Les photos de cette série au pied du Mont Fuji ont été prises il y a de cela plus d’un mois mais la végétation commençait déjà à prendre des couleurs. Cette balade se fait une semaine après celles à Nara et Kyōto, avec mon couple d’amis partis entre-temps pour une virée dans le Kyūshū. Pour eux c’est la veille du retour au pays, pour terminer en beauté ce beau voyage quoi de mieux que de contempler l’un des symbole du pays ? Nous nous donnons rendez-vous à la gare de Shin-fuji (新富士), dans la préfecture de Shizuoka, au pied du Mont Fuji, d’où nous partons en voiture de location pour le Lac Kawaguchi (河口湖), pour nous restaurer avant d’entamer notre ‘ascension’. Le lac se trouve dans la préfecture de Yamanashi, à une heure de route. Quand il n’est pas caché par les nuages, le Mont Fuji apparaît sur notre gauche, dévoilant timidement une autre facette tandis que nous en faisons le tour dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Nous ne ferons qu’une brève halte au bord du lac que pour être franc, je n’ai pas trouvé exceptionnel comparé au Lac Suwa ou au Lac Shirakaba dans la préfecture de Nagano. Son emplacement est certes idéal, mais son surcotage fait des ravages, on s’y marche sur les pieds entre touristes !
Comme on ne gravit pas une montage de 3776 mètres sans préparation physique préalable et les mains dans les poches nous ne tenterons pas de gravir le sommet à pied aujourd’hui mais montons en voiture jusqu’à mi-parcours en empruntant la Fuji Subaru Line (富士スバルライン) qui monte jusqu’à la 5ème station (富士山五合目) située à 2400m d’altitude, point de départ pour la plupart des randonneurs dans leur ascension, en nous arrêtant en cours de route à tout ce que la portion compte comme aires de repos et autres panoramas. Nous avons de la chance avec le temps, le ciel est en grande partie dégagé et le sommet du Mont Fuji nous semble d’autant plus majestueux qu’il est recouvert de la neige tombée deux jours plus tôt.
Du Tōkyō International Forum je marche jusqu’à Ginza. Apres avoir fait un rapide tour au magasin de fournitures Itoya noir de monde, je pensais voir en m’y baladant au hasard quelques bâtiments au design intéressant, mais la chaleur et le fait d’avoir à slalomer entre les passants excessivement nombreux m’épuise.
Les alentours de la gare de Shibuya ont bien changé eux aussi. Après avoir contemplé à son pied le Shibuya Scramble Square, gratte-ciel complété en octobre 2019, j’envisage de monter à sa terrasse perchée à 229 mètres, le SHIBUYA SKY, pour voir des mes propres yeux la vue maintes fois aperçue sur les réseaux sociaux. Malheureusement il fallait précommander son ticket en ligne et je n’ai pas bien compris si les tickets pour le jour-même étaient encore disponibles que ce soit en ligne ou au guichet. Le personnel, excédé sans doute de se voir poser sans cesse les même questions à longueur de journée, n’était carrément pas serviable … Comme lors de ma visite au Sky Tree, est-ce un standard dans ce genre d’endroits, travailler en hauteur rend-il hautain ? Bref.
Après avoir traversé le fameux Shibuya Scramble je me dirige vers le magasin de disques Tower Records mais mon oeil est attiré par une somptueuse affiche dans la vitre du grand-magasin Seibu montrant une vue aérienne de l’aéroport de Haneda au crépuscule. En y regardant de plus près j’apprends qu’il s’y tient une exposition du photographe Michael Hitoshi sous le nom ‘2100 nen ni sasageru kioku’ (2100年に捧げる記憶, mémoire dévouée à l’an 2100) et décide d’y jeter un oeil. Sa spécialité consiste à prendre des photos aériennes de villes et d’aéroports à partir d’un hélicoptère, juste au crépuscule, quand la lumière du soleil restante se mélange à celle des néons, donnant aux photos son teint bleuté parsemé de taches orangées. Je remercie le hasard de m’avoir amené ici.
Finalement je fais l’impasse sur Tower Records, par manque de temps et surtout parce que j’ai envie de me balader encore quelques instants en gardant en tête ce que je viens de voir, comme lorsque l’on reste quelques minutes au lit après avoir été tiré d’un rêve agréable. Je remonte Shibuya en empruntant l’avenue qui mène au Parc Yoyogi, attiré tel un bateau par un phare par l’immense Park Court Shibuya THE TOWER, tour d’habitation qui par moment pointe le bout de son nez, surplombant les alentours (et dont un appartement au 35ème étage est louable pour un petit million de yens (6,600€) par mois ! ) Alors que justement je me fais la remarque que sa forme elliptique et son toit en forme de couronne carrée me font penser à une torche (olympique), j’aperçois en contrebas le gymnase olympique de Yoyogi (国立代々木競技場), imaginé par Kenzō Tange et construit entre 1961 et 1964 pour abriter les épreuves de natation et de plongeon des Jeux olympiques d’été de 1964. Dire que je suis venu tant de fois à Shibuya sans savoir qu’il se trouvait si près ! Tandis que je le contemple longuement sous tous ses angles, je suis époustouflé par le fait qu’un bâtiment aussi massif et construit il y a plus de 50 ans puisse paraître encore aujourd’hui aussi moderne et bien entretenu.
La dernière partie de ma marche me mène à la gare d’Harajuku, d’où je prends le métro pour Shinagawa puis le Shinkansen en direction de Nagoya. Complètement exténué par cette longue journée dans le train je somnole, dans un état d’hébétude plutôt agréable. Je dois normalement y retourner d’ici février. Dois-je une nouvelle fois laisser le hasard faire les choses ou bien me préparer à l’avance ?
Je quitte la gare de Tokyo et marche en direction de la station Yūrakuchō, située à cinq minutes à pied. Je profite du fait de passer juste à côté pour entrer à l’intérieur du Tokyo International Forum, centre de congrès qui peut accueillir concerts, salons, mais aussi toutes sortes d’événements culturels et sportifs. Je ne me souviens plus par quel concours de circonstances j’étais tombe dessus à l’époque, mais lors de ma première visite à Tōkyō (en décembre 2002 probablement) le bâtiment m’avait fait forte impression, avec le recul je me dis que c’est peut-être même le point de départ de mon intérêt accru pour l’architecture à ce moment. J’exagère un petit peu mais au fil des années ce beau ‘bateau de verre’ a pris pour moi comme une valeur symbolique, à chaque montée à la capitale je ne peux m’empêcher de m’exclamer d’étonnement lorsque nous passons tout doucement devant (je m’assois évidemment toujours du côté gauche), le Shinkansen presque à l’arrêt à l’approche de la gare de Tōkyō. C’est comme si sa vue me confirmait que nous sommes bien arrivés à la capitale, un peu comme lorsque l’on aperçoit au loin la Tour Eiffel en se rapprochant de Paris.
Il est autour de 14h quand j’entre dans l’immense atrium en verre du Forum. En cette saisons la lumière est douce et bien plus agréable que celle éblouissante et violente des mois d’été. Je suis fasciné par les reflets que forment sur le sol le toit en ellipse et qui me font penser à des écailles de poissons. Peut-être le ciel était-il couvert ou bien n’étais-je pas encore réceptif à ce genre de choses mais je ne me souviens pas avoir remarqué ce spectacle lumineux lors de mes venues précédentes. J’emprunte librement la longue rampe qui longe les salles de conférences et les différentes passerelles qui traversent le bâtiment de part en part. Entre-temps les motifs formés par la lumière à travers les vitres en contre-bas ont encore changé, qu’il me plairait de faire une vidéo de type timelapse ainsi perché.
Que de déplacements en ce mois d’octobre ! Après Nara et Kyōto, c’est à Tōkyō que je me rend cette fois-ci. Malheureusement j’y passe en coup de vent car la chose s’est décidée la veille au soir. J’ai beau quitter Nagoya tôt le matin diverses démarches me prennent la matinée, mais je compte bien profiter au maximum de la demi-douzaine d’heures à ma disposition dans la capitale.
Tout d’abord Fgautron me fait le plaisir d’accepter mon invitation soudaine à déjeuner ensemble. Depuis les quelques années que nous lisons et commentons mutuellement nos blogs il est amusant de rencontrer quelqu’un pour la première fois mais d’avoir l’impression pourtant d’en connaître déjà une partie. La conversation s’anime rapidement autour de nos parcours respectifs, de nos dernières trouvailles en musique japonaise, de la rédaction de nos blogs respectifs et encore bien d’autres choses. Après le repas nous buvons un café au dehors, au KITTE Garden, la terrasse située au 6ème étage du KITTE Marunouchi Garden. Le temps est bien agréable, il n’en défile que plus vite encore. (Encore merci !)
Après avoir ainsi pris congé de mon blogmate je prends le temps de faire le tour de la terrasse. Depuis ma dernière venue en février 2020 la construction du Tokyo Midtown Yaesu (240 metres de haut) s’est entre-temps achevée. Où que l’on regarde l’espace semble comme quadrillé par les lignes horizontales et verticales des poutres et des vitres des bâtiments alentours et je me fais la remarque que la densité des immeubles est bien plus importante qu’à Nagoya. En prenant entre-autre les deux dernières photos de cette série j’ai très clairement en tête celles du photographe Philipp Reed, notamment celles prises à New York où les immeubles envahissent très lourdement tout l’espace mais la lumière reste malgré cela claire et légère. Je copie beaucoup ce que je vois par-ci par-là sur internet ou dans les magazines, j’expérimente en essayant d’affûter mon style. L’effervescence de la ville dope mon inspiration.
Davantage que pendant mes visites précédentes, j’ai été étonné de l’intérêt grandissant que j’ai porté cette fois-ci aux détails dans les jardins et les bâtiments, surtout aux couleurs utilisées et à la manière dont sont assemblées les imposantes poutres et toitures dans les temples, en utilisant je présume la technique d’assemblage de pièces en bois sans clou, ni vis, ni colle dite kigumi (木組み). Nous avons pourtant pris notre temps mais c’était encore trop rapide pour totalement nous imprégner des lieux. Et si seulement il n’ya avait pas tout ce monde … Je regrette surtout de ne pas avoir été en mesure de donner un peu plus d’explications historiques et autres anecdotes sur les endroits visités, même si au bout du compte nous avions trop de choses à nous dire pour en avoir le temps.
Tout en me baladant parmi les bâtiments cités dans les billets précédents je tente de me fondre dans la foule afin de prendre en photo les gens autour de moi. Affairés qu’ils sont à prendre leurs propres photos, à discuter entre eux ou à être comme figés sur place par la beauté du lieu personne ne fait attention à moi, mais cela ne m’empêche pas d’être réticent à pointer mon appareil vers eux. Comme le fait le brillant photographe Bruno Quinquet dans sa série de photographies salaryman project, il suffirait que le visage du sujet ne soit pas reconnaissable pour que je ne me sente pas coupable de faire quelque chose de mal, mais je n’ai ni les idées ni la spontanéité nécessaire et me contente (mais c’est déjà beaucoup pour moi) de prendre les sujets qui m’intéressent de dos ou de loin.
Kyoto, deuxième jour. Nous avions tellement de choses à nous raconter que nous nous sommes couchés tard la veille mais je n’ai presque pas eu à me forcer pour parvenir à me lever, enfiler mes chaussures de course, et en pyjama presque, courir 10km dans les rues de Kyoto, le ventre vide mais des étoiles plein la tête, émerveillé, me répétant sans cesse ‘c’est dingue, je cours au milieu de monuments sacrés’.
Nous passons la matinée aux alentours du Kiyomizudera (清水寺). Je me projette mentalement un millier d’années en arrière, aidé en cela par le fait que de nombreux touristes soient revêtus de kimonos et de yukatas disponibles en location. J’imagine à l’époque la béatitude des pèlerins venant parfois du bout du pays à la vue de ces grandioses bâtisses. Y’avait-il alors déjà autant de monde ? Pouvait-on distinguer divers dialectes dans le brouhaha incessant ? La notion de silence et de bruit occupe mes pensées partout où je vais, je me dis qu’il me faudra la prochaine fois laisser mon appareil photo à la maison et venir avec un dictaphone afin de mieux voir avec les oreilles. Bref. L’endroit, mais aussi les gens sont sublimes.
Fin d’après-midi à Fushimi Inari-taisha (伏見稲荷大社). Je suis moi-même surpris de ne jamais y être venu auparavant et suis heureux de partager mes premières impressions, moi qui jalousais mes amis de découvrir le Japon pour la première fois. Bien qu’il soit difficile de profiter de la spiritualité du site, le sentier qui passe à travers les milliers de portiques vermillons est esthétiquement sublime tandis que le soleil déjà bas forme des ombres sur les torii.
Un ami de longue date et sa femme effectuent leur premier – et probablement pas leur dernier – voyage au Japon, un beau parcours de plus de deux semaines les menant dans les plus beaux coins du pays. Pour les touristes, il n’y a pas grand chose à faire ni à voir à Nagoya, surtout après avoir déjà fait le tour de l’immense et déjà bien dépaysante Tokyo. Il y a bien des balades extraordinaires à faire à quelques heures de route dans les préfectures alentours, mais cela demande beaucoup trop de temps en déplacements, ce qui n’est pas l’idéal lorsque l’on n’a qu’une ou deux journées à disposition. Osaka, Kyōto, Nara … Au vu de la densité de ces trois lieux historiquement parlant, le fait d’être situés dans un mouchoir de poche est une aubaine pour les touristes, et je comprends maintenant mieux pourquoi depuis une dizaine d’années ceux-ci entrent au Japon par Nagoya pour repartir d’Osaka.
Premier jour à Nara. La dernière fois que j’y suis venu c’était pour participer à son marathon en décembre 2016. En début de parcours nous traversions le vaste espace vert public qu’est le parc de Nara et les nombreux daims qui s’y baladaient, comme aujourd’hui, librement, nous regardaient d’un air étonné. La ville n’a pas changé (d’un poil) et après tout c’est bien normal, que sont quelques années pour une ville fondée en 710 ? Nous visitons en prenant tout notre temps le Grand Sanctuaire Kasuga 春日大社 puis le temple Tōdaiji 東大寺 qui renferme le Grand Bouddha Daibutsu. Partout où nous allons les touristes du monde entier sont tellement nombreux que c’est à peine si l’on entend parler japonais. C’est à la fois bizarre et fascinant, comme si le corps était au Japon mais l’esprit ailleurs, ou l’inverse.
Le temps est gris, on a perdu dix degrés en l’espace de deux semaines. Nous voilà malgré tout partis pour une courte virée vers la ville de Nagahama (長浜市), dans la préfecture de Shiga, au bord du lac Biwa, le plus grand lac du Japon, situé non loin de Sekigahara, lieu où s’est tenue la célèbre bataille de Sekigahara en 1600.
Le château de Nagahama a été édifié aux environs de l’an 1577 par le seigneur féodal Toyotomi Hideyoshi. Il ne reste aujourd’hui que quelques ruines des bâtiments d’origine ainsi qu’une reconstruction du château datant de 1983. Ce n’est sans doute pas le château le plus impressionnant qui soit, mais nous sommes dans le coin aujourd’hui pour son aspect historique. En effet, Louis a dernièrement un appétit incroyablement vorace pour tout ce qui concerne l’histoire féodale du Japon, c’est comme s’il retenait instantanément tout ce qu’il lisait sur le sujet. J’ai toujours été incapable de retenir les dates et confonds irrémédiablement les noms de guerriers qui se ressemblent tous, de sorte que je peine à suivre.
Nous faisons le tour du château sans pénétrer à l’intérieur puis traînons sur les rives du lac, tellement immense que l’on n’en voit pas la côte en face. S’il n’y avait pas l’absence de son odeur caractéristique on pourrait se croire en bord de mer, le passage de quelque bateaux de croisière formant régulièrement quelques vagues pour brouiller encore un peu plus les cartes. Léo et Louis se mettent à faire des ricochets sur la surface de l’eau avec des galets et sont aussitôt imités par d’autres enfants. Leurs parents s’y mettent et nous aussi, la chose est inexplicablement contagieuse, comme lorsqu’une personne baille à côté de soi.
Trois semaines de vacances, en quelque sorte. Les journées défilent et la période de blanc se prolonge … Quand il m’arrive de parler du fait que j’écris mes carnets à mes collègues ou mes amis, ils s’étonnent toujours de la longévité de mon activité. Je leur explique à chaque fois que le secret réside dans le choix du support d’écriture, à savoir un cahier ou un agenda sans inscription de la moindre date. Je ne connais personne qui ait été capable d’écrire longtemps dans un carnet de type ‘une page par jour’, avec la date inscrite en haut de page. Il suffit en effet, et ce quelle que soit la raison, de ne pas y écrire pendant deux ou trois jours pour irrémédiablement ressentir un sentiment de culpabilité, l’écriture est de par sa promesse faite à soi-même plus devenue un devoir qu’un plaisir. Même neufs et vierges, on ne trouve ni mention de date ou de jour dans mes carnets – toujours mon bon vieux Travelers Notebook dont il faudra d’ailleurs montrer quelques photos. J’y inscrit bien sûr la date quand j’y écris quelque chose ou y colle des photos, mais j’y écris quand je le veux, si je le veux, et ce sans que, comme si ça aurait été le cas si j’avais été paresseux pendant trois semaines, vingt-et-unes pages de blanc séparent deux inscriptions. C’est sans doute là ma manière de dompter la peur de la page blanche.
Finalement il en est de même pour ce blog. Il m’est arrivé pendant cette période de creux de me dire qu’il me faudrait donner signe de vie, mais au fond mon manque d’inspiration et d’envie d’écrire ne m’a pas préoccupé plus que cela. Pour une fois même, l’habituel ‘et si j’arrêtais tout ?’ ne m’a même pas effleuré. J’attendais juste que cela revienne, et j’écris ces quelques lignes pour palper ma forme, voir si j’y prends plaisir ou pas.
Les photos ci-dessus ont en réalité été prises l’année dernière à la même date à quelques jours près. Le retard s’explique par le temps agréable et propice aux promenades qu’il fait à partir de la mi-octobre pendant lequel je me baladais sans cesse et prenais énormément de photos que je n’ai pas réussi à caser dans un article avant que la chasse au kōyō ne débute. J’ai de la sorte de nombreuses photos qui attendent de ressurgir des tréfonds de ma photothèque. Je me dis toujours qu’il me faut attendre d’être dans le même mois ou au moins la même saison pour les utiliser. Non pas pour essayer de les intégrer discrètement dans le fil d’articles sans que personne ne s’en rende compte, mais parce que la lumière éblouissante d’un soleil d’été n’a rien à faire entre deux séries de photos prises dans la lumière douce d’automne.
Il s’agit donc d’une série prise lors d’une promenade, à pied, d’un peu plus de 12 kilomètres visant à remonter le canal de Nakagawa à partir du port de Nagoya jusqu’au quartier de Sasashima situé juste en dessous de la gare de Nagoya. Une fois que l’on s’éloigne du port et de son aquarium, le canal n’est bordé de pratiquement tout son long que d’usines, d’entrepôts et de centres logistiques de tailles diverses et variées, de dortoirs, de petits restaurants où se retrouvent probablement chaque midi les habitués. Pour être tout à fait franc l’intérêt est plutôt moindre, je n’ai d’ailleurs aucun souvenir de ce que j’ai écouté comme musique lors de cette promenade. Je réfléchis à prendre en photos les travailleurs dans leurs vêtements de travail et autres salopettes de couleurs diverses, avec leur casque sur la tête, mais ne parviens pas à me faire violence – c’est qu’ils ont l’air costauds en plus. Je marche d’un bloc à l’autre, arrêté pratiquement à chaque croisement par un feu rouge toujours trop long. Tout se ressemble et se répète tellement que j’en viens à regretter un peu de m’être lancé dans cette entreprise. Bien qu’encore éloignée, je suis soulagé quand je commence à apercevoir au loin la tour de le chaine de télévision Chūkyō, plantée dans le décor tel un drapeau signalant l’arrivée du parcours.
Tout à fait paradoxalement, les coins de verdure, parcs et squares se font plus fréquents au fur et à mesure que je me rapproche du centre de Nagoya, et même l’architecture des entrepôts, jusqu’ici banales baraques faites de tôle, semble désormais avoir été pensée pour susciter l’attention de ceux qui se baladent le long du canal. J’arrive enfin, au bout d’un peu plus de quatre heures de marche, à bon port, si j’ose dire. Je m’assois quelque instants dans le parc devant centre commercial Global Gate et le campus de l’Aichi University, que j’avais visité une année auparavant. C’est d’ailleurs, il me semble, la découverte du canal qui m’avait donné l’idée de cette balade. Pour une fois, j’accomplis l’un de mes projets !