pénétrer, je me contente donc de prendre quelques photos à partir d’un grillage moins haut que les autres. Sur la dernière photo, avec la verdure à sa base cette usine n’a-t-elle pas des airs de château ?

musiques

Trust nothing but music – la sélection du moi(s)(10)

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Louis, en matière de musique, est bon public, mais comme Keiko il subit souvent mes choix musicaux lors de nos balades sans se plaindre alors que j’ai tendance à passer des morceaux que Léo apprécie, ses goûts étant plutôt proches des miens. Je ne m’attendais donc pas du tout à ce que Louis soit le seul à accrocher au dernier album de Haru Nemuri, Lovetheismpassé en boucle au début de l’été. L’impact infligé par le clip de ‘Trust nothing but love‘ où elle met son appartement sens dessus-dessous en hurlant n’arrange pas les choses, le voilà bientôt répétant ‘Boku no zen-bu, wo kurete yaru !‘ à longueur de journée.

J’ai longuement réfléchi à la raison de mon coup de foudre pour le morceau de Kid Francescoli intitulé ‘Moon’, découvert comme souvent en écoutant distraitement Radio Nova un frais soir de septembre. ‘Elle incite à la mélancolie de souvenirs que je n’ai pas encore vécus’  … La formule n’est pas de moi, mais elle résume tout à fait ce que l’on ressent à son écoute et la chanson semble faire l’unanimité au sein de la famille. Afin de donner un corps à cette future mélancolie je l’ai utilisée comme bande sonore d’un petit film familial à-la-Neistat de cinq minutes concocté certes maladroitement, mais avec une certaine passion que me donne envie de renouveler l’expérience.

Tout comme Skinshape dont je parlais dans un précédent billet, Louis Cole est un génie. Sa voix aiguë sans être nasillarde est agréable, sa maitrise du synthé et des loops n’a rien à envier à celle de Jamie Lidell quand il martyrise son Korg MS20, et il joue de la batterie comme un dieu. Même si les textes ne prennent pas une place de grande importance, le côté décalé de certains passages prêtent parfois à sourire (‘I’ve been thinking about you, sometimes, a little …‘). Début juillet ont été mis en ligne une partie des morceaux interprétés pendant sa tournée US 2019 dans un album sobrement intitulé Live 2019, et ils y prennent une toute nouvelle dimension. Le bassiste ( Sam Wilkes, déjà à ses côtés dans de précédents clips) est démentiel, l’orchestration des cuivres de toute beauté, les solos bien placés. Mais qu’est-ce qu’on s’amuse ! Ou plutôt je m’amuse, puisqu’à la maison tout le monde ne partage pas mon enthousiasme …

musiques

Peut-être, parfait. – La sélection du moi(s) (9)

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Musicalement parlant, ces trois derniers mois auront surtout été marqués par une découverte plus en profondeur du groupe Sakanaction (サカナクション). L’efficace fusion de rock alternatif, d’électro et de pop mêlée aux épaisses nappes de synthés new wave font que je suis le groupe depuis plusieurs années et j’ai toujours pensé que rien n’était à jeter dans leur discographie. Leur tournée étant annulée en raison du Covid, en dehors des rediffusions de leurs DVD live sur Youtube, son charismatique chanteur et leader Ichiro Yamaguchi a également organisé de nombreux chats en live sur Instagram où il prenait des fans au hasard pour discuter avec eux, mais surtout de très intéressantes sessions pendant lesquelles il passait l’intégralité d’un album en en commentant chaque titre : Quand, où, comment, dans quel contexte telle ou telle chanson a été écrite, ce qu’elle représente pour son auteur etc.

Je n’ai pas pu participer à toutes les rediffusions et autres événements, mais certaines scènes de concerts m’ont donné la chair de poule, comme par exemple la clarté des graves du live SAKANAQUARIUM 2017 pour les 10 ans du groupe (242 hauts-parleurs dans la salle !), les transissions sur certains morceaux électro et bien sur la mise en scène, comme lors concert au Nippon Budokan et son intro au tambours japonais taiko. J’entends souvent dire qu’il est presque impossible de trouver des places de concerts, je comprends maintenant mieux pourquoi.

Les explications lors des chats m’auront permis de comprendre pourquoi une pause de 6 ans était nécessaires entre deux albums alors que 5 albums sont sortis entre 2007 et 2011, mais surtout d’apprécier encore d’avantage certains albums, notamment kikUUiki et ses deux derniers morceaux 壁 (‘kabe’) et 目が明く藍色 (‘me ga aku aoiro’), très beaux morceaux emprunts d’une certaine mélancolie un peu à part dans leur discographie et dont je n’avais pas compris le sens. A la première écoute ‘me ga aku aoiro’ m’avait surtout marqué parce que dans sa construction et la voix du chanteur j’étais persuadé qu’il s’agissait d’une chanson du groupe Quruli (くるり), autre groupe que j’écoute beaucoup. J’ai également été très étonné de savoir que selon une enquête menée par le groupe auprès des fans, celle-ci était classée comme étant leur chanson préférée, et de loin. Il me semblait effectivement étrange qu’elle soit parfois jouée en dernier, en apothéose, lors des concert.

https://youtu.be/9-5BSc_C4nM

 

musiques/vie quotidienne

‘Murakami would have told you so …’ @ Nagoya Minato-ku

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Avec la reprise progressive des activités extra-scolaires des enfants, j’ai désormais une heure à tuer à droite à gauche. Je me balade dans Minami-ku à Nagoya, près de la gare d’Oe. Dans le quartier chaque bloc de maison a son usine bruyante tournant à plein régime, en semaine cela sent la graisse et l’huile à plein nez. En ce dimanche tranquille et ensoleillé je décide de suivre la mystérieuse ligne de chemin de fer Nagoya Rinkai. Comme celle-ci n’apparait sur aucune carte je suppose qu’elle sert à transporter des cargaisons, mais je crois ne jamais avoir vu y circuler quoique ce soit et suis bien incapable de dire si elle est encore utilisée ou non. La voie surélevée en longue ligne droite traverse le sud de la ville d’est en ouest de sorte qu’on passe forcément en dessous lorsque l’on se dirige vers le centre de Nagoya, mais personne ne semble en savoir davantage.

J’ai ‘Yeah Ghost‘, quatrième album du groupe Zero 7 dans les oreilles. Mettre des écouteurs me permet d’être dans ma bulle, mais aussi d’éviter que l’on m’adresse trop facilement la parole. En écoutant récemment la compilation Nova Tunes 1.4 je suis retombé sur leur agréable ‘Throw it all away‘. En passant en revue leur discographie je me suis rendu compte que je n’en connaissais vraiment que ‘The Garden‘, certainement leur album le plus connu. ‘Yeah Ghost‘ est l’album suivant et le dernier en date.

En dehors de la douzaine d’arbres et des trois bancs en plastique qui sont disposés dans les petits squares aménagés par-ci par-là, fleurs et plantes poussent où elles le peuvent. De jolies fleurs violettes côtoient cannes à pêche et vélos démembrés, au coin d’une rue des arbres gigantesques cachent une maison. Difficile de savoir si cette apparente négligence est volontaire ou non. Même les chats restent sagement sur le pas de la porte.

L’album se termine sans qu’aucun morceau en particulier n’attire mon attention. Il y a bien quelques mixtures interessantes à base d’électro dans le dernier tiers mais je ne me souviens de rien hormis ce soudain ‘Murakami would have told you so‘ au quatrième titre ‘Everything Up (Zizou)’. Peut être que ce n’était tout simplement pas l’endroit ni le moment pour apprécier cet album à sa juste valeur. ‘Yeah Ghost‘ … A réécouter lors d’une balade en voiture en soirée toutes fenêtres ouvertes, ou en marchant sereinement au retour du travail.

aviation/musiques

‘Dekai Tokyo’ (3) – ‘Haneta haneta, boku ha haneta …’

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Après ma visite j’ai trois heures à passer à l’aéroport avant mon rendez-vous à l’ambassade. Je file rapidement au Terminal 1 Observation Deck. Il pleut des cordes, la piste d’atterrissage 34L est pratiquement inondée. Lors de l’inversion de poussée, les avions éclaboussent tout autour d’eux de manière très spectaculaire et utilisent pratiquement l’intégralité de la piste pour s’arrêter. C’est fascinant, mais j’ai rapidement les doigts gelés – nous sommes en février.

Le 7 avril l’État a fini par proclamer l’état d’urgence dans les sept villes et départements les plus touchés par le virus, à commencer par Tokyo et Osaka, sans y inclure la préfecture d’Aichi. Les enfants se sont rendus à l’école lundi matin comme si de rien n’était, puis finalement le lendemain Aichi s’est retrouvée ‘bouclée’ elle aussi, jusqu’au 6 mai prochain.

Malgré l’état d’urgence, les aéroport sont considérés comme étant ‘des infrastructures indispensables au bon fonctionnement du pays’. Quelques services se sont mis au télétravail, mais pour nous qui sommes en contact direct avec le client, l’effectif a juste été diminué.  Je lisais dans le journal de ce matin le commentaire d’une femme qui se disait outrée que l’État ait à proclamer l’état d’urgence alors qu’être responsable est une vertu propre aux peuple japonais. Que dire alors de ces quatre bruyants salaryman pourtant majeurs et vaccinés, sans masques, qui faisaient la bringue canettes de bière à la main, en plein milieu du train au retour du travail vendredi dernier ?

Pour rendre le confinement moins monotone et s’excuser d’avoir annulé leurs concerts, le groupe Sakanaction (サカナクション) propose chaque samedi soir un streaming sur Youtube de leurs anciens concerts. Hier était diffusé ‘SAKANAQUARIUM 20152016 « NF Records launch tour » -LIVE at NIPPON BUDOKAN’. Je ne regarde que très rarement les concerts à la télé, mais j’ai été subjugué par ce spectacle mêlant à la perfection percussions au tambour, rock, pop et électro. Vivement samedi prochain.

 

musiques

Un endroit où mettre tout ce que j’avais fait – la sélection du moi(s) (8)

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[…] Je le faisais pour moi. Je le mettais en ligne, parce que ça me faisait un endroit où mettre tout ce que j’avais fait‘, dit le producteur Stwo dans l’émission Grünt sur Radio Nova. Cette rubrique sera désormais semestrielle. On y trouvera (j’y retrouverai) pas forcément les morceaux les plus écoutés, mais les plus marquants.

Pour débuter cette série, je choisis un peu la facilité. Sans trop même avoir lu les articles en profondeur, il est clair que le dernier album de FKA Twigs, ‘Magdalene‘ a été très bien accueilli voire adulé par la plupart des critiques et magazines spécialisés, et seul the needle drop sort son épingle du jeu en lui donnant ‘a decent 7‘. Hormis le très moyen et inutile Holy Terrain qui vient me tirer à chaque fois de mes rêveries à mi-parcours, l’album dans son intégralité est cohérent. A ceux qui lui reprochent sa trop courte durée (39 minutes) je leur conseille d’écouter la chanteuse Sevdaliza, que l’on compare à FKA Twigs de par son style. ISON est de très bonne qualité, mais difficile de rester concentré pendant les 66 minutes de l’album.

On entre dans le vif du sujet. Si l’hiver a été moins coriace que prévu, il aura quand fallu du son pour me bousculer. LORN par exemple. Son électro noir et blanc, dégoulinante de basses grasses et de sons triturés, me fait le même effet que Turning Dragon de Clark il y a 10 ans déjà. Électrochoc !

Déjà au sous-sol, descendons encore d’un étage. Dans un de ses livres (‘Kitchen’, si ma mémoire est bonne), l’écrivaine Banana Yoshimoto expliquait que le son régulier du tambour du lave-linge lui permettait de trouver le sommeil. Au moment de sa lecture, j’écoutais l’étourdissant album éponyme de l’allemand Novisad qui me faisait le même effet, et je me souviens m’être demandé ce que Yoshimoto en penserait. Je retrouve dans l’album Decascend 幽​.​存​.​明. de Constant Value le même côté hypnotisant et obsédant, le son idéal pour ne plus penser à rien puisque toute réflexion devient impossible. La vidéo ci-dessus est un condensé en 3 minutes des 22 minutes que fait l’album pour trois titres seulement et donne un aspect encore plus malsain et cinglé à la musique. Je me demande bien quel genre de personnes assistent à ses concerts. Contre toute attente, des personnes comme vous et moi, ou même Banana Yoshimoto peut-être ?

Rémy Charrier est l’un des quatre membres du groupe électro Depth Affect, à qui l’on doit l’internationally acclaimed album Hero Crisis. Je me demandais ce qu’il était advenu du groupe après leur séparation en 2012 et suis tombé sur ce profil sur Bandcamp, au sein du label Oreille Gardée, label basé à Mexico City et Lorient. Avec des titres comme Carnage, Ghosts, Coup d’état et Aftermath je m’attendais à la fin du monde ou au moins à une révolution, mais il n’en sera rien. Le son est épuré et mélodieux, on est plutôt proche du paradis. Aftermath clôture merveilleusement l’album. Il me donne l’impression d’être perdu en pleine forêt par une belle nuit étoilée et de rencontrer par hasard Harry Potter en pleine conversation avec un hibou. 

Retour au calme. Camelblues est un court morceau du prolifique producteur américain Mndsgn. Parmi ses morceaux on trouve beaucoup d’expérimentations parfois difficiles d’accès, mais je ne me lasse pas de ce petit son low-tempo minimaliste au synthé. Je ne sais pas si c’est pas volontaire, mais il reprend en partie la rythmique du refrain de Find A Way d’A Tribe Called Quest, qui me replonge 20 ans en arrière.

musiques/vie quotidienne

‘Sad things have to happen …’

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Depuis ces histoires de coronavirus, nous ne nous baladons plus à travers le pays comme auparavant, mais squattons les parcs alentours les beaux après-midis ensoleillés. A vrai dire les enfants n’en semblent pas plus malheureux, ce qui me vient à me poser la question de jusqu’où faut il trainer les enfants avec soi dans ses loisirs en tant que parent. Bref. Le gouvernement a annoncé hier soir qu’à partir de lundi prochain écoles maternelles, primaires, collèges et lycées du pays seront fermés jusqu’à la rentrée scolaire en avril. Les enfants vont être à la maison pendant plus d’un mois et je ne vois pas comment nous allons les occuper.

Je ne tiens pas en place. S’il m’arrive souvent de rêvasser sur les photos d’Andreas Levers et surtout sa série ‘At Night’, je suis récemment tombé sur un podcast parlant photographie (Gate Sieben, en langue allemande) où il expliquait qu’après avoir déménagé de son village natal à Potsdam, il marchait des journées entières appareil à la main afin non seulement de prendre des photos, mais surtout mieux connaitre la ville.

Malgré le vent j’ai donc moi aussi enfourché mon vélo dans l’idée de longer l’autoroute Ise-wangan, qui relie Toyota à Yokkaichi en traversant la baie d’Ise, à la recherche de quelque chose. J’ai ‘Love in the Time of Science‘, le premier album major de la chanteuse islandaise Emiliana Torrini dans les oreilles. Bien que sorti en 1999, l’album a très bien vieilli. Je me souviens encore clairement du clip de ‘Dead Things‘, qui exprime parfaitement ce que l’on ressent à l’écoute de ce morceau phare de l’album. Outre une série de huit remix vinyles numérotés de E1 à E8 à priori introuvables, et dont je suis assez sceptique quant à leur qualité, elle a entre-temps sans faire de vagues sorti plusieurs albums dont le dernier en date est mystérieusement intitulé ‘Music To Draw To: Satellite’ produit par Kid Koala, sur lequel elle apparaît en featuring. Je semble tenir mon ‘pick-up artist of the month’, comme on dit à la radio.