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Oyo ? – Kamiotai, Nagoya

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’Oyo ?’ est un tic de langage du personnage principal du célèbre manga de Nobuhiro Watsuki, Kenshin le vagabond (るろうに剣心, Rurōni Kenshin), l’un des premiers manga que j’ai lu avec beaucoup d’attention dans la collection Glénat. Son édition en version française débute en 1999, ce qui ne nous rajeunit pas, même si j’étais plus ou moins persuadé que je le lisais déjà alors que j’étais au lycée. L’exclamation idiomatique ‘oyo ?’ n’est plus utilisée aujourd’hui et on lui préférera ‘oya ?’ ou encore ‘are ?’. Elle exprime la surprise, la confusion ou la curiosité face à une situation inattendue, un oubli, ou une anomalie, bref, le genre de chose qui fait que l’on y regarde à deux fois. Si lors de mes balades au hasard des villes je ne m’exclame pas ‘are ?’ à tout bout de champs, j’aime apercevoir toutes sortes de petits détails autour de moi.

Ainsi, derrière le cafouillis de la devanture de magasin de la première photo de cette série se cache en fait une salle de mah-jong (jeu de société traditionnel d’origine chinoise, souvent comparé au Rami) du nom de Mājan Toyokuni. J’aime le côté très artisanal de cette façade avec ses pancartes bleues ‘TK’ faites à la main et le torii rouge miniature négligemment posé sur quelques gros cailloux à l’entrée. Plus loin, un vélo avec une étrange tête d’ours rose, une voiture entièrement recouverte d’une bâche devant une maison, la symétrie presque parfaite d’une photo brisée par la collision de quelqu’un ou quelque chose avec l’un des deux poteaux de protection bleus, ou encore ce pneu apparemment abandonné dont on ne sait pas s’il a un but ou non. Je m’invente ainsi des histoires au fil de mes promenades. Encore faut-il être réceptif, mais ce n’est pas toujours le cas et je me demande bien ce qui peut faire la différence entre une séance où je me sens inspiré et une autre où j’ai l’impression d’avoir tout simplement perdu mon temps. Le fait d’avoir le ventre plein ou pas, la fatigue accumulée, le temps ou l’influence de la musique que j’écoute en marchant ? Existe-t-il une recette miracle ?

Musicalement parlant j’écoute ces derniers temps principalement des podcasts ou des streamings. Le Nova Club de David Blot et sa bande sur Radio Nova a eu pour invité Juan Atkins, Jeff Mills ou encore Tricky. Je suis toujours fasciné par la culture musicale des membres de cette radio. Sur NTS j’écoute avec les délectation les planants mix techno-minimal de la DJ et musicienne d’origine chinoise basée a Londres Yu Su, ou encore ‘The Cure Takeover avec Robert Smith, le chanteur de The Cure, qui allie avec un étonnant éclectisme dans le même set post-rock et ‘techno de bourrin’. Et la musique japonaise dans tout cela ? Trois titres marquants de cette fin de mois :

大烏 -OoKARAS- feat. ELIM est le premier single tiré du nouvel album de DJ Krush, intitulé TOKYØHUM. Comme j’avais beaucoup apprécié son album précédent, Saisei (2024), dont je parlais ici, je suis bien content de constater que DJ Krush remet les couverts pour dix titres dans un laps de temps somme toute assez réduit. OoKARAS est dans la veine des titres de Saisei ; production léchée, le flow d’ELIM rapide mais fluide. Sa structure en trois parties lui apporte un côté cinématique fort plaisant. La coupure après le premier verset, surtout, qui part vers un son très aérien, donne l’impression de s’envoler dans les airs, ce qui est très fort à propos vu le titre de la chanson, qui signifie littéralement ‘corbeau géant’.  ELIM m’est totalement inconnu. Quelques recherches m’apprennent qu’il fait partie du collectif BASICA, une équipe de créateurs centrée autour de l’artiste ATSUKI, et travaille principalement comme rappeur et réalisateur de vidéos. Le compte Bandcamp du collectif BASICA met notamment en avant sa collaboration avec le rappeur Jinmenusagi, que l’on pouvait déjà entendre sur le précédent album de DJ Krush dans l’excellent titre 破魔矢 -Hamaya-. Une nouvelle fois, tout se recoupe et on ne peut que constater que Krush sait très bien s’entourer. A noter que le concept de ce nouvel album est le battement, le pouls de la ville. Cela m’évoque le rythme vital et l’énergie vibrante d’une métropole, quelque chose de vivant, un son brut et agressif. L’artwork, que l’on doit à un certain Taku Obata (小畑多丘, artiste contemporain principalement connu pour ses sculptures en bois, qui s’est fait remarquer par ses œuvres très reconnaissables représentant des figures humaines stylisées en mouvement, souvent inspirées de la culture hip-hop et du breakdance) me plait également beaucoup. Si l’album est à la hauteur de mes attentes et que prix est abordable je pense tenter de m’en procurer un exemplaire en vinyle. 

J’avais délaissé DÉ DÉ MOUSE depuis quelques temps, ses titres, un peu trop ‘gentillets’ à mon goût, finissant par tous se ressembler. Cela me fait donc plaisir de le voir en quelque sorte prendre une cure de jouvence avec le titre In Yr Dreams, titre porté par un beat UK garage classique sur lequel s’ajoute ce drop percutant très club, le tout donnant un titre à la fois mélancolique et plein d’élan.

Pour finir dans des rythmiques plutôt up-tempo, je ne peux que conseiller le titre Spin, de WAZGOGG & bunTes, qui mêle divinement bien rythmique électro et influence hip-hop. Ma première impression est que je ne me souviens pas de par le passé avoir vu quelqu’un manipuler de manière aussi habile à la fois boite à rythme et platines, notamment avec cette deuxième partie scratchée qui colle parfaitement sur le rythme et à l’ambiance du morceau. En faisant quelque recherches j’apprends que WAZGOGG est un DJ dans la trentaine originaire de la préfecture d’Akita. Passionné dès le collège par l’univers du DJing, il remporte en 2017 pour la première fois les sélections régionales de Tōhoku (région nord du Japon) du DMC DJ Championship, la plus prestigieuse compétition de DJ au Japon, ce qui lui ouvre les portes de la finale nationale, exploit qu’il réitère d’ailleurs l’année suivante. Comme quoi mon intuition a propos de sa dextérité était fondée  ! Depuis 2019 il a sorti plus d’une dizaine d’EP et d’albums dans un large registre allant du hip-hop, la low-fi et de l’électro. Comme pour Spin’ sur lequel bunTes, rappeur originaire de Tokyo, pose un flow fluide et sans accrocs, WAZGOGG semble collaborer avec de nombreux talentueux artistes. Il me faudra piocher au hasard dans ses nombreux morceaux. 

architecture/musiques/Nagoya

‘It’s not Hong Kong. Not Tokyo. If you want to go I’ll take you back one day’ – Nagoya, Aichi

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Je me balade entre les quartiers d’Ōsu et Sakae. J’ai dans les oreilles 再生 – Saisei, le dernier album de la figure emblématique du hip hop japonais DJ Krush, sorti en février dernier et que j’écoute pour la quatrième ou cinquième fois cette semaine. Si cela doit faire plus d’une dizaine d’années que je n’avais pas écouté de nouveau morceau de DJ Krush, son saisissant ‘Candle Chant (A Tribute)‘ (sur l’album 漸 -Zen-, 2001) figure depuis au moins aussi longtemps dans l’iPod réservé à la voiture. La chanson a d’ailleurs très peu de succès quand elle apparait au hasard d’une balade en famille. L’instrumentation y est minimaliste et le flow de BOSS the MC du groupe Tha Blue Herb y est il faut l’avouer monotone, et les paroles qui relatent le décès d’un proche suite à son combat contre sa maladie, sont dures.

Je ne sais pas si je suis le seul à le ressentir ainsi, mais Saisei est à peine plus joyeux. Il pue la rue et le béton, avec un zeste de cyberpunk. Les deux premiers morceaux, et bien d’autres par la suite m’ont immédiatement fait penser à Chaos Theory (2005) d’Amon Tobin, et le fait d’être au milieu d’immeubles comme entassés les uns sur les autres me remémorent les scènes et la musique de l’une des plus belles vidéos de tout Youtube, produite par Timelab, dans laquelle un drone vole dans une Hong Kong qui brille de tous ses feux en rasant ses immeubles. Après quelques titres purement instrumentaux sont intercalés par trois fois, comme pour nous ramener à la réalité, des morceaux sur lesquels un rappeur vient poser son flow. Autant les deux premiers morceaux du genre sont quelconques que le troisième, 破魔矢 -Hamaya- feat. Jinmenusagi, de par sa qualité, n’a rien à envier au reste de l’album. Le flow rapide et rythmé de Jinmenusagi, parfaitement calé sur le beat, envoûtant, m’a fait penser à un moine récitant un mantra et je n’ai été qu’à moitié étonné de constater que le clip vidéo montrait effectivement DJ Krush aux platines dans un temple, son acolyte, comme en transe, récitant ses couplets. Par curiosité j’ai écouté son album DONG JING REN (東京人, 2023) mais les productions y sont trop fades pour que ce jeune rappeur au débit pour le moins extraordinaire ne me saoule au bout de quelques morceaux. J’ai pensé que cela ne mettait que plus en valeur encore le talent de DJ Krush, qui a su tirer profit de son potentiel.