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musiques/Aichi/daydreamin'

Failing into fail

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voiture jaune devant maison faite de tuiles
vélo derrière une vitre
maison en bois a Gamagori
fleurs en plastique Gamagori
magasin aux volets fermés Gamagori
garage a char dashi

Fuir la ville et me perdre dans les petites rues de villages inconnus. Ces deniers temps mon oeil est attiré par des détails : Des couleurs, des ombres, des thèmes récurrents, ces petites choses du quotidien que l’on ne trouve qu’ici mais que l’on ne remarquera qu’une fois retombée l’extase et l’excitation que suscitent temples, châteaux et autres néons lumineux des métropoles japonaises. Le quotidien n’est pas synonyme d’ennui, d’ailleurs, quand on ouvre l’oeil les journées ne se ressemblent jamais vraiment. Les saisons passent, la lumière varie. Les plantes poussent, les objets rouillent, se désagrègent, changent de place ou sont remplacés.

J’écris ces quelques lignes en écoutant le très beau et reposant album d’ambient-pop/electro intitulé Falling into Fall des compères danois Frederik Valentin & Emil F, deux artistes que je ne connaissais pas encore il y a de cela trente minutes. Je suis tombé sur cette petite pépite en fouinant dans le torrent de nouveautés hebdomadaires que propose Apple Music, liste que je passe au peigne fin quand mon appétit est particulièrement vorace, que j’engloutis singles, EPs et albums tout genres confondus sans mâcher ni mastiquer. Si je n’écoute que deux ou trois morceaux quand la recette est particulièrement fade ou trop salée, de temps en temps de nouvelles saveurs jusqu’alors inconnues viennent me titiller les babines et j’en redemande encore et encore, et n’en laisse pas une miette.

musiques/Aichi

Dark Black Sea Glide – Gamagori, Aichi

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Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island Torii pigeons
Gamagori Takeshima Island torii
Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island
Gamagori Takeshima Island Classic Hotel

De nombreux détours et autant de photos prises plus tard, j’arrive finalement à l’objectif de ma balade qu’est l’île de Takeshima. L’île de Takeshima est une petite île inhabitée, située dans la baie de Mikawa, reliée au continent par un pont piétonnier de 387 mètres. Elle abrite le pittoresque sanctuaire Yaotomi, seul bâtiment présent sur l’île, qui est l’un des sept sanctuaires du Japon dédié à la déesse bouddhiste Benten, la déesse de la musique et des artistes. L’île est désignée comme monument naturel national depuis 1930. On en fait le tour en quinze ou trente minutes selon que l’on veuille profiter ou non de l’endroit.

Je ne m’attarde pas au sanctuaire censé favoriser ‘l’harmonie conjugale‘. La dernière fois que nous étions venus ensemble ici, l’île avait été le théâtre d’une mémorable dispute – sujet dont nous rions désormais. Mon sanctuaire à moi se trouve un peu plus loin, tout au bout de l’île, à l’opposé du pont. Contempler la mer – ici, la baie de Mikawa – m’apporte cette paix intérieure que d’autres trouvent dans la prière, même si la vue est moins vaste que celle que l’on peut admirer depuis Shizuoka ou Fukui. De fil en aiguille j’en viens à me remémorer les superbes photos en noir et blanc de l’Ocean Pacifique de fgautron prises à Kanagawa, et de là le long morceau de 23 minutes Dark Sea de Chihei Hatakeyama (畠山地平), qui colle si parfaitement aux images. Ce morceau me fascine, on a l’impression qu’il n’est constitué que d’une seule note étirée à l’infini. Peut-être est-ce justement ce parallélisme qui épouse si bien le thème de la mer, immense et sans fin ? Je suis ramené à la réalité par les cris et les rires d’une cinquantaine d’écoliers en excursion scolaire. Ils sont tout excités, pour eux, l’île est sans doute un terrain de jeux et synonyme d’aventure et de mystère. Je remarque encore une fois qu’avec l’âge, on s’assagit.

La rédaction de cet article m’amène à réécouter Dark Sea bien entendu, mais aussi le somptueux titre Glide sur l’album ‘Black Sea’ par le guitariste et compositeur autrichien spécialisé dans la musique électronique, Fennesz. Je crois que c’est son titre que je préfère, il est doté à la fois d’une beauté et d’une violence inouïe et me rappelle d’agréables souvenirs de moi et mon collègue M.Itō faisant hurler Glide en voiture au retour du concert de Fennesz à Nagoya en 2009, presque en pleurs tout les deux. Ce gars était doté d’une culture musicale rare et d’une soif de découvertes insatiable, c’était avec grand plaisir que nous nous échangions nos découvertes et nos opinions. Son changement de poste quelques années plus tard a été pour moi un épouvantable choc. Hormis quelques personnes restées au pays et l’un ou l’autre camarade de fac, je n’ai à part fgautron cité ci-dessus pas encore réussi à trouver au Japon d’autres personnes à qui la musique tient autant à coeur qu’à moi … Il y a tout juste un an, France Musique lui consacrait un documentaire (à Fennesz hein, pas à M.Itō !) que je vais m’empresser d’écouter.

Aichi/Aichi

Gamagōri Blues – Gamagōri, Aichi

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Gamagori Aichi Japon
Gamagori Aichi Japon
Gamagori Aichi Japon
Gamagori Aichi Japon
Gamagori Aichi Japon
Gamagori Aichi Japon

Je rebrousse chemin et flâne au hasard dans les rues de Gamagōri, en direction de la gare. Le calme des lieux a quelque chose d’agréable et de reposant. Les doux rayons du soleil, encore bas, est des plus agréable. Il est sans doute encore trop tôt : la plupart des petits commerces qui bordent l’artère principale gardent leurs rideaux de fer obstinément fermés. Etant dépourvus d’enseignes ou d’indications concernant les heures d’ouvertures, j’ai plutôt l’impression que la majorité des commerces sont abandonnés ou que les locaux sont vides. Je ne croise presque personne. Pourtant, çà et là, devant les volets décolorés, quelques signes de vie subsistent : des boîtes en fer-blanc faisant office de cendriers, des caisses de bière retournées recouvertes d’un petit coussin transformées en sièges improvisés. Autant de détails discrets qui laissent penser que, malgré les apparences de ville endormie, la vie continue pour ceux qui y habitent. J’imagine ses habitants, d’un certain âge sans doute, se réunir dans ces lieux une fois leurs tâches respectives terminées, un peu comme quand gamin nous nous ruions vers la cour de l’école après avoir bâclé nos devoirs, et qu’il s’y trouvait toujours quelqu’un avec qui discuter ou jouer.

architecture/Aichi

Gamagōri City Sports Center – Gamagōri, Aichi pref.

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J’ai été pris la veille par une soudaine envie de voir la mer, ce qui m’amène en direction de Gamagōri (蒲郡市), petite ville tranquille réputée pour ses mandarines et pour avoir accueillie une étape de la Coupe du Monde de Voile en octobre 2017. Pour pouvoir profiter le plus possible de cette belle journée ensoleillée je quitte la maison vers peu après sept heures, me retrouve ainsi mêlé vingt minutes durant dans le train à la cohue des travailleurs pendulaires. Cela va faire 19 ans que je travaille au Japon et mes trajets se faisant toujours dans le sens inverse aux leurs, c’est une chose dont je ne fais l’expérience que rarement, mais je me dis toujours que je serai incapable de m’y habituer. (I’m a reasonable man, get off my case, get off my case). Le trajet de Nagoya à Gamagōri dans un wagon pratiquement vide n’en est que plus agréable. J’écoute Deadbeat, le dernier album en date de Tame Impala, en contemplant le paysage qui défile. Les morceaux sont tous bons, l’album est fluide et s’écoute d’un traite mais je le trouve trop lisse et sans accrocs, sans surprise ni saveur particulière. Innerspeaker (2010) s’ouvrait sur le psychédélique It is not meant to be’ qui m’a plongé avec nostalgie dans une époque que je n’ai jamais connu, Currents (2015) démarrait avec ‘Let it Happen, huit minutes d’euphorie mélangeant psyché rock et textures électroniques. Si l’on y réfléchit, dix ans et trois albums plus tard il semble normal que le son soit cette fois carrément contemporain avec ses accents dance-music puisque c’est un style musical auquel Kevin Parker n’avait jusqu’à présent vaguement touché que du bout des doigts – Heureusement cependant que le hit planétaire ‘Surrender’ ne se trouve pas sur l’album, sans quoi l’overdose était assurée.

Je n’ai qu’une vague idée de mon itinéraire une fois arrivé à destination, dans un premier temps je pense cette fois tranquillement faire le tour de l’île Takeshima (竹島), qui avait fait sujet à problèmes lors de notre dernière venue en famille. Une rapide recherche à propos des curiosités architecturales locales fait ressortir un étonnant bâtiment, le Gamagōri City Sports Center (蒲郡市民体育センター), gymnase situé à 15 minutes de la gare de Gamagōri.

Le bâtiment a été terminé en février 1968. Il est l’oeuvre de l’architecte Tokio Tsuruta (鶴田日夫), pour le compte du bureau d’architectes Ishimoto Architects (石本建築事務所). En en approchant je suis immédiatement fasciné par ses sept colonnes de béton inclinées de chaque côté et son toit qui paraît flotter au-dessus de l’espace principal, comme tenu, non, étiré par sept paires de bras. Le bâtiment me fait également penser à quelque insecte à 14 pattes. Si le gymnase, d’un blanc impeccable, semble extrêmement bien entretenu, c’est qu’il vient d’être rénové en 2021 après un an de travaux de renforcement sismique, d’installation d’une nouvelle climatisation et de rénovation du sol sportif et de l’éclairage. Il semblerait qu’il ait été question à un moment de le reconstruire complètement, mais le fait qu’il ait été inscrit au registre DOCOMOMO Japan (registre qui vise à identifier, documenter et préserver les bâtiments et ensembles urbains emblématiques du mouvement moderne) en 2019 aurait grandement joué en la faveur d’un effort visant à le préserver tel-quel.

14 pattes. Curieux quand même … Je le découvre en écrivant ses lignes mais il se trouve que l’isopode géant des abysses (ダイオウグソクムシ en japonais), crustacé mesurant jusqu’à 30 cm de long et pesant environ 1 kg vivant dans des profondeurs allant de 200 à 1,000 mètres, a justement 14 pattes. Or, il se trouve que ce ‘monstre’ est l’une des principales attractions de l’Aquarium de Takeshima (竹島水族館), connu pour sa grande variété d’espèces de poissons d’eau de mer, en particulier ceux des profondeurs, ainsi que pour ses expositions uniques et les panneaux d’explication humoristiques faits à la main par le personnel. Il apparait d’ailleurs en gros plan en page d’accueil du site officiel de l’aquarium. L’aquarium ayant ouvert ses portes en 1956, soit douze ans avant la construction du gymnase, il n’est pas improbable que Tokio Tsuruta ait pris l’isopode géant pour modèle après que celui-ci ait apparu dans les pires cauchemars du petit Tokio depuis sa première visite à l’aquarium encore gamin. J’ai cherché un peu sur la toile mais je n’ai trouvé ni détail sur l’architecte, ni allusion à un rapport entre le crustacé et le bâtiment qui puisse confirmer ma théorie. Il pourrait être amusant de poser la question à la mairie de Gamagōri ou au cabinet d’architecte, mais je ne suis pas sur qu’il aient le sens de l’humour. Encore une side quest de plus !

balades au Japon/Aichi

Ajisai no sato, Gamagori, Aichi pref.

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Katahara Onsen est une station thermale située à Gamagori, dans la baie de Mikawa, au pied du Mont Sangane. L’endroit est réputé pour son parc floral Ajisai no Sato, où fleurissent 50,000 ajisai (hortensias) de couleurs et variétés diverses. Pendant tout le mois de juin a lieu le festival des hortensias ‘ajisai matsuri’, et à cette occasion le parc est illuminé en soirée jusqu’à 21 heures.

Comme nous sommes proches de la mer il souffle une petite brise rafraîchissante, un air de musique jouée au shamisen s’écoule dans le parc, quelques couples qui passent sans doute la nuit dans l’un des somptueux hôtels alentours sont vêtus de yukata. Pour une fois j’avais pris avec moi mon trépied afin de prendre des photos, mais les enfants se faufilent trop rapidement entre les promeneurs, à force de trop jouer avec le temps de pose de mon appareil je me retrouve bientôt perdu dans la foule.

Outre les hortensias, juin est également la saison où l’on peut si l’on a de la chance contempler le vol des lucioles. Sous un pont plongé dans le noir coule une rivière qui est censée en abriter mais les conditions climatiques ne sont pas adéquates, nous n’en verrons finalement qu’une demie-douzaine. Nous nous rendons chaque année à un endroit different pour aller à la chasse aux lucioles, mais rien ne semble égaler l’émotion ressentie lors de notre balade près de Maibara, dans la préfecture de Shiga, il y a dix ans déjà.

balades au Japon

‘Silence, on roule !’ – Takeshima Island (Aichi pref.)

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gama - 2gama - 1gama - 5gama - 11gama+ - 2gama+ - 1

C’est par hasard que nous arrivons ici aujourd’hui. Au fur et à mesure que les enfants grandissent il devient de plus en plus difficile de trouver l’unanimité à propos de nos destinations. Nous sommes montés en voiture sans réussir à nous mettre d’accord et je me suis retrouvé à conduire au hasard. Même la radio est coupée afin de ne pas troubler le silence de mort. Je me contente de me concentrer sur la route. La situation me fait penser au livre ‘La musique du hasard‘ de Paul Auster, dans lequel le personnage principal, ayant hérite d’une petite fortune de son père méconnu, décide d’acheter une voiture et de sillonner les Etats-Unis jusqu’à ce qu’il ait dépensé son dernier dollar.

Après une grosse heure de route, ce que j’appellerai volontiers ‘le hasard du silence‘, nous mène à Gamagori, au sud est de la préfecture d’Aichi. Une fête a lieu sur la plage, le ‘Takeshima Garden Picnic‘ (Takepi). Dans des tipis on vend des bricoles faites mains et des aliments organiques. Tandis qu’on joue de la musique reggae sur la scène principale, des groupes jouent des classiques du rock, ou encore du blues un peu partout. Les gens discutent et rigolent, dansent vaguement ou dorment affalés de tout leur long sur la pelouse. Après un été particulièrement long, le vent frais de la mer est en effet très agréable. 

Reliée à la plage de Gamagori par un long pont de 387 mètres, flotte au loin la mystérieuse île de Takeshima. Quand nous traversons le pont, le vent souffle fort et donne naissance à des sifflements invraisemblables en passant entre les barreaux. Bien que nous soyons éloignés de la plage le vent transporte la musique jouée live jusqu’à nos oreilles, il faut monter les escalier jusqu’au centre du sanctuaire Yaotomi pour finalement trouver un silence propice au lieu. Du côté opposé au pont, un promontoire offre une vue dégagée sur la baie de Mikawa. Un étroit passage permet le faire le tour de l’île mais il y a trop de vent pour oser m’y aventurer avec les enfants.